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Base thématique — Transport et mobilité

Le carburant décide, pas le véhicule.

En 2016, cinq pays d'Afrique de l'Ouest ont interdit l'importation de carburants européens après qu'un rapport eut établi des teneurs en soufre trois cents fois supérieures au seuil autorisé. La conséquence dépasse la pollution immédiate : un tel carburant rend inopérants les dispositifs antipollution des véhicules, y compris les plus récents et les mieux normés. Importer un véhicule propre dans un pays au carburant sale ne produit pas un transport propre. C'est le point aveugle de tout le débat africain sur la mobilité.

La signature de cette base — mêmes véhicules, même année 2050, deux politiques
Politiques actuellement adoptéesÉmissions du puits à la roue, 2050
909 MtCO₂ — SOIT 2,3 FOIS LE NIVEAU DE 2020
Niveau constaté en 2020Référence
≈ 395 MtCO₂
Transition accélérée vers les véhicules zéro émissionÉmissions du puits à la roue, 2050
53 % SOUS 2020
Écart entre les deux trajectoires, à la même date : un facteur de près de cinq
Périmètre : voitures, camionnettes, autobus et camions — deux-roues et trois-roues exclus
300foisTeneur en soufre relevée dans des carburants exportés vers l'Afrique de l'Ouest, par rapport au seuil autoriséEnquête · 2016
1,5M/anVéhicules d'occasion importés en Afrique chaque annéeProgramme des Nations unies pour l'environnement
80%Part de ces véhicules ne satisfaisant pas aux normes d'émission de base — l'Afrique accueille 40 % du parc mondial d'occasionForum économique mondial · 2023
20ansÂge moyen des voitures d'occasion importées en OugandaRevue réglementaire de 146 pays
+50%Croissance de la demande de carburants fossiles du secteur des transports entre 2010 et 2020Conseil international sur les transports propres
20%Part du parc mondial de motocycles immatriculés situé en AfriqueRecherche universitaire · 2023

Pourquoi cette base existe

Le transport apparaît dans presque toutes nos fiches comme un poste d'atténuation, jamais comme un système. Cette base traite ce que les contributions nationales traitent séparément : le véhicule, le carburant et la norme.

Le fait qui donne son titre à cette base

En 2016, un rapport d'enquête a établi que des carburants exportés vers l'Afrique de l'Ouest depuis l'Europe — notamment les Pays-Bas et la Suisse — contenaient une teneur en soufre trois cents fois supérieure au seuil autorisé. Cinq pays — Nigeria, Ghana, Bénin, Togo, Côte d'Ivoire — en ont interdit l'importation la même année.

La conséquence technique est celle que retient cette base. Un carburant fortement soufré pose des problèmes de maintenance et rend inopérantes les technologies antipollution, y compris sur des véhicules neufs conformes aux normes d'émission les plus strictes. Les dispositifs de traitement des gaz d'échappement s'empoisonnent au soufre.

Les auteurs en tirent une conclusion sans détour : la pollution automobile ne peut pas être imputée aux seuls véhicules d'occasion — elle tient aussi à la qualité du carburant. Et la majorité du carburant distribué en Afrique se situerait en dessous du niveau de qualité correspondant à la toute première norme européenne.

Ce que cela implique pour les politiques d'importation. Durcir les normes d'âge ou de norme à l'importation est une mesure nécessaire mais insuffisante si le carburant disponible annule le bénéfice. Un pays qui interdirait l'importation de véhicules anciens tout en distribuant un carburant hors norme obtiendrait un parc plus cher et une qualité de l'air inchangée. Les deux leviers doivent bouger ensemble, et ils relèvent de ministères différents.

Le parc, et d'où il vient

L'Afrique est la destination principale du véhicule d'occasion mondial. Ce flux n'est pas un déchet : c'est aussi ce qui rend la mobilité accessible.

IndicateurValeur
Véhicules d'occasion importés en Afrique chaque année≈ 1,5 million
Part du parc mondial de véhicules d'occasion accueillie par l'Afrique40 %
Part de ces véhicules ne satisfaisant pas aux normes d'émission de base80 %
Pays en développement et en transition aux règles d'importation faiblesDeux tiers sur 146 pays examinés
Âge moyen d'une voiture d'occasion importée en Ouganda20 ans
Consommation moyenne dans les marchés dominés par l'occasionEnviron 1,5 fois la valeur exigée en Europe il y a une décennie — soit un peu plus de 5 litres aux 100 km, ou 130 g de CO₂ par kilomètre
Ce que cette base refuse de dire. Que ce flux devrait s'arrêter. Là où les budgets publics de transport collectif sont limités, la capacité à déplacer personnes et marchandises dépend de la disponibilité de véhicules abordables. Le transport motorisé est une bouée de sauvetage : il donne accès aux soins, à l'éducation, au travail. Un véhicule de vingt ans est un problème d'émissions ; l'absence de véhicule est un problème d'accès. La réponse est dans la norme et le carburant, non dans la privation.
Un déséquilibre réglementaire à relever. La revue de 146 pays note que les deux tiers ont des règles d'importation faibles — mais aussi que la plupart des pays exportateurs manquent de règles d'exportation permettant d'empêcher le déversement de véhicules qui devraient être qualifiés de déchets et mis à la casse. La responsabilité est donc partagée entre les deux extrémités du flux, et une seule d'entre elles est habituellement mise en cause.

Un signal positif, et sa date

Début 2020, quinze pays d'Afrique de l'Ouest ont signé un accord introduisant une série d'outils réglementaires destinés à améliorer la qualité de l'air et à réduire les émissions, avec l'appui de la commission économique régionale.

L'observatoire signale que cette information date de 2020 et que son application n'a pas été vérifiée. Mesurer ce qu'un tel accord a produit six ans plus tard est précisément le type de suivi que cet observatoire se donne pour tâche.

Les deux-roues, angle mort des projections

La trajectoire de 909 mégatonnes citée en tête de cette base exclut explicitement les deux-roues et trois-roues. Or c'est le mode qui croît le plus vite.

DonnéeValeur
Part du parc mondial de motocycles immatriculés situé en AfriqueEnviron 20 %
Parc mondial de motocyclesEnviron 270 millions aujourd'hui, plus de 400 millions projetés en 2050 — soit une hausse de 50 %
Ventes mondiales annuellesEnviron 52 millions
Croissance du parc de motocyclesParmi les plus élevées au monde dans de nombreux pays africains
Émissions polluantes comparéesDu fait d'exigences technologiques moins strictes, les deux et trois-roues motorisés émettent davantage de polluants que les voitures — particules fines et carbone suie notamment
Ce que l'exclusion produit — raisonnement de l'observatoire
Projection publiée pour 2050 : 909 MtCO₂
Périmètre : voitures, camionnettes, autobus, camions
Deux-roues et trois-roues : exclus

Part africaine du parc mondial de motocycles : ≈ 20 %
Croissance du parc mondial d'ici 2050 : +50 %

Le mode de transport le plus répandu, le plus polluant par kilomètre et le plus dynamique en croissance ne figure pas dans la projection de référence. Ce n'est pas une négligence : les auteurs le signalent. Mais cela signifie que le chiffre de 909 mégatonnes est un plancher, non un total — et qu'aucune projection consolidée du transport routier africain n'existe à notre connaissance.

Là où la transition électrique se produit réellement

Le marché africain du véhicule zéro émission émerge d'abord par les deux et trois-roues, mode de transport populaire du continent. Des entreprises et jeunes pousses en proposent comme transport public et privé au Kenya, au Liberia, au Rwanda, au Togo, au Zimbabwe, en Ouganda et au Ghana. L'Égypte et l'Afrique du Sud comptent les parcs électriques les plus nombreux.

Les incitations recensées sont concrètes : exonérations fiscales sur les composants, batteries et équipements de recharge importés, gratuité du stationnement, tarifs d'électricité fortement réduits.

Un obstacle est nommé : l'absence de normes africaines pour les véhicules électriques affecte la qualité des deux et trois-roues importés. C'est exactement le problème du véhicule thermique, transposé — sans norme, le marché se remplit par le bas.

Ce que l'électrification coûte au Trésor

Un aspect rarement traité dans le débat africain, et pourtant décisif : les véhicules électriques ne paient ni taxe sur les carburants ni droits assis sur eux.

Le raisonnement, établi par la recherche. Les travaux sur l'électrification des deux-roues au Kenya relèvent que l'attention portée aux effets budgétaires de la transition électrique vient très majoritairement des pays à revenu élevé. Or les recettes de droits d'accise sur les carburants et de taxes sur les véhicules constituent une ressource publique substantielle — et un véhicule électrique n'en acquitte aucune.
Pourquoi ce point est plus sensible en Afrique qu'ailleurs. Un État dont la base fiscale est étroite et dont les recettes pétrolières intérieures financent une part du budget affronte un arbitrage direct : encourager l'électrification, c'est réduire une recette existante pour financer une infrastructure future. Ce n'est pas un argument contre la transition — c'est la raison pour laquelle une politique d'électrification sans volet fiscal ne tiendra pas. Aucune contribution nationale de notre échantillon n'aborde ce point.

Une politique nationale complète, à suivre

Le Ghana s'est doté d'un cadre d'électrification à mise en œuvre échelonnée : une étape préparatoire, puis une montée en charge visant 35 % de pénétration du véhicule électrique en 2035, et un objectif de long terme mettant fin à la vente et à l'importation de véhicules neufs à essence et diesel en 2045.

Le document met l'accent sur la santé et la sécurité, l'équité, l'inclusivité, l'économie circulaire et le recyclage des batteries. Entre 2017 et 2021, le pays a importé environ 17 660 véhicules électriques rechargeables, dont environ 9 431 deux et trois-roues — près de 98 % d'entre eux entièrement électriques.

C'est la politique de mobilité électrique la plus complète relevée dans notre échantillon, et la seule à comporter une date de fin des ventes thermiques.

Ce que les cinquante-quatre fiches ont établi

PaysCe qui est établi
RwandaSeul pays de l'échantillon à inscrire la mobilité électrique parmi ses priorités d'atténuation dans sa contribution ; le transport figure aussi parmi ses neuf secteurs prioritaires d'adaptation
SeychellesObjectif sectoriel de −30 % pour le transport en 2035 — le deuxième plus élevé de sa contribution après les déchets
ZambiePérimètre de contribution élargi aux transports dès 2021, en même temps qu'aux déchets liquides et au charbon
Sierra LeoneTransport parmi les quatre secteurs analysés en vulnérabilité, avec l'énergie, les déchets et les procédés industriels
ComoresTransport parmi les quatre secteurs clés du scénario de référence, avec l'énergie, le froid et les déchets
CamerounTransports cités parmi les priorités d'atténuation, aux côtés des bâtiments
MauritanieTransport inclus dans le secteur énergie, qui porte 71 % de l'ambition nationale
Les autresAucune donnée de parc, aucun âge moyen, aucune norme d'importation publiée
Le constat de couverture — calcul de l'observatoire
Fiches mentionnant le transport comme secteur d'atténuation : 7
Fiches publiant une donnée de parc, d'âge moyen ou de norme : 0

Véhicules d'occasion entrant sur le continent chaque année : 1,5 million

Un million et demi de véhicules entrent chaque année sur un continent dont l’âge moyen du parc, sa composition et la norme d’importation en vigueur n’ont pas été recensés de manière comparable par État dans ce corpus au 18 septembre 2026. C'est la lacune la plus élémentaire relevée dans nos treize bases : il ne s'agit pas ici de modélisation ou de projection, mais d'un simple registre d'immatriculation.

Les indicateurs que cette base se fixe de produire

Premier indicateur — la teneur en soufre du carburant distribué

C'est la donnée qui commande toutes les autres. Elle détermine si une norme véhicule a un effet ou non, et elle est mesurable en raffinerie comme à la pompe. Publier la teneur autorisée et la teneur constatée, pays par pays, rendrait immédiatement lisible l'efficacité réelle de toute politique d'importation.

Second indicateur — l'âge moyen et la norme du parc importé

Vingt ans en Ouganda est la seule valeur nationale que nous ayons trouvée. Généralisé, cet indicateur dirait ce que chaque pays laisse entrer — et son évolution mesurerait l'effet des accords régionaux signés depuis 2020, dont l'application n'est pas documentée.

Troisième indicateur — le parc de deux et trois-roues, thermique et électrique

Le mode le plus répandu et le plus polluant par kilomètre est exclu de la projection de référence continentale. Recenser le parc par pays, et la part électrique, permettrait de corriger un chiffre qui n'est aujourd'hui qu'un plancher.

Ce que cette base ne fera pas. Elle ne publiera pas de classement des pays par émissions de transport. Une série comparable de composition des parcs nationaux n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026 : un classement reposerait entièrement sur des estimations d'importation, et pénaliserait mécaniquement les pays dont les douanes déclarent le mieux.

Sources

DonnéeSourceMillésime
Environ 1,5 million de véhicules d'occasion importés par an ; demande de carburants fossiles du transport en hausse de près de 50 % entre 2010 et 2020 ; 909 MtCO₂ du puits à la roue en 2050 sous politiques actuelles, soit 2,3 fois le niveau de 2020, contre 53 % sous ce niveau en transition accélérée, deux et trois-roues exclus ; émergence du marché zéro émission par les deux et trois-roues au Kenya, Liberia, Rwanda, Togo, Zimbabwe, Ouganda et Ghana ; incitations recenséesConseil international sur les transports propres, d'après le Programme des Nations unies pour l'environnement2022Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Teneur en soufre 300 fois supérieure au seuil autorisé dans des carburants importés d'Europe ; interdiction par le Nigeria, le Ghana, le Bénin, le Togo et la Côte d'Ivoire en 2016 ; annulation des technologies antipollution même sur véhicules neufs ; rareté des données d'importationRevue scientifique sur les réglementations véhicules en Afrique, citant un rapport d'enquête et des travaux des Nations unies2021Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
40 % du parc mondial d'occasion accueilli par l'Afrique dont 80 % hors normes de base ; deux tiers des 146 pays examinés aux règles d'importation faibles ; âge moyen de 20 ans en Ouganda ; consommation environ 1,5 fois la valeur européenne ; accord de quinze pays ouest-africains début 2020 ; absence de règles d'exportationForum économique mondial, d'après le Programme des Nations unies pour l'environnementjanvier 2023Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Environ 20 % du parc mondial de motocycles en Afrique ; émissions polluantes supérieures à celles des voitures ; absence de normes africaines affectant la qualité des importations électriques ; Égypte et Afrique du Sud en tête des parcs électriquesRevue scientifique sur la faisabilité des deux et trois-roues électriques en Afrique2023Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Parc mondial de 270 millions de motocycles, 52 millions de ventes annuelles, plus de 400 millions projetés en 2050 ; croissance parmi les plus élevées au monde en Afrique ; particules fines et carbone suieProgramme des Nations unies pour l'environnementseptembre 2025Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Effets budgétaires de l'électrification étudiés majoritairement dans les pays à revenu élevé ; recettes de droits d'accise et de taxes véhiculesTravaux sur les impacts macroéconomiques de l'électrification des deux-roues au Kenya2024Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Cadre ghanéen — étape préparatoire, 35 % de pénétration en 2035, fin des ventes et importations thermiques neuves en 2045 ; 17 660 véhicules rechargeables importés entre 2017 et 2021 dont environ 9 431 deux et trois-roues, à 98 % entièrement électriquesDocumentation publique sur la mobilité électrique ghanéenne2024-2025Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Majorité du carburant africain en dessous du premier niveau de norme européenneTravaux sur la durabilité des véhicules électriques en Afrique2024Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Priorités nationales de transportFiches pays de cet observatoire2026Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Note de méthode. Le niveau de référence de 2020 — environ 395 mégatonnes — est un calcul de l'observatoire obtenu en divisant la projection de 909 mégatonnes par le facteur 2,3 publié. Le facteur de près de cinq entre les deux trajectoires en découle. Plusieurs sources de cette base datent de 2021 à 2023 : elles sont signalées comme telles, et l'application des accords régionaux signés en 2020 n'a pas été vérifiée.
Ce que cette base ne peut pas encore faire. Elle n'établit pour aucun pays africain la teneur en soufre du carburant distribué, ni l'âge moyen de son parc, ni sa norme d'importation en vigueur. Ce sont trois données administratives simples, non des modélisations — et leur absence rend invérifiable toute politique de mobilité propre sur le continent.