Une production Initiatives Africa — plateforme d'intelligence économique panafricaineinitiativesafrica.com →
Initiatives AfricaEnvironnement & Climat Observatoire / Observatoires spécialisés / CONGO
Observatoire spécialisé 02 / 16 — Base thématique · 29 juillet 2026

Le dernier grand puits de carbone des tropiques est aussi devenu le plus vaste permis d'exploration du continent.

Le bassin du Congo retire de l'atmosphère 160 millions de tonnes équivalent CO₂ par an — davantage que les émissions fossiles du Nigeria. Sous ses tourbières dorment 30 gigatonnes de carbone. Et depuis mai 2025, 124 millions d'hectares du territoire congolais sont ouverts à l'exploration pétrolière. Ces trois faits sont simultanément vrais, documentés, et rarement présentés ensemble. Cette base les met sur la même page, sans arbitrer à la place des États souverains concernés.

Le chevauchement — République démocratique du Congo, cycle de licences 2025

Chaque barre représente un même ensemble, recouvert par les blocs pétroliers ouverts à l'exploration. Ce n'est pas une carte : c'est une mesure de superposition.

Territoire national> 53 % recouvert
Corridor Vert Kivu–Kinshasa72 % recouvert
Forêts communautaires63 % concernées
Localités du pays49 % · ≈ 39 millions d'habitants
Cuvette centrale — tourbièresquasi-totalité
Ensemble de référence Recouvert par un bloc ouvert à l'exploration
Nature de la source. Ces cinq pourcentages proviennent d'un travail cartographique d'organisations de plaidoyer environnemental, non d'une publication gouvernementale. Ils sont publiés ici comme tels, avec leur provenance explicite. Aucune contre-mesure officielle n'a été publiée à ce jour ; la position des autorités, rapportée dans l'onglet chronologie, est que les blocs chevauchant les aires protégées ont été écartés. L'observatoire signale l'écart de versions plutôt que de le trancher.
6Pays du bassin : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, RCA, RDCCOMIFAC
3,7M km²Superficie du massif — plus que l'Inde et la France réuniesEstimation haute, voir écarts
160MtCO₂e/anAbsorption nette moyenne 2015-2024 — plus grand puits net restant des tropiquesGlobal Forest Watch · fév. 2026
30GtCCarbone stocké dans les tourbières de la Cuvette centraleDargie et al., 2017
145 000km²Étendue du complexe de tourbières, le plus vaste au mondeDargie et al. · Remote Sensing 2023
55Md$/anValeur des services de séquestration rendus — 36 % du PIB régional de 2021Center for Global Development
≈ 100millionsPersonnes dont la subsistance dépend du massifCIFOR-ICRAF
124M haSuperficie ouverte à l'exploration pétrolière en 2025Cartographie indépendante

Un service rendu au monde, payé à 0,5 %

Le bassin du Congo est le seul des trois grands massifs tropicaux à rester un puits net significatif. L'Amazonie bascule par endroits vers l'émission ; l'Asie du Sud-Est a largement basculé. Ici, la forêt absorbe encore — et la rémunération de ce service à sa valeur n’est pas établie dans ce corpus.

Le service

160 MtCO₂e retirés chaque année

Moyenne 2015-2024. Le plus grand puits de carbone net restant sous les tropiques, davantage que les émissions fossiles du Nigeria en 2024.

L'ordre de grandeur

Six fois l'Amazonie en net

L'absorption annuelle nette du bassin du Congo est six fois supérieure à celle du massif amazonien, selon la Banque mondiale.

La valeur

Au moins 55 Md$ par an

Valorisation des services de séquestration par le Center for Global Development, soit 36 % du PIB régional de 2021.

Le paiement

1,5 Md$ promis sur cinq ans

Engagement de douze bailleurs internationaux à la COP26 de Glasgow, pour la période 2021-2025.

Calcul de l'observatoire, à partir de deux sources publiées
1 500 M$ ÷ 5 ans = 300 M$ par an promis
300 M$ ÷ 55 000 M$ = 0,5 % de la valeur du service rendu

Le rapport n'est pas une opinion : c'est une division entre deux chiffres publiés, l'un par les bailleurs réunis à Glasgow, l'autre par un centre de recherche américain. Il faut ajouter que le montant promis n'est pas le montant versé — le suivi du décaissement de cette enveloppe constitue l'une des tâches ouvertes de cette base.

Une déforestation encore contenue, une trajectoire qui ne l'est pas

En 2024, aucun pays du bassin du Congo ne figurait parmi les dix premiers pays tropicaux en pourcentage de perte de forêt primaire humide. C'est la bonne nouvelle, et elle est réelle. La mauvaise est que plus d'un quart du massif pourrait disparaître d'ici 2050 si les dynamiques d'abattage — largement illégal — se poursuivent au rythme actuel, et que le changement climatique augmente déjà la fréquence des conditions favorables aux incendies.

Combien mesure le bassin du Congo ?

Comme pour la Grande Muraille Verte, les chiffres divergent — d'un facteur deux. Et comme pour elle, la divergence est méthodologique, pas fautive.

ValeurPérimètre mesuréSource
3,7 millions de km², soit 370 M haLe bassin au sens hydrographique et paysager : forêts, rivières, savanes, marécagesReprises institutionnelles, 2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
240 millions d'haLe massif forestier proprement dit, sur les six paysTravaux académiquesRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
180 à 230 millions d'haLa forêt dense humide selon la définition du couvert retenueFourchette de la littératureRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Position de l'observatoire. Nous publions « 3,7 millions de km² » pour le bassin et « 240 millions d'hectares » pour le massif forestier, en précisant systématiquement lequel des deux est désigné. Les taux de déforestation ne sont comparables entre sources que si le dénominateur l'est — c'est la première vérification faite sur toute donnée entrante.

La Cuvette centrale : trente gigatonnes sous l'eau

Découvertes dans leur ampleur réelle en 2017, les tourbières de la Cuvette centrale sont l'objet le plus stratégique et le plus mal connu du continent. Elles ne se voient pas depuis un satellite optique : elles sont sous la forêt, gorgées d'eau, et vieilles de plus de dix mille ans.

CaractéristiqueValeurPortée
Étendue≈ 145 000 km², à cheval sur la RDC et la République du CongoÉquivalent au Népal ; plus vaste complexe de tourbières tropicales au monde
Carbone stocké≈ 30 gigatonnesEstimation de référence, Dargie et al., 2017
ÂgePlus de 10 000 ansAccumulation continue depuis l'Holocène
Mécanisme de libérationDrainage et assèchementUne tourbière drainée cesse d'être un puits et devient une source
Contexte mondialLes tourbières couvrent 3 à 4 % des terres émergées mais renferment jusqu'à un tiers du carbone des solsDeux fois le carbone de l'ensemble des forêts de la planète
Émissions des tourbières dégradées≈ 5 % des émissions anthropiques mondialesGIEC, 2014

Trois manières de dire « trente gigatonnes »

La même quantité est présentée sous trois comparaisons différentes selon la source. Toutes sont arithmétiquement défendables ; elles ne renvoient simplement pas au même référentiel. Les publier ensemble évite qu'une seule serve d'argument d'autorité.

Chronologie d'une collision

Quatre ans de décisions qui placent la principale réserve de carbone du continent au centre d'un arbitrage de souveraineté énergétique.

Juillet 2022

Mise aux enchères de 27 blocs pétroliers et 3 blocs gaziers

Première ouverture de grande ampleur. Contestation immédiate d'organisations environnementales sur les blocs situés dans la Cuvette centrale. Le gouvernement affirme que les études appropriées ont été conduites.

Octobre 2024

Annulation de plusieurs blocs

Sous la pression nationale et internationale, une partie de l'appel d'offres est retirée. Le signal est interprété comme un infléchissement.

Début 2025

Lancement du Corridor Vert Kivu–Kinshasa

Initiative phare de conservation portée au plus haut niveau de l'État congolais, présentée comme l'une des plus vastes aires de protection forestière au monde.

2 mai 2025

Ouverture de 52 nouveaux blocs dans la Cuvette centrale

Annoncée en Conseil des ministres. S'ajoutant aux trois blocs déjà attribués — Mbandaka, Lokoro et Busira — l'ensemble forme un portefeuille de 55 blocs. La superficie concernée, 124 millions d'hectares, constitue un record. Le Corridor Vert lancé quelques mois plus tôt se retrouve recouvert à 72 %.

Position officielle

La souveraineté énergétique invoquée

L'argument avancé côté congolais est double : un État souverain est fondé à valoriser son potentiel en hydrocarbures pour financer son développement, et les blocs chevauchant les aires protégées auraient été écartés du périmètre. La vérification indépendante de ce second point est l'une des tâches prioritaires de cette base.

Question ouverte

Qui paie pour ne pas forer ?

C'est la question que le bassin du Congo pose au reste du monde depuis dix ans, et à laquelle aucune réponse chiffrée n'a été apportée. Tant que le service de séquestration est payé à 0,5 % de sa valeur estimée, l'arbitrage économique interne penche mécaniquement du côté de l'extraction.

Les six pays et leur dispositif

Une commission régionale, un observatoire forestier, un fonds fiduciaire multi-bailleurs. Le dispositif institutionnel du bassin du Congo est plus ancien et mieux structuré que celui de la Grande Muraille Verte — ce qui rend l'écart de résultats d'autant plus instructif.

PaysPoids forestierEnjeu dominantCouverture de la base
RD CongoLe plus vaste couvert du bassinTourbières, blocs pétroliers, Corridor Vert, conflit à l'EstPartielle
République du CongoSecond détenteur de tourbièresCuvette centrale côté nord, Fonds BleuPartielle
GabonCouvert forestier parmi les plus élevés au monde en proportionPays pionnier des paiements résultats et de la valorisation carbonePartielle
CamerounFaçade occidentale du massifAgriculture d'exportation, infrastructures, exploitation forestièrePartielle
CentrafriqueMarge septentrionaleInstabilité, gouvernance forestièreInsuffisante
Guinée équatorialePlus petit périmètre du bassinÉconomie pétrolière, données peu accessiblesInsuffisante

Le dispositif institutionnel

Les dix indicateurs suivis

Trois d'entre eux n'existent aujourd'hui dans aucune publication consolidée. Les produire est la contribution propre de cet observatoire.

N°IndicateurUnitéDisponibilité
01Perte de forêt primaire humide, par paysha/anGlobal Forest Watch
02Absorption nette de carbone du massifMtCO₂e/anPublié
03Superficie de tourbières intacte, drainée, dégradéekm²Cartographie partielle
04Superficie sous permis d'exploration ou d'exploitationhaSources non officielles
05Chevauchement permis / aires protégées / tourbières%Aucune mesure officielle
06Paiements pour résultats effectivement versés, par paysUSDCAFI, partiel
07Crédits carbone forestiers émis et retiréstCO₂eRegistres de standards
08Part du revenu carbone revenant aux communautés%Jamais consolidé
09Superficie de forêts communautaires reconnueshaHétérogène
10Valeur du service de séquestration rapportée au PIB%Un seul travail publié

L'indicateur 05, cœur de la base

Le taux de chevauchement entre permis pétroliers, aires protégées et tourbières n'est mesuré aujourd'hui que par des organisations de plaidoyer, avec les limites de crédibilité que cela implique dans une discussion souveraine. Produire cette mesure de manière neutre, reproductible et publiée en données ouvertes, à partir des cadastres officiels et des couches cartographiques disponibles, serait la contribution la plus utile de cet observatoire au débat congolais. C'est aussi la plus exigeante : elle suppose l'accès aux limites officielles des blocs, qui ne sont pas publiées sous forme exploitable.

Sources

Cette base distingue explicitement trois catégories de sources : institutionnelles, scientifiques, et issues d'organisations de plaidoyer. La troisième catégorie est utilisée, mais jamais sans être nommée comme telle.

Global Forest Watch · CIFOR-ICRAF Analyse de la perte forestière dans le bassin du Congo, février 2026 : absorption nette de 160 MtCO₂e/an en moyenne 2015-2024, comparaison aux émissions fossiles du Nigeria, position relative des pays du bassin.

Banque mondiale Blog Africa Can, 2024 : absorption nette six fois supérieure à celle de l'Amazonie, options de politique publique pour la valorisation du massif.

Center for Global Development Valorisation des services de séquestration à au moins 55 Md$/an, soit 36 % du PIB régional de 2021.

Dargie et al., 2017 · projet CongoPeat Découverte et cartographie du complexe de tourbières : 145 500 km², ≈ 30 gigatonnes de carbone.

Remote Sensing, 2023 Confirmation du statut de plus vaste complexe de tourbières tropicales au monde.

GIEC, 2014 Émissions des tourbières drainées, ≈ 5 % des émissions anthropiques mondiales.

Conseil des ministres de la RDC, 2 mai 2025 Ouverture de 52 blocs à l'exploration, portefeuille de 55 blocs avec Mbandaka, Lokoro et Busira.

Cartographies indépendantes, 2025 Mesures de chevauchement — 124 M ha, > 53 % du territoire, 72 % du Corridor Vert, 63 % des forêts communautaires, 49 % des localités et ≈ 39 M d'habitants. Sources de plaidoyer, signalées comme telles.

COP26 de Glasgow, 2021 Engagement de douze bailleurs, minimum 1,5 Md$ pour 2021-2025 en faveur des forêts du bassin.

COMIFAC · OFAC · CAFI · PFBC Cadre institutionnel régional, rapports sur l'état des forêts, lettres d'intention et paiements à la performance.

Institut d'études de sécurité Projection d'une perte possible de plus d'un quart du massif d'ici 2050 en l'absence d'inflexion.