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Série 02 · Pièce 12 · Chantier de données n° 1 · Édition du 31 juillet 2026

La recette congolaise

Tout le monde a mesuré l'effet des quotas sur le prix. Personne n'a multiplié ce prix par le volume restant. Le résultat tient en un seuil : 21 dollars la livre. Au-dessus, la politique rapporte. En dessous, elle coûte.

~21 $/lb
seuil d'équilibre de la politique de quotas
24,75 $/lb
prix du métal à la clôture de 2025
15,96 $/lb
prévision 2026 d'un fournisseur de référence
96 600 t
plafond annuel, soit 52 % de la production 2024
+328 %
hydroxyde livré Asie sur l'exercice 2025
17 053 t
métal contenu exporté au premier trimestre 2026

La question

La base « Cobalt et batteries » avait laissé cette question ouverte et l'avait désignée comme le chantier n° 1 de l'observatoire. La voici traitée.

Pourquoi le prix seul ne prouve rien

Tout ce qui a été publié sur les quotas congolais porte sur le prix : +130 % sur le métal en douze mois, +328 % sur l'hydroxyde, +160 % depuis les premières mesures. Ces chiffres sont exacts et spectaculaires.

Ils ne disent rien du résultat. Une politique qui divise les volumes par deux et multiplie le prix par 1,5 fait perdre de l'argent. Une politique qui divise les volumes par deux et multiplie le prix par 2,5 en fait gagner. Seul le produit prix × volume tranche, et il n'est calculé nulle part.

Ce calcul ne demande aucune donnée confidentielle. Il demande deux séries publiques et une multiplication.

Ce que cette pièce est, et n'est pas

Ce n'est pas la recette réelle de l'État congolais. Celle-ci dépend de la redevance, de l'impôt, des dividendes et des prix de cession réels entre filiales — aucune de ces données n'est publique.

C'est la valeur brute des exportations de cobalt du pays, calculée à partir des volumes et des prix de référence publics. Elle mesure la taille du gâteau avant partage, non la part de l'État. Toutes les hypothèses sont explicitées et le calcul est reproductible avec une calculatrice.

Les données, et leurs divergences

Trois grandeurs suffisent : le volume avant quotas, le volume sous quotas, et les prix aux deux dates. Chacune fait l'objet de valeurs divergentes, publiées ici sans arbitrage.

GrandeurValeurSourceRetenue pour le calcul
Production 2024185 739 tFournisseur de données de marchéOui — cohérente avec le ratio de 52 %
220 000 tOrganisme géologique de référence, 76 % du mondialPubliée, non retenue
Exportations 2024~193 000 tDéduit de « environ la moitié » du plafondVariante testée
Plafond 2026-202796 600 t/anRégulateur, décision du 10 octobre 2025Oui
Prix métal fin 2024< 11 $/lbPlus bas niveau en neuf ansOui, à 11 $/lb
Prix métal fin 202524,75 $/lbClôture de l'exercice, +130 %Oui
Prix hydroxyde fin 202525,25 $/lbLivré Asie, +328 % sur l'exerciceOui
Prévision 202615,96 $/lbFournisseur de données, sous condition d'application stricte des quotasOui
Prévision 202716,12 $/lbMême sourceOui

Une anomalie qui mérite d'être signalée avant tout calcul

À la clôture de 2025, l'hydroxyde livré en Asie est coté 25,25 dollars la livre et le métal de référence 24,75 dollars. L'intermédiaire vaut donc plus que le produit raffiné dont il est censé être un pourcentage.

Rapporté à la payabilité établie dans la base « Cobalt et batteries » — environ 55 % en janvier 2024 — cela signifierait un passage de 55 % à plus de 100 % en deux ans. Le mouvement est cohérent avec la logique de la politique congolaise : en raréfiant l'intermédiaire, on le rend plus cher que le métal issu de stocks antérieurs.

Mais une payabilité supérieure à 100 % est économiquement anormale et tient probablement à des bases de cotation différentes — métal entreposé à Rotterdam contre hydroxyde livré en Asie, dates de relevé distinctes. L'observatoire publie les deux valeurs, signale l'anomalie, et retient le prix du métal pour les calculs, plus conservateur.

Le seuil

La question se ramène à une seule inconnue : à quel prix le volume réduit rapporte-t-il autant que le volume ancien ?

Prix du cobalt, en dollars la livre
11,00
fin 2024
volumes pleins
15,96
prévision 2026
21,15
seuil d'équilibre
24,75
clôture 2025
25,25
hydroxyde
fin 2025

Le calcul, en trois lignes

Référence 2024. 185 739 tonnes de cobalt contenu, soit 409,5 millions de livres, à 11,00 dollars : 4,50 milliards de dollars de valeur brute d'exportation.

Sous quotas. 96 600 tonnes, soit 213,0 millions de livres. Pour retrouver 4,50 milliards, il faut un prix de 21,15 dollars la livre — calcul de notre fait : 11,00 × 185 739 ÷ 96 600.

Verdict à ce jour. À la clôture de 2025, le métal cotait 24,75 dollars, soit 17 % au-dessus du seuil. La politique était donc, à cette date, créatrice de valeur brute pour le pays — de l'ordre de 5,27 milliards de dollars contre 4,50, soit un gain d'environ 770 millions.

Et la prévision inverse le résultat

Le même fournisseur de données qui établit la production 2024 anticipe un prix moyen de 15,96 dollars la livre en 2026 et 16,12 en 2027, sous condition d'application stricte des quotas.

À 15,96 dollars sur 96 600 tonnes, la valeur brute d'exportation tombe à 3,40 milliards de dollars — soit 1,10 milliard de moins qu'en 2024, une perte de 24 %.

Le résultat de la politique dépend donc entièrement de la tenue du prix au-dessus de 21 dollars. Le marché de la fin 2025 était au-dessus ; la prévision de référence est très en dessous. C'est le chiffre que le débat public congolais devrait connaître, et il n'a été publié nulle part.

Sensibilité

Le seuil dépend des hypothèses retenues. Les voici toutes testées, pour que le lecteur puisse vérifier la robustesse de la conclusion.

Effet du volume de référence

Volume 2024 retenuSourceValeur brute 2024 à 11 $/lbSeuil d'équilibre
185 739 tProduction, fournisseur de données4,50 Md$21,15 $/lb
193 200 tExportations déduites du plafond4,69 Md$22,00 $/lb
220 000 tOrganisme géologique de référence5,34 Md$25,05 $/lb

Avec l'hypothèse haute de volume, le seuil grimpe à 25,05 dollars — au-dessus du prix de clôture de 2025. La conclusion s'inverse selon la source retenue pour le volume de référence. C'est la fragilité principale de ce calcul, et elle est signalée plutôt que masquée.

Effet du prix de référence 2024

Prix 2024 retenuValeur brute 2024Seuil d'équilibreClôture 2025 au-dessus ?
11,00 $/lb4,50 Md$21,15 $/lbOui, +17 %
13,00 $/lb5,32 Md$25,00 $/lbNon, −1 %
15,00 $/lb6,14 Md$28,84 $/lbNon, −14 %

Le prix de 11 dollars est celui du point bas de fin 2024, et non la moyenne de l'exercice, qui fut nécessairement supérieure. Retenir la moyenne annuelle relèverait le seuil et durcirait le verdict. Le calcul présenté est donc favorable à la politique congolaise, et c'est délibéré : mieux vaut une conclusion prudente qu'une conclusion flatteuse pour la critique.

Ce que la sensibilité établit malgré tout

Selon les hypothèses, le seuil d'équilibre se situe entre 21 et 29 dollars la livre. Le prix de clôture de 2025 — 24,75 dollars — se trouve à l'intérieur de cette fourchette. La prévision 2026 de 15,96 dollars se trouve en dessous de toutes les hypothèses testées, sans exception.

C'est la seule conclusion robuste de cette pièce, et elle suffit : si la prévision de référence se réalise, la politique de quotas sera, en valeur brute d'exportation, perdante quelle que soit la base de comparaison retenue.

Le stock latent

Un facteur que le calcul prix × volume ne capture pas, et qui pèse sur toute la suite : le cobalt produit mais non exportable s'accumule dans le pays.

OpérateurProduction 2025Quota 2026ÉcartSituation
Premier producteur mondial117 549 t31 200 t−86 349 tMaintient une prévision de 100 000 à 120 000 t pour 2026, dont plus de 30 000 déjà extraites au premier trimestre
Groupe suisse36 100 tAccumule le cobalt excédentaire dans le pays, en attente d'une fenêtre d'exportation
Opérateur de KinsevereUsine en veilleuse depuis fin 2024Jugé « économiquement non viable »Critique publique portée au congrès annuel de l'institut sectoriel

Une dette de volume qui n'est pas comptabilisée

Le principal producteur maintient une prévision de production supérieure de trois à quatre fois son quota d'exportation. La différence ne disparaît pas : elle s'accumule en stock sur le territoire congolais.

Ce stock constitue une pression permanente sur les cours, susceptible de peser lourd si Kinshasa assouplissait sa politique. Autrement dit : le prix élevé obtenu aujourd'hui est gagé sur l'engagement de ne pas libérer demain ce qui a été retenu.

Conséquence pour le calcul. La valeur brute d'exportation de 2026 sous-estime la production réelle et surestime la soutenabilité du prix. Une politique de contingentement ne peut être évaluée sur un seul exercice — ce que le stock latent rend impossible, et qui est signalé ici comme la limite de fond de cette pièce.

Premier relevé sous quotas

PériodeHydroxyde exportéMétal contenuRythme annualiséRapport au plafond
Premier trimestre 202651 940 t17 053 t68 212 t70,6 %

Annualisation et rapport au plafond : calculs de notre fait. Au rythme du premier trimestre, le plafond de 96 600 tonnes ne serait pas atteint — le pays exporterait environ 71 % de ce que les quotas autorisent. Le blocage de la plateforme douanière survenu en juillet 2026 laisse penser que l'écart pourrait se creuser. Si le volume réellement exporté s'établit sous le plafond, le seuil d'équilibre s'élève d'autant : à 68 212 tonnes, il passerait de 21,15 à 29,95 dollars la livre.

Ce que ce calcul ne juge pas

Cette pièce mesure une valeur brute d'exportation. Elle ne mesure pas l'objectif que le régulateur s'est lui-même fixé — et c'est une distinction essentielle.

L'objectif déclaré n'est pas la maximisation des recettes

Le responsable du régulateur a publiquement énoncé l'objectif du dispositif : générer davantage de transformation locale et créer des emplois sur le territoire congolais, plutôt que simplement maximiser les recettes tirées de prix plus élevés.

Cette déclaration change la portée du calcul présenté ici. Une perte de valeur brute d'exportation ne constitue pas un échec au regard de l'objectif affiché — elle en serait même le prix assumé, si la transformation locale suivait.

Le critère de jugement pertinent devient donc : combien de tonnes ont effectivement été transformées sur place, et combien d'emplois créés. Dix pour cent du plafond, soit 9 600 tonnes, sont réservés à cette fin. Aucun projet bénéficiaire n'a été identifié publiquement, et aucune capacité de raffinage congolaise n'apparaît dans les sources consultées.

C'est l'indicateur qui manque, et il est porté en tête des chantiers suivants.

Ce que la pièce établit

Un seuil et une prévision

La politique est créatrice de valeur brute au-dessus de 21 dollars la livre, destructrice en dessous. Le prix de clôture 2025 était au-dessus ; la prévision 2026 du même fournisseur de données est très en dessous.

Cette conclusion est robuste à toutes les hypothèses testées sur le prix de référence.

Ce qu'elle ne peut pas établir

Quatre inconnues

La part de la valeur brute revenant à l'État ; la valeur du stock accumulé et son effet différé ; les tonnes transformées localement ; les emplois créés.

Aucune de ces quatre données n'est publique. Les trois premières relèvent d'une administration, la quatrième d'un recensement.

Une observation à verser au dossier

La fiche RD Congo notait que le pays contrôle le robinet de la matière brute, non la valeur ajoutée. Cette pièce le confirme par les chiffres : la politique a réussi à déplacer un prix mondial, ce qu'aucune autre politique minière africaine n'a fait, et cette réussite reste suspendue à un prix qu'elle ne maîtrise pas dans la durée.

Bâtir une filière de raffinage suppose de l'énergie, des financements longs et des débouchés contractualisés ; le contingentement ne produit aucun des trois. Il achète du temps et de la trésorerie — à condition que le prix tienne.

Sources et calculs

Rang 1Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques — décision du 20 septembre 2025, modalités arrêtées le 10 octobre : plafond de 96 600 t, dont environ 87 000 t réparties selon l'historique et 9 600 t administrées directement et fléchées vers la transformation locale. Déclaration publique de son responsable sur l'objectif du dispositif.

Rang 1Services techniques du ministère des Mines — statistiques provisoires du premier trimestre 2026 : 51 940 t d'hydroxyde exportées pour 17 053 t de métal contenu.

Rang 2Fournisseur de données de marché — production congolaise 2024 à 185 739 t, prévisions de prix 2026 et 2027. Institut sectoriel du cobalt — surplus de 48 000 t fin 2024 et de 19 000 t en 2025 sur une demande de 276 000 t.

Rang 2Organisme géologique de référence — production congolaise 2024 à 220 000 t, soit 76 % du mondial.

Rang 3Publications d'opérateurs — production 2025 du premier producteur mondial à 117 549 t et quota 2026 à 31 200 t ; production du groupe suisse à 36 100 t.

Rang 4Presse spécialisée, mai à juillet 2026 — prix de clôture 2025, progressions annuelles, critique publique portée au congrès annuel de l'institut sectoriel, situation de l'usine de Kinsevere.

Calculs de notre fait

CalculRésultatOpération
Valeur brute d'exportation 20244,50 Md$185 739 × 2 204,62 × 11,00
Seuil d'équilibre21,15 $/lb11,00 × 185 739 ÷ 96 600
Valeur brute au prix de clôture 20255,27 Md$96 600 × 2 204,62 × 24,75
Gain à la clôture 2025+770 M$ · +17 %5,27 − 4,50
Valeur brute à la prévision 20263,40 Md$96 600 × 2 204,62 × 15,96
Perte à la prévision 2026−1,10 Md$ · −24 %3,40 − 4,50
Seuil avec volume de 220 000 t25,05 $/lb11,00 × 220 000 ÷ 96 600
Rythme annualisé du T1 202668 212 t17 053 × 4
Taux d'utilisation du plafond70,6 %68 212 ÷ 96 600
Seuil au rythme observé29,95 $/lb11,00 × 185 739 ÷ 68 212

Facteur de conversion employé : 2 204,62 livres par tonne métrique. Toutes les valeurs portent sur le cobalt contenu, jamais sur le poids d'hydroxyde. Aucun calcul n'intègre la fiscalité, les coûts d'exploitation ni les prix de cession internes.

Renvois

PièceLien
Base Cobalt et batteriesPayabilité, mécanique de formation du prix, désignation de ce chantier comme priorité n° 1
Fiche RD CongoDispositif de quotas, redevance de 10 %, blocage douanier de juillet 2026
Les neuf instrumentsLe plafonnement des volumes situé parmi les huit autres instruments africains