Analyse stratégique exclusive
Trajectoires, ruptures et leviers d'une transformation industrielle continentale
L'Indice de l'Industrialisation en Afrique 2025 (IIA 2025), publié conjointement par la Banque africaine de développement, la Commission de l'Union africaine et l'ONUDI, constitue la deuxième édition d'un outil de référence unique qui cartographie, mesure et compare les trajectoires industrielles des 54 économies africaines sur quinze années.
Dans un contexte mondial marqué par le réalignement géopolitique, la fragmentation des chaînes d'approvisionnement et l'urgence climatique, ce rapport pose une question centrale : l'Afrique est-elle en train de saisir la fenêtre historique qui s'ouvre devant elle ?
La valeur ajoutée manufacturière (VAM) africaine a progressé de 285 à 351 milliards de dollars entre 2020 et 2025. Un signal positif, mais trompeur : rapportée à la population, la VAM par habitant s'établit à 226,7 dollars en 2025, toujours en-deçà du pic de 254,9 dollars atteint en 2014. La croissance industrielle ne s'est pas encore traduite par une transformation structurelle généralisée.
L'Afrique ne représente que 2 % de la production manufacturière mondiale et 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés. La part de la VAM dans le PIB atteint 10,8 %, contre 16,5 % en moyenne mondiale et 21,7 % au sein de l'ASEAN. Le retard demeure structurel, ancré dans des déficits d'infrastructures, de capital humain, de financement et d'intégration productive régionale.
Le classement des cinq sous-régions africaines est demeuré globalement stable depuis 2010, révélant la robustesse des écarts structurels qui les séparent. L'Afrique de l'Est affiche néanmoins la progression annuelle la plus soutenue (+0,86 % par an), témoignant d'une dynamique industrielle émergente portée par l'Éthiopie, le Kenya et l'Ouganda.
Le rapport consacre un chapitre majeur à la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), présentée comme le principal levier de la prochaine phase d'industrialisation du continent. Pourtant, les chiffres révèlent l'ampleur du chemin restant à parcourir : le commerce intra-africain ne représente que 14,4 % du total des échanges du continent, contre 60 % en Asie et 57 % en Europe.
Les échanges intrarégionaux de biens intermédiaires — marqueur clé de l'intégration productive — ne représentent que 12,8 % des exportations africaines de facteurs de production industrielle, alors que 32,1 % sont dirigés vers l'Asie et 31,1 % vers l'Europe. L'Afrique exporte ses intrants hors du continent et prive ses industries régionales de l'effet d'entraînement.
Le rapport plaide pour un passage d'une intégration superficielle — réduction tarifaire et accords formels — à une intégration en profondeur : corridors industriels intégrés, harmonisation des normes, suppression des barrières non tarifaires, développement d'infrastructures de qualité transfrontalières. L'exemple de l'ASEAN — où les biens intermédiaires représentaient 70 % des exportations intrarégionales sur 2000–2010 — trace la voie.
Les retombées économiques attendues d'une mise en œuvre efficace de la ZLECAf sont considérables : hausse des revenus de 7 % à l'horizon 2035 et création de valeur ajoutée pouvant atteindre 450 milliards de dollars.
Le nombre de ZES en Afrique est passé de vingt en 1990 à environ 230 zones légalement établies dans 42 pays. Pourtant, l'impact global reste décevant : plus de 40 % des zones étudiées ont atteint moins du quart de leur capacité, et seulement 15 % fonctionnent à pleine capacité.
Consultez ci-dessous l'intégralité du rapport publié par la Banque africaine de développement, la Commission de l'Union africaine et l'ONUDI (90 pages). Vous pouvez le lire directement, l'ouvrir en plein écran ou le télécharger.