Un corridor défini par la pluie, pas par un traité
Le climat africain ne se gouverne pas par blocs économiques. Il se gouverne par bassins, par corridors et par centres climatiques régionaux. Ce tableau de bord suit cette réalité institutionnelle plutôt que la carte des unions douanières.
La Grande Muraille Verte n'est pas une ligne d'arbres. C'est le corridor compris entre les isohyètes 100 et 400 mm, sur environ 8 000 km, traversant onze États. Sa zone cible abrite 232 millions de personnes. Cette géométrie ne coïncide avec aucune organisation régionale : elle traverse la CEDEAO, la CEEAC et l'IGAD, en prend une partie de chacune, et n'en épouse aucune.
C'est précisément ce qui rend le niveau régional nécessaire. Toutes les données disponibles sont soit nationales, soit continentales. À l'échelle du corridor — l'échelle à laquelle le phénomène se produit et à laquelle le programme est piloté — presque rien n'est publié.
Position de méthode
Un tableau de bord régional n'est pas la somme de onze fiches pays. Sa valeur est de faire apparaître ce que le découpage national masque : une bande pluviométrique qui se déplace, un financement qui se compte à l'échelle du programme et non de l'État, un écart de restauration qui n'a de sens qu'agrégé.
85 % du temps, 20 % de l'objectif, 13 % du financement
L'angle de la base thématique consacrée au programme se vérifie à l'échelle du corridor : le sujet n'est pas un problème d'arbres, c'est un problème de traçabilité financière. Les ressources sont engagées, elles ne sont pas versées, et leur cheminement détaillé n’a pas été recensé dans ce corpus au 18 septembre 2026.
Calcul de l'observatoire — le seul décaissement national connu
Sur le tracé sénégalais, 870 M$ ont été annoncés et 149 M$ reçus, soit 17,1 %. C'est le même ordre de grandeur que le taux de décaissement global du programme (13 %), et c'est le seul des onze pays pour lequel le rapport annoncé/reçu soit établi. Un seul point ne fait pas une série — mais quand ce point unique confirme l'agrégat, il devient une raison suffisante d'exiger les dix autres.
Quatre millions d'hectares, ou vingt ?
Deux institutions publient des superficies restaurées irréconciliables : environ 4 millions d'hectares plantés selon l'une, 18 à 20 millions d'hectares restaurés selon l'autre. L'observatoire publie les deux, avec leur source, et n'arbitre pas.
Ce que la querelle recouvre
L'écart n'est probablement pas une contradiction mais une différence de définition : « planté » et « restauré » ne désignent pas la même opération, et la régénération naturelle assistée — qui ne plante rien — relève de la seconde sans relever de la première. Aucune des deux institutions ne publie sa définition. Tant qu'elles ne le font pas, la superficie restaurée de la Grande Muraille Verte reste un nombre dont l'incertitude est d'un facteur cinq, et cette incertitude est elle-même une donnée.
Calcul de l'observatoire — l'indicateur manquant, enfin chiffré des deux côtés
La base thématique avait désigné le coût moyen à l'hectare restauré comme l'indicateur absent du dossier. Il devient calculable dès lors qu'on accepte de le publier en fourchette.
Sur les ressources effectivement décaissées — environ 2,5 Md$, soit 13 % de plus de 19 Md$ engagés :
- rapportées à 20 M ha : environ 124 $ par hectare ;
- rapportées à 4 M ha : environ 618 $ par hectare.
Le coût unitaire du principal programme de restauration du continent varie donc d'un facteur cinq selon la définition retenue par l'une ou l'autre institution. Aucun financeur ne peut dimensionner un engagement sur une telle fourchette, et c'est probablement la traduction la plus concrète de ce que coûte une définition non publiée.
Ce que nous tenons, et ce que nous ne tenons pas
Les cases vides sont laissées vides. Elles indiquent une donnée que nous n'avons pas encore relevée pour ce pays, non une donnée qui n'existerait pas.
| État | IARC | Accès 2024 | Capacité renouvelable 2025 | Évolution 2024-2025 | Élément propre au corridor |
|---|---|---|---|---|---|
| Sénégal | A | 82,9 % | 625 MW | +30 % | Seul tracé national dont le rapport annoncé/reçu est public : 870 M$ contre 149 M$. |
| Mauritanie | A | 52,2 % | non relevé | — | Conditionnalité de 91,3 %, la plus élevée du continent : la quasi-totalité du résultat climatique se décide hors du pays. |
| Mali | B | 49,5 % | 633 MW | stable | Parc immobile sur l'année record du continent — signal à vérifier : absence de mise en service, ou absence d'actualisation de la déclaration. |
| Burkina Faso | A | 34,0 % | non relevé | — | Émissions passées de 36 122 à 72 301 GgCO2e entre 1990 et 2022, soit +2,19 % par an. Correspondant climatique rattaché à l'Agriculture, cohérent avec son économie. |
| Niger | B | 21,3 % | non relevé | — | Aucun élément propre au corridor relevé à ce jour. |
| Nigeria | A | 62,5 % | 3 206 MW | — | Plus grand déficit d'accès à l'électricité au monde pour la quatrième année consécutive : 87,2 millions de personnes. |
| Tchad | B | 13,4 % | 114 MW | +2 180 % | Plus forte progression relative du continent en 2025, depuis une base de 5 MW. |
| Soudan | B | 66,0 % | non relevé | — | Aucun élément propre au corridor relevé à ce jour. |
| Érythrée | B | 55,3 % | 26 MW | — | Correspondant climatique rattaché aux Finances et au Développement national — lecture possible : intégration budgétaire du climat plutôt que marginalisation. |
| Éthiopie | A | 56,6 % | 10 082 MW | +68 % | Deuxième parc renouvelable du continent, réseau intégralement renouvelable, et troisième déficit d'accès mondial avec 57,3 millions de personnes. |
| Djibouti | B | 69,2 % | non relevé | — | Correspondant rattaché à l'Habitat, l'Urbanisme et l'Environnement. |
| Relevé | 11 / 11 | 54 / 54 | 6 / 11 | 4 / 11 | 9 / 11 |
Ajout du 18 août 2026 — l'accès, pour tous les États de l'ensemble
La colonne d'accès provient du jeu de données extrait pour les 54 États. Sur cet ensemble, le taux d'accès médian s'établit à 55,3 % et le nombre total de personnes sans électricité à 235,94 millions.
4 États de cet ensemble progressent en taux d'accès tout en comptant davantage de personnes non desservies : Mauritanie, Nigeria, Tchad, Éthiopie. Le mécanisme démographique n'est plus déduit, il est constaté.
Case vide assumée — la capacité du corridor
La somme des capacités renouvelables des onze États n'est pas publiée ici, cinq valeurs sur onze n'ayant pas été reportées dans ce tableau. Voie de résolution : le jeu de données de la composante capacité de l'indice de transition couvre les 54 États et contient ces cinq valeurs ; leur report est immédiat. Publier une somme partielle en la présentant comme un agrégat régional serait exactement l'erreur que l'observatoire reproche aux classements incomplets.
Deux pays du corridor portent un cinquième du déficit mondial d'électricité
Calcul de l'observatoire
Le Nigeria compte 87,2 millions de personnes sans accès à l'électricité, l'Éthiopie 57,3 millions, soit 144,5 millions pour ces deux États du corridor. Rapporté aux 563 millions de l'Afrique subsaharienne, cela représente 25,7 % du déficit subsaharien ; rapporté aux 655 millions du déficit mondial, 22,1 %.
Plus de un cinquième des personnes privées d'électricité sur la planète vivent dans deux pays traversés par le même corridor de restauration des terres. Aucun document du programme ne fait ce rapprochement, parce qu'il relève de deux dossiers institutionnels séparés — la désertification d'un côté, l'énergie de l'autre.
L'Éthiopie concentre à elle seule les deux extrêmes : deuxième parc renouvelable du continent avec 10 082 MW en hausse de 68 %, et troisième déficit d'accès mondial. Le contraste à l'intérieur du corridor est du même ordre : de 10 082 MW en Éthiopie à 26 MW en Érythrée, deux États voisins, un rapport de 388.
Ce que ce rapprochement autorise, et ce qu'il n'autorise pas
Il n'autorise pas à conclure que le programme de restauration devrait financer l'électrification. Ce sont deux problèmes distincts, avec des instruments distincts. Il autorise en revanche à constater qu'un même territoire est suivi par deux appareils statistiques qui ne se parlent pas, et que le niveau régional est le seul où la coïncidence devienne visible. C'est la raison d'être de ce tableau de bord.
Trois indicateurs visés à l'échelle du corridor
- Les hectares restaurés par pays et par année, avec la définition employée. L'écart d'un facteur cinq entre les deux sources ne se résoudra pas par une troisième estimation, mais par la publication des définitions. C'est une demande de méthode, pas une demande de donnée.
- Le rapport annoncé/reçu pour chacun des onze tracés nationaux. Un seul est public. Les dix autres existent nécessairement dans les comptes des agences d'exécution.
- Un indicateur climatique à l'échelle du corridor et non de l'État. La bande 100-400 mm est un objet mobile : elle se déplace d'une année sur l'autre. Sa position annuelle n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026, alors que c'est la définition même du périmètre. Un programme dont l'emprise est définie par un isohyète devrait pouvoir dire où passe cet isohyète.
Ce que ce tableau de bord ne fera pas
Il ne classera pas les onze États. Un rang de corridor mesurerait la documentation disponible plutôt que l'effort consenti, exactement ce que l'indice de résilience a refusé de faire.
Il ne présentera pas la Grande Muraille Verte comme un projet de plantation. L'objet est la restauration de terres dégradées, ce qui inclut la régénération naturelle assistée, les pratiques agricoles et la gestion de l'eau. Réduire le programme à des arbres, c'est reprendre l'image qui a produit la querelle des chiffres.
Il ne traitera pas les cases vides comme des absences de politique. Cinq des onze États n'ont ici aucun élément propre au corridor : cela mesure notre relevé, pas leur action.
Sources et journal
| Source | Millésime | Usage |
|---|---|---|
| Plan d'investissements prioritaires décennal du programme et observatoire dédié | 2021-2030 | Emprise isohyétique, longueur du corridor, objectif de restauration.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Base thématique consacrée à la Grande Muraille Verte | 2026 | Jauge 2030, querelle des superficies, engagements et décaissements, tracé sénégalais.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Composante capacité de l'indice de transition verte | Millésimes 2024 et 2025 | Capacités renouvelables et évolutions des six États relevés.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Composante accès de l'indice de transition verte | Données 2024 | Déficits d'accès du Nigeria et de l'Éthiopie ; agrégats subsaharien et mondial.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Indice africain de résilience climatique | Première édition, 2026 | Niveaux de couverture documentaire des onze États.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Annuaire des correspondants climatiques de l'observatoire | Juillet–août 2026 | Rattachements institutionnels du Burkina Faso, de l'Érythrée et de Djibouti.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Date | Révision |
|---|---|
| 18 août 2026 | Colonne d\'accès à l\'électricité ajoutée pour tous les États de l\'ensemble, après extraction du jeu de données pour les 54. Aucun autre contenu modifié. |
| 15 août 2026 | Première publication. Premier des dix tableaux de bord régionaux. Coût moyen à l'hectare restauré publié pour la première fois, en fourchette de 124 à 618 $ selon la définition retenue. Aucun classement des onze États. |
