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Initiatives AfricaEnvironnement & Climat Observatoire / Océans et pêche
Base thématique — Océans et pêche

Le terrain a tranché ce que les modèles discutent.

Deux études de référence projettent des évolutions de signe contraire pour les deux mêmes grands écosystèmes marins d'Afrique de l'Ouest : l'une annonce un recul dans le golfe de Guinée, l'autre l'une des plus fortes hausses au monde. Pendant ce temps, les captures ont chuté de 70 à 80 % au Sénégal et en Mauritanie, et de 90 % pour une espèce phare au Ghana. Trente-cinq millions de pêcheurs côtiers africains n'attendent pas que les modèles s'accordent.

La signature de cette base — deux études, deux signes contraires, mêmes écosystèmes

Première étude

Golfe de Guinéerecul
Courant des Canarieslégère hausse

Seconde étude

Golfe de Guinée+ 23,9 %
Courant des Canaries− 14,6 %
Cause de la divergence, identifiée par les auteurs eux-mêmes : la résolution des modèles océaniques
et leur capacité inégale à représenter les remontées d'eau froide

Constaté sur le terrain, Sénégal et Mauritanie : captures en baisse de 70 à 80 %
35MPêcheurs côtiers africains dont la subsistance dépend de la ressource marineRevue de référence
−70 à −80%Baisse des captures constatée au Sénégal et en MauritanieRecherche conjointe · 2024
−90%Chute des débarquements de sardinelle ronde au Ghana entre 1992 et 2019Calcul de l'observatoire
−59%Baisse des petits pélagiques au Ghana entre 1993 et 2019, malgré un effort de pêche accruRecherche universitaire
−25%Réduction du potentiel de capture ghanéen d'ici 2050 imputable au seul climatBanque mondiale
+0,3°CRéchauffement de la surface du golfe de Guinée entre 1993 et 2020Travaux publiés · 2023

Pourquoi cette base existe

Notre base sur le carbone bleu traite des écosystèmes marins comme réservoirs de carbone. Aucune ne traitait ce que la mer nourrit — ni les trente-cinq millions de personnes qui en vivent.

Le désaccord scientifique est réel, et il porte sur le signe. Une première étude projette un recul des débarquements dans le golfe de Guinée à l'horizon 2050 et une légère hausse le long du courant des Canaries. Une seconde annonce pour le golfe de Guinée l'une des plus fortes hausses de potentiel de capture au monde, +23,9 %, et un recul de 14,6 % pour le courant des Canaries. Les deux écosystèmes changent de camp d'une étude à l'autre.
Les auteurs eux-mêmes expliquent la divergence. Elle tiendrait au type de modèle océanographique employé et à sa capacité à représenter les remontées d'eau froide — la première étude s'appuyant sur un modèle climatique global à faible résolution, la seconde sur un modèle de plateau à haute résolution. Ce n'est donc pas une querelle d'école : c'est une limite de résolution spatiale, et elle est nommée. L'observatoire publie les deux projections avec leur méthode, sans en retenir aucune.
Ce que le terrain établit pendant ce temps
Sénégal et Mauritanie, captures : −70 à −80 %
Ghana, petits pélagiques 1993-2019 : −59 %, malgré un effort accru
Ghana, sardinelle ronde : 119 000 t en 1992 → 11 834 t en 2019, soit −90 %
Côte d'Ivoire, captures 2003-2020 : −40 %

Quatre séries indépendantes, quatre reculs majeurs, sur trois pays et trois périodes différentes. Aucune projection n'est nécessaire pour établir qu'une crise est en cours. Ce que les modèles discutent, c'est la trajectoire future ; ce que les débarquements montrent, c'est un effondrement déjà réalisé.

Trois causes qui se renforcent

La recherche sur le golfe de Guinée converge sur un point : la crise n'a pas une cause mais trois, et elles s'aggravent mutuellement. C'est ce qui rend l'attribution difficile — et la solution partielle inefficace.

CauseMécanismeCe qui est établi
Le climatRéchauffement de surface et affaiblissement des remontées d'eau froide+0,3 °C dans le golfe de Guinée entre 1993 et 2020 ; réchauffement significatif et affaiblissement des remontées dans le sud du courant des Canaries, du Maroc au Sénégal, depuis deux décennies
La pêche illégaleFlottes industrielles étrangères pratiquant une pêche non déclarée et non réglementéeIdentifiée comme cause majeure par la recherche universitaire ; l'accès de la petite pêche est de plus en plus entravé par la puissance et l'extension des flottes industrielles
La surcapacité localeTrop de pirogues pour la ressource disponibleUn programme quinquennal en cours au Ghana vise explicitement à prévenir l'effondrement des petits pélagiques en réduisant la surcapacité
Pourquoi cette pluralité de causes compte pour un observatoire climatique. Attribuer au seul climat une baisse qui tient aussi à la pêche illégale et à la surcapacité surestime l'effet climatique et déresponsabilise les décisions de gestion. Inversement, tout imputer à la gouvernance ignore un réchauffement mesuré. L'observatoire retient les trois et se garde d'un partage quantitatif que les données ne permettent pas.

Le mécanisme physique, en une phrase

Les petits pélagiques d'Afrique de l'Ouest — sardinelle, ethmalose — ont des cycles de vie courts, une croissance rapide et une dépendance forte à la température, aux courants et aux remontées d'eau froide côtières, ce processus par lequel des eaux profondes riches en nutriments remontent vers la surface.

Il en résulte une sensibilité extrême : une faible variation de température de surface, de régime de vent ou de productivité planctonique suffit à déplacer une population entière. À Saint-Louis, Mbour et Joal, pêcheurs et scientifiques rapportent la même observation — la sardinelle, autrefois abondante à quelques milles du rivage, remonte désormais vers le nord pendant les mois chauds.

Ce que la ressource fait vivre

La pêche africaine n'est pas un secteur économique parmi d'autres : c'est une chaîne de subsistance et une source de protéines.

IndicateurValeur
Pêcheurs côtiers africainsPlus de 35 millions
Ghana — pêcheurs actifsPlus de 200 000
Ghana — personnes en aval de la chaîne de valeurPlus de 2 millions, dont des milliers de femmes qui transforment et vendent le poisson sur les marchés du littoral
Seuil de pauvreté des communautés concernéesVivant déjà à ou sous 2,15 dollars par personne et par jour
Stocks mondiaux surexploités ou épuisésPlus d'un tiers des stocks suivis ; l'Afrique de l'Ouest signalée parmi les régions aux reculs les plus alarmants
Ce que la baisse produit concrètement. Ces communautés vivent déjà au seuil de pauvreté internationale. Une perte de revenu ne les appauvrit pas : elle les fait basculer. Et la chaîne aval — transformation, séchage, vente sur les marchés — emploie dix fois plus de personnes que la pêche elle-même, majoritairement des femmes. Un pêcheur qui rentre les filets vides met dix autres personnes sans activité.
Le lien avec notre base agriculture. Les deux dossiers documentent la même population : de petits producteurs, majoritairement informels, produisant l'essentiel de l'alimentation nationale et recevant une part infime du financement climatique. La pêche artisanale est à la mer ce que la petite exploitation est à la terre — et elle souffre du même angle mort dans les contributions déterminées.

Ce qui se passe à terre

La ressource recule au large ; la plage disparaît à terre. Les deux effets frappent le même métier, et le second est moins connu.

La plage comme outil de travail

Les pêcheurs traditionnels d'Afrique de l'Ouest lancent leurs pirogues de neuf mètres depuis de larges plages qui s'érodent rapidement. Cette érosion, documentée par notre base consacrée aux villes et littoraux à hauteur de deux mètres par an sur 56 % du littoral de quatre pays, produit un effet spécifique au métier :

elle prive les équipages de l'espace nécessaire pour haler les filets à terre, et expose les habitations, souvent fragiles, aux ondes de tempête. Une observation de terrain conduite dans plus d'une douzaine de communautés de pêche de Côte d'Ivoire, du Ghana et du Nigeria rapporte des signes marquants de menace sur les moyens d'existence, partout.

Le climat n'attaque donc pas seulement la ressource : il attaque l'infrastructure gratuite dont dépend son exploitation. Une plage n'est ni un actif comptabilisé, ni un équipement assuré — mais sa disparition arrête l'activité aussi sûrement qu'une panne de moteur.

Un rapprochement que ce constat impose. Dans nos bases, l'érosion côtière apparaissait comme une menace pour les villes, les routes et le foncier. Elle est aussi une menace pour un outil de production — et cette lecture change ce qu'un ouvrage de protection côtière protège réellement.

Les cadres existent, la mise en œuvre est inégale

Trois instruments continentaux couvrent le sujet. Leur bilan, dressé par l'institution qui les suit, est explicite.

InstrumentObjet déclaré
Stratégie africaine pour l'économie bleueDurabilité de la valeur ajoutée locale et diversification des activités bleues
Cadre politique et stratégie de réforme des pêches et de l'aquaculture en AfriqueGestion des ressources halieutiques et de l'aquaculture
Stratégie maritime intégrée africaine à l'horizon 2050Création d'emplois et croissance inclusive par la mer
Le bilan publié, sans détour. La mise en œuvre de ces trois cadres demeure inégale. Les obstacles nommés sont : capacité institutionnelle limitée, accès insuffisant à des financements catalytiques, faible intégration des chaînes de valeur, et lacunes persistantes de données. Les contraintes du secteur sont identifiées de la même manière : surexploitation, pêche illégale, faible investissement productif notamment en aquaculture, pertes après capture élevées, gouvernance inadéquate et vulnérabilité climatique croissante.
Les pertes après capture, un point commun de plus avec l'agriculture. Notre base consacrée à l'agriculture relevait que l'humidité et la chaleur font pourrir les récoltes en stockage, faute d'installations. Le même mécanisme s'applique au poisson, et il est nommé parmi les contraintes majeures du secteur halieutique africain. Dans les deux cas, la perte ne se produit ni au champ ni en mer, mais entre les deux.

Ce que les cinquante-quatre fiches ont établi

PaysCe qui est établi
MauritanieLa seule fiche de l'échantillon qui documente le mécanisme : l'élévation de température modifie l'intensité de la remontée d'eau froide responsable de la richesse biologique des eaux nationales ; proliférations d'algues toxiques ; migration des pélagiques tropicaux vers le sud et des espèces tempérées vers le nord
Sénégal41 % de la population sur le littoral ; Saint-Louis, Mbour et Joal cités par la recherche comme lieux d'observation du déplacement de la sardinelle
Guinée-BissauDouble statut de pays le moins avancé et de petit État insulaire ; archipel des Bijagos en réserve de biosphère ; mangroves parmi les plus étendues d'Afrique de l'Ouest — nurseries essentielles
SomalieLe plus long littoral d'Afrique continentale, sur deux façades. Aucune donnée halieutique publiée
SeychellesCadre stratégique de l'économie bleue ; récifs exposés au blanchissement ; la pêche n'entre pas dans le périmètre des quatre secteurs de la contribution
MauriceDomaine maritime sans commune mesure avec la superficie terrestre ; capital marin non mesuré
Angola, NamibieFaçade du courant de Benguela, l'un des grands systèmes de remontée d'eau froide mondiaux — effet sur la pêche signalé, non chiffré
Les autres États côtiersAucune donnée de capture, aucune projection halieutique, aucun emploi du secteur chiffré
Le constat de couverture — calcul de l'observatoire
États africains dotés d'une façade maritime : 38
Fiches documentant un mécanisme halieutique lié au climat : 1
→ soit 2,6 % des pays côtiers

La Mauritanie est le seul pays de notre échantillon dont la contribution décrit l'effet du réchauffement sur la remontée d'eau froide et ses conséquences biologiques. Trente-sept autres États ont une côte, une flotte et une population qui en vit — et rien à ce sujet dans leur document climatique national.

Les indicateurs que cette base se fixe de produire

Premier indicateur — les débarquements par espèce et par an

Le cas ghanéen montre ce que cette série révèle : 119 000 tonnes de sardinelle ronde en 1992, 11 834 en 2019. Une moyenne agrégée aurait masqué cet effondrement d'espèce. Publier la série par espèce, pays par pays, est la seule façon de distinguer un déplacement d'une disparition.

Second indicateur — l'effort de pêche rapporté à la capture

Le chiffre ghanéen le plus parlant n'est pas la baisse de 59 % : c'est qu'elle survient malgré un effort de pêche accru. Le rapport capture sur effort est l'indicateur qui distingue une ressource qui se raréfie d'une flotte qui pêche moins — et il n'est publié par aucun pays de notre échantillon.

Troisième indicateur — la part du poisson dans l'apport protéique national

La source relève que le poisson fournit une part substantielle des protéines animales du régime ghanéen. Rapporter la baisse des captures à cette part transformerait un chiffre de pêche en indicateur de sécurité alimentaire — et rendrait le sujet lisible par un ministère de la Santé autant que par un ministère des Pêches.

Ce que cette base ne fera pas. Elle ne publiera aucune projection de capture par pays. Deux études de référence donnent des signes contraires pour les mêmes écosystèmes — retenir l'une reviendrait à choisir un modèle océanographique, ce qui n'est pas le rôle d'un observatoire documentaire. Nous publions les débarquements constatés, et les deux projections avec leur méthode.

Sources

DonnéeSourceMillésime
Divergence des deux projections — recul dans le golfe de Guinée et légère hausse dans le courant des Canaries contre +23,9 % et −14,6 % ; explication par la résolution des modèles océanographiques ; plus de 35 millions de pêcheurs côtiers africains ; entrave croissante de la petite pêche par les flottes industriellesRevue de synthèse sur les pêches ouest-africaines face au changement climatique, publiée dans une revue internationale de politique maritime2016Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Baisse de 70 à 80 % des captures au Sénégal et en MauritanieÉtude conduite par un centre de recherche océanographique sénégalais et un institut de recherche pour le développement2024Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Ghana — petits pélagiques en baisse de 59 % entre 1993 et 2019 malgré un effort accru ; sardinelle ronde de 119 000 t en 1992 à 11 834 t en 2019 ; plus de 200 000 pêcheurs actifs et plus de 2 millions de personnes en aval ; Côte d'Ivoire en baisse de 40 % entre 2003 et 2020 ; trois causes conjuguéesTravaux universitaires sur la crise halieutique du golfe de Guinée, conduits sur trois ans2023-2025Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Réduction de 25 % ou plus du potentiel de capture ghanéen d'ici 2050 du seul fait du climat ; érosion des plages privant les pêcheurs d'espace pour haler les filets ; observations dans plus d'une douzaine de communautés de Côte d'Ivoire, du Ghana et du NigeriaBanque mondiale, citée par le même auteur2025Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Réchauffement de 0,3 °C du golfe de Guinée entre 1993 et 2020, lié à l'affaiblissement des remontées d'eau froideTravaux publiés cités par un document national ghanéen sur l'adaptation des pêches artisanales2023-2024Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Sensibilité des petits pélagiques ; réchauffement et affaiblissement des remontées dans le sud du courant des Canaries du Maroc au Sénégal ; observations à Saint-Louis, Mbour et JoalCoalition d'organisations sur les accords de pêche équitablesdécembre 2025Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Contraintes du secteur — surexploitation, pêche illégale, faible investissement en aquaculture, pertes après capture élevées, gouvernance inadéquate, vulnérabilité climatique ; mise en œuvre inégale des trois cadres continentaux ; lacunes persistantes de donnéesDocument préparatoire d'une conférence régionale d'une organisation internationale pour l'alimentation et l'agriculturefévrier 2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Plus d'un tiers des stocks mondiaux suivis surexploités ou épuisés ; Afrique de l'Ouest parmi les régions aux reculs les plus alarmantsPublication spécialisée, d'après la même organisationjanvier 2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Situations nationales et érosion côtièreFiches pays et base Villes et littoraux de cet observatoire2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Note de méthode. Le recul de 90 % de la sardinelle ronde ghanéenne est un calcul de l'observatoire à partir des deux tonnages publiés. Le rapport de 1 sur 38 pays côtiers documentant un mécanisme halieutique dérive de nos propres fiches. La revue qui établit la divergence des projections date de 2016 : elle est signalée comme telle, et la question de savoir si des travaux plus récents ont réduit cet écart reste ouverte.
Ce que cette base ne peut pas encore faire. Elle n'établit pour aucun pays africain une série de débarquements par espèce, ni un rapport capture sur effort. Sans ces deux séries, on ne peut pas distinguer une ressource qui migre d'une ressource qui disparaît — et c'est pourtant la distinction dont dépend toute politique de gestion.