ZLECAf & Industrialisation · BAD · UA · ONUDI · 2025

Analyse stratégique exclusive

Indice de l'Industrialisation
en Afrique 2025

Trajectoires, ruptures et leviers d'une transformation industrielle continentale

54
pays africains
couverts
19
indicateurs
multidimensionnels
2010–2024
période
d'analyse
351 Md$
valeur ajoutée
manufacturière 2025

L'Indice de l'Industrialisation en Afrique 2025 (IIA 2025), publié conjointement par la Banque africaine de développement, la Commission de l'Union africaine et l'ONUDI, constitue la deuxième édition d'un outil de référence unique qui cartographie, mesure et compare les trajectoires industrielles des 54 économies africaines sur quinze années.

Dans un contexte mondial marqué par le réalignement géopolitique, la fragmentation des chaînes d'approvisionnement et l'urgence climatique, ce rapport pose une question centrale : l'Afrique est-elle en train de saisir la fenêtre historique qui s'ouvre devant elle ?

01

Un continent industriel en progression — mais insuffisamment

La valeur ajoutée manufacturière (VAM) africaine a progressé de 285 à 351 milliards de dollars entre 2020 et 2025. Un signal positif, mais trompeur : rapportée à la population, la VAM par habitant s'établit à 226,7 dollars en 2025, toujours en-deçà du pic de 254,9 dollars atteint en 2014. La croissance industrielle ne s'est pas encore traduite par une transformation structurelle généralisée.

L'Afrique ne représente que 2 % de la production manufacturière mondiale et 1,4 % des exportations mondiales de produits manufacturés. La part de la VAM dans le PIB atteint 10,8 %, contre 16,5 % en moyenne mondiale et 21,7 % au sein de l'ASEAN. Le retard demeure structurel, ancré dans des déficits d'infrastructures, de capital humain, de financement et d'intégration productive régionale.

+6%
Score IIA continental
2010 → 2024
41/54
Pays ayant amélioré
leur score industriel
+10%
Progression des pays
du quintile inférieur
+6,4%
Hausse du score
médian des pays
02

Les résultats saillants de l'Indice

🏆
Maroc — Nouveau Numéro 1
Pour la première fois depuis la création de l'Indice, le Maroc détrône l'Afrique du Sud et devient l'économie industrielle la mieux classée du continent, avec un score de 0,8415. Résultat d'une politique industrielle cohérente, d'une montée en gamme soutenue et d'une diversification exportatrice profonde.
📉
Afrique du Sud — Déclin progressif
Toujours puissance industrielle de référence avec un score de 0,8396, l'Afrique du Sud accuse néanmoins une tendance de fond à la baisse depuis son pic de 0,8819 en 2010. Sa VAM par habitant a chuté de 1 105 $ à 800 $ sur la période.
🌍
Concentration industrielle persistante
La production manufacturière reste très concentrée. L'Afrique du Nord et l'Afrique australe accaparent l'essentiel des capacités industrielles, des exportations sophistiquées et de la compétitivité. Les autres sous-régions progressent mais restent largement en retrait.
⚠️
Performance : le maillon faible
Sur les trois dimensions de l'IIA — performance, déterminants directs, déterminants indirects — la dimension « Performance » enregistre systématiquement les scores les plus bas. La capacité de production et la compétitivité exportatrice restent les talons d'Achille de l'industrialisation africaine.
📡
Gouvernance en recul
Le sous-indice des déterminants indirects — environnement des affaires, sécurité, stabilité macroéconomique — a reculé de 4,96 % sur la période 2010–2024, révélant une dégradation générale des conditions institutionnelles et macroéconomiques à l'échelle du continent.
📈
Convergence par le bas
Les pays du quintile inférieur enregistrent les progrès relatifs les plus élevés (+10 %), signe d'une convergence lente mais réelle. Djibouti, la RDC et le Gabon figurent parmi les meilleures progressions en classement sur la période.
03

Le Top 10 des économies industrielles africaines — 2024

Classement IIA 2025 — Quintile Supérieur
Maroc
0,8415
↑ Nouveau n°1
Afrique du Sud
0,8396
↓ Cédé n°1
Égypte
0,7827
Stable
Tunisie
0,7760
↑ Hausse
Île Maurice
0,6731
Stable
Algérie
0,6661
↑ Hausse
Eswatini
0,6509
Stable
Sénégal
0,6368
↑↑ +6 rangs
Namibie
0,6295
Stable
Côte d'Ivoire
0,6173
↑↑ Entrée 2023
🇸🇳 Focus Sénégal — Initiatives Africa
Le Sénégal dans le Top 10 : une ascension industrielle confirmée
Le Sénégal consolide sa 8e place au sein du quintile supérieur, réalisant l'une des progressions les plus remarquables du continent avec +6 rangs sur la période 2010–2024. Cette performance reflète l'amélioration des déterminants directs — investissement privé, crédit au secteur productif, développement des infrastructures — ainsi que la montée en puissance de la production manufacturière dans le mix économique national. Le pays bénéficie en outre d'une position géostratégique favorable dans l'espace CEDEAO et d'une stabilité institutionnelle qui soutient l'attractivité aux IDE.
0,6368
Score IIA 2024
+6 rangs
Progression 2010–2024
Top 8
Afrique en 2024
04

Disparités sous-régionales : une géographie industrielle contrastée

Le classement des cinq sous-régions africaines est demeuré globalement stable depuis 2010, révélant la robustesse des écarts structurels qui les séparent. L'Afrique de l'Est affiche néanmoins la progression annuelle la plus soutenue (+0,86 % par an), témoignant d'une dynamique industrielle émergente portée par l'Éthiopie, le Kenya et l'Ouganda.

Afrique du Nord
0,689
🥇 1re région — Largement en tête
Pôles : Maroc, Égypte, Tunisie
Diversification exports, montée technologique
Afrique Australe
0,585
🥈 2e région — Progression lente
Pôles : Afrique du Sud, Maurice, Namibie
VAM/habitant en baisse, spécialisation extractive
Afrique Centrale
0,516
🥉 3e région — Dynamique émergente
Pôles : Gabon, RDC, Cameroun
RDC : +16 rangs, forte croissance VAM
Afrique de l'Ouest
0,514
4e région — Potentiel démographique
Pôles : Sénégal, Côte d'Ivoire, Nigeria
+0,53 %/an, marché intérieur en expansion
Afrique de l'Est
0,486
5e région — Progression la plus rapide
Pôles : Kenya, Éthiopie, Ouganda
+0,86 %/an — dynamique à surveiller
05

ZLECAf : le catalyseur inachevé de la régionalisation industrielle

Le rapport consacre un chapitre majeur à la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf), présentée comme le principal levier de la prochaine phase d'industrialisation du continent. Pourtant, les chiffres révèlent l'ampleur du chemin restant à parcourir : le commerce intra-africain ne représente que 14,4 % du total des échanges du continent, contre 60 % en Asie et 57 % en Europe.

Les échanges intrarégionaux de biens intermédiaires — marqueur clé de l'intégration productive — ne représentent que 12,8 % des exportations africaines de facteurs de production industrielle, alors que 32,1 % sont dirigés vers l'Asie et 31,1 % vers l'Europe. L'Afrique exporte ses intrants hors du continent et prive ses industries régionales de l'effet d'entraînement.

« La mise en œuvre intégrale de la ZLECAf entraînerait une croissance du commerce intra-africain estimée à 60 % dans le secteur agroalimentaire, 48 % dans l'industrie manufacturière et 34 % dans les services, à l'horizon 2045. »
IIA 2025 — CNUCEA, citant les projections de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique

Le rapport plaide pour un passage d'une intégration superficielle — réduction tarifaire et accords formels — à une intégration en profondeur : corridors industriels intégrés, harmonisation des normes, suppression des barrières non tarifaires, développement d'infrastructures de qualité transfrontalières. L'exemple de l'ASEAN — où les biens intermédiaires représentaient 70 % des exportations intrarégionales sur 2000–2010 — trace la voie.

Les retombées économiques attendues d'une mise en œuvre efficace de la ZLECAf sont considérables : hausse des revenus de 7 % à l'horizon 2035 et création de valeur ajoutée pouvant atteindre 450 milliards de dollars.

06

Zones Économiques Spéciales : entre promesses et déceptions

Le nombre de ZES en Afrique est passé de vingt en 1990 à environ 230 zones légalement établies dans 42 pays. Pourtant, l'impact global reste décevant : plus de 40 % des zones étudiées ont atteint moins du quart de leur capacité, et seulement 15 % fonctionnent à pleine capacité.

Manque de cohérence stratégique : les ZES ont souvent été créées pour attirer des IDE plutôt que pour s'inscrire dans une vision de transformation structurelle définie.
Risque d'enclave industrielle : faibles liens avec les PME locales et les fournisseurs nationaux, peu de retombées sur l'économie réelle environnante.
Exemples réussis : l'île Maurice, le Maroc et l'Afrique du Sud disposent de programmes structurés de longue date — dont la ZES d'Atlantis (Cap), première zone africaine 100 % économie verte.
Nécessité de régionalisation : la ZLECAf a adopté en 2023 des règlements permettant aux biens produits dans les ZES d'être reconnus comme biens originaires, ouvrant la voie à leur intégration dans les chaînes de valeur régionales.
Agenda PME : l'Union africaine préconise six facteurs clés — accès au financement, accompagnement, marchés, réglementation, infrastructures, main-d'œuvre qualifiée — pour ancrer les ZES dans l'économie locale.
Durabilité environnementale : les ZES de nouvelle génération doivent intégrer économie circulaire, normes carbone et gouvernance sociale dès leur conception.
07

Cinq piliers pour accélérer la transformation industrielle

1
Du national au régional
Les stratégies industrielles nationales doivent progressivement s'articuler autour de systèmes de production régionaux, portés par la ZLECAf et les CER. La fragmentation des marchés demeure le premier obstacle à la compétitivité manufacturière africaine.
2
Corridors économiques et industriels intégrés
Combiner infrastructures physiques, clusters industriels, logistique et énergie au sein de pôles de croissance transfrontaliers. Priorité à la facilitation douanière, à l'harmonisation réglementaire et à la qualité des infrastructures pour réduire les coûts de transaction.
3
ZES comme écosystèmes industriels intégrés
Passer du modèle d'enclave exportatrice à des plateformes d'industrialisation inclusive, ancrées dans les chaînes de valeur régionales, connectées aux PME nationales et respectueuses des exigences environnementales internationales.
4
Investir dans les capacités et la compétitivité
Développer des systèmes d'EFTP (enseignement et formation techniques et professionnels) alignés sur les besoins des chaînes de valeur régionales, renforcer l'infrastructure de qualité, accompagner la formalisation et la modernisation technologique des PME.
5
Mobiliser le financement industriel à grande échelle
Activer des capitaux mixtes (public-privé), des mécanismes de garantie et des instruments de financement de long terme pour soutenir les investissements productifs — infrastructure, équipement, innovation — indispensables à la transformation structurelle.
Perspectives 2025–2035
L'Afrique à la croisée des chemins industriels
L'IIA 2025 confirme que l'Afrique dispose des fondations démographiques, géographiques et institutionnelles nécessaires à son industrialisation. Mais le rythme et la profondeur de la transformation demeurent insuffisants. La convergence de la ZLECAf, de la transition écologique, de la digitalisation et de la recomposition des chaînes d'approvisionnement mondiales offre une fenêtre d'opportunité historique. La décennie à venir sera déterminante : les décisions prises aujourd'hui détermineront si l'Afrique s'impose comme la prochaine frontière de la croissance industrielle mondiale — ou si son vaste potentiel demeure inexploité. L'enjeu n'est plus de concevoir des stratégies : c'est de les mettre en œuvre, à grande échelle et de façon coordonnée.
Document source · Rapport intégral

Le rapport complet — Indice de l'Industrialisation en Afrique 2025

Consultez ci-dessous l'intégralité du rapport publié par la Banque africaine de développement, la Commission de l'Union africaine et l'ONUDI (90 pages). Vous pouvez le lire directement, l'ouvrir en plein écran ou le télécharger.