Le bassin du Congo retire de l'atmosphère 160 millions de tonnes équivalent CO₂ par an — davantage que les émissions fossiles du Nigeria. Sous ses tourbières dorment 30 gigatonnes de carbone. Et depuis mai 2025, 124 millions d'hectares du territoire congolais sont ouverts à l'exploration pétrolière. Ces trois faits sont simultanément vrais, documentés, et rarement présentés ensemble. Cette base les met sur la même page, sans arbitrer à la place des États souverains concernés.
Chaque barre représente un même ensemble, recouvert par les blocs pétroliers ouverts à l'exploration. Ce n'est pas une carte : c'est une mesure de superposition.
Le bassin du Congo est le seul des trois grands massifs tropicaux à rester un puits net significatif. L'Amazonie bascule par endroits vers l'émission ; l'Asie du Sud-Est a largement basculé. Ici, la forêt absorbe encore — et la rémunération de ce service à sa valeur n’est pas établie dans ce corpus.
Moyenne 2015-2024. Le plus grand puits de carbone net restant sous les tropiques, davantage que les émissions fossiles du Nigeria en 2024.
L'absorption annuelle nette du bassin du Congo est six fois supérieure à celle du massif amazonien, selon la Banque mondiale.
Valorisation des services de séquestration par le Center for Global Development, soit 36 % du PIB régional de 2021.
Engagement de douze bailleurs internationaux à la COP26 de Glasgow, pour la période 2021-2025.
Le rapport n'est pas une opinion : c'est une division entre deux chiffres publiés, l'un par les bailleurs réunis à Glasgow, l'autre par un centre de recherche américain. Il faut ajouter que le montant promis n'est pas le montant versé — le suivi du décaissement de cette enveloppe constitue l'une des tâches ouvertes de cette base.
En 2024, aucun pays du bassin du Congo ne figurait parmi les dix premiers pays tropicaux en pourcentage de perte de forêt primaire humide. C'est la bonne nouvelle, et elle est réelle. La mauvaise est que plus d'un quart du massif pourrait disparaître d'ici 2050 si les dynamiques d'abattage — largement illégal — se poursuivent au rythme actuel, et que le changement climatique augmente déjà la fréquence des conditions favorables aux incendies.
Comme pour la Grande Muraille Verte, les chiffres divergent — d'un facteur deux. Et comme pour elle, la divergence est méthodologique, pas fautive.
| Valeur | Périmètre mesuré | Source |
|---|---|---|
| 3,7 millions de km², soit 370 M ha | Le bassin au sens hydrographique et paysager : forêts, rivières, savanes, marécages | Reprises institutionnelles, 2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| 240 millions d'ha | Le massif forestier proprement dit, sur les six pays | Travaux académiquesRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| 180 à 230 millions d'ha | La forêt dense humide selon la définition du couvert retenue | Fourchette de la littératureRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
Découvertes dans leur ampleur réelle en 2017, les tourbières de la Cuvette centrale sont l'objet le plus stratégique et le plus mal connu du continent. Elles ne se voient pas depuis un satellite optique : elles sont sous la forêt, gorgées d'eau, et vieilles de plus de dix mille ans.
| Caractéristique | Valeur | Portée |
|---|---|---|
| Étendue | ≈ 145 000 km², à cheval sur la RDC et la République du Congo | Équivalent au Népal ; plus vaste complexe de tourbières tropicales au monde |
| Carbone stocké | ≈ 30 gigatonnes | Estimation de référence, Dargie et al., 2017 |
| Âge | Plus de 10 000 ans | Accumulation continue depuis l'Holocène |
| Mécanisme de libération | Drainage et assèchement | Une tourbière drainée cesse d'être un puits et devient une source |
| Contexte mondial | Les tourbières couvrent 3 à 4 % des terres émergées mais renferment jusqu'à un tiers du carbone des sols | Deux fois le carbone de l'ensemble des forêts de la planète |
| Émissions des tourbières dégradées | ≈ 5 % des émissions anthropiques mondiales | GIEC, 2014 |
La même quantité est présentée sous trois comparaisons différentes selon la source. Toutes sont arithmétiquement défendables ; elles ne renvoient simplement pas au même référentiel. Les publier ensemble évite qu'une seule serve d'argument d'autorité.
Quatre ans de décisions qui placent la principale réserve de carbone du continent au centre d'un arbitrage de souveraineté énergétique.
Première ouverture de grande ampleur. Contestation immédiate d'organisations environnementales sur les blocs situés dans la Cuvette centrale. Le gouvernement affirme que les études appropriées ont été conduites.
Sous la pression nationale et internationale, une partie de l'appel d'offres est retirée. Le signal est interprété comme un infléchissement.
Initiative phare de conservation portée au plus haut niveau de l'État congolais, présentée comme l'une des plus vastes aires de protection forestière au monde.
Annoncée en Conseil des ministres. S'ajoutant aux trois blocs déjà attribués — Mbandaka, Lokoro et Busira — l'ensemble forme un portefeuille de 55 blocs. La superficie concernée, 124 millions d'hectares, constitue un record. Le Corridor Vert lancé quelques mois plus tôt se retrouve recouvert à 72 %.
L'argument avancé côté congolais est double : un État souverain est fondé à valoriser son potentiel en hydrocarbures pour financer son développement, et les blocs chevauchant les aires protégées auraient été écartés du périmètre. La vérification indépendante de ce second point est l'une des tâches prioritaires de cette base.
C'est la question que le bassin du Congo pose au reste du monde depuis dix ans, et à laquelle aucune réponse chiffrée n'a été apportée. Tant que le service de séquestration est payé à 0,5 % de sa valeur estimée, l'arbitrage économique interne penche mécaniquement du côté de l'extraction.
Une commission régionale, un observatoire forestier, un fonds fiduciaire multi-bailleurs. Le dispositif institutionnel du bassin du Congo est plus ancien et mieux structuré que celui de la Grande Muraille Verte — ce qui rend l'écart de résultats d'autant plus instructif.
| Pays | Poids forestier | Enjeu dominant | Couverture de la base |
|---|---|---|---|
| RD Congo | Le plus vaste couvert du bassin | Tourbières, blocs pétroliers, Corridor Vert, conflit à l'Est | Partielle |
| République du Congo | Second détenteur de tourbières | Cuvette centrale côté nord, Fonds Bleu | Partielle |
| Gabon | Couvert forestier parmi les plus élevés au monde en proportion | Pays pionnier des paiements résultats et de la valorisation carbone | Partielle |
| Cameroun | Façade occidentale du massif | Agriculture d'exportation, infrastructures, exploitation forestière | Partielle |
| Centrafrique | Marge septentrionale | Instabilité, gouvernance forestière | Insuffisante |
| Guinée équatoriale | Plus petit périmètre du bassin | Économie pétrolière, données peu accessibles | Insuffisante |
Trois d'entre eux n'existent aujourd'hui dans aucune publication consolidée. Les produire est la contribution propre de cet observatoire.
| N° | Indicateur | Unité | Disponibilité |
|---|---|---|---|
| 01 | Perte de forêt primaire humide, par pays | ha/an | Global Forest Watch |
| 02 | Absorption nette de carbone du massif | MtCO₂e/an | Publié |
| 03 | Superficie de tourbières intacte, drainée, dégradée | km² | Cartographie partielle |
| 04 | Superficie sous permis d'exploration ou d'exploitation | ha | Sources non officielles |
| 05 | Chevauchement permis / aires protégées / tourbières | % | Aucune mesure officielle |
| 06 | Paiements pour résultats effectivement versés, par pays | USD | CAFI, partiel |
| 07 | Crédits carbone forestiers émis et retirés | tCO₂e | Registres de standards |
| 08 | Part du revenu carbone revenant aux communautés | % | Jamais consolidé |
| 09 | Superficie de forêts communautaires reconnues | ha | Hétérogène |
| 10 | Valeur du service de séquestration rapportée au PIB | % | Un seul travail publié |
Le taux de chevauchement entre permis pétroliers, aires protégées et tourbières n'est mesuré aujourd'hui que par des organisations de plaidoyer, avec les limites de crédibilité que cela implique dans une discussion souveraine. Produire cette mesure de manière neutre, reproductible et publiée en données ouvertes, à partir des cadastres officiels et des couches cartographiques disponibles, serait la contribution la plus utile de cet observatoire au débat congolais. C'est aussi la plus exigeante : elle suppose l'accès aux limites officielles des blocs, qui ne sont pas publiées sous forme exploitable.
Cette base distingue explicitement trois catégories de sources : institutionnelles, scientifiques, et issues d'organisations de plaidoyer. La troisième catégorie est utilisée, mais jamais sans être nommée comme telle.
Global Forest Watch · CIFOR-ICRAF Analyse de la perte forestière dans le bassin du Congo, février 2026 : absorption nette de 160 MtCO₂e/an en moyenne 2015-2024, comparaison aux émissions fossiles du Nigeria, position relative des pays du bassin.
Banque mondiale Blog Africa Can, 2024 : absorption nette six fois supérieure à celle de l'Amazonie, options de politique publique pour la valorisation du massif.
Center for Global Development Valorisation des services de séquestration à au moins 55 Md$/an, soit 36 % du PIB régional de 2021.
Dargie et al., 2017 · projet CongoPeat Découverte et cartographie du complexe de tourbières : 145 500 km², ≈ 30 gigatonnes de carbone.
Remote Sensing, 2023 Confirmation du statut de plus vaste complexe de tourbières tropicales au monde.
GIEC, 2014 Émissions des tourbières drainées, ≈ 5 % des émissions anthropiques mondiales.
Conseil des ministres de la RDC, 2 mai 2025 Ouverture de 52 blocs à l'exploration, portefeuille de 55 blocs avec Mbandaka, Lokoro et Busira.
Cartographies indépendantes, 2025 Mesures de chevauchement — 124 M ha, > 53 % du territoire, 72 % du Corridor Vert, 63 % des forêts communautaires, 49 % des localités et ≈ 39 M d'habitants. Sources de plaidoyer, signalées comme telles.
COP26 de Glasgow, 2021 Engagement de douze bailleurs, minimum 1,5 Md$ pour 2021-2025 en faveur des forêts du bassin.
COMIFAC · OFAC · CAFI · PFBC Cadre institutionnel régional, rapports sur l'état des forêts, lettres d'intention et paiements à la performance.
Institut d'études de sécurité Projection d'une perte possible de plus d'un quart du massif d'ici 2050 en l'absence d'inflexion.