Les deux règles
La base Fonds souverains posait trois questions : d'où vient l'argent, selon quelle règle, et qui peut retirer. Elle n'avait de réponse que sur la première. Voici les deux autres.
L'excédent de réserves de change
Les réserves de change excédant ce qui est jugé nécessaire à moyen terme sont transférées au fonds et investies selon des lignes directrices de long terme.
Ces réserves proviennent d'excédents de balance des paiements, eux-mêmes générés par l'exportation de diamants bruts.
Nature : automatique dans son principe, mais assise sur une appréciation — « ce qui est jugé nécessaire à moyen terme » n'est pas un chiffre fixe.
Une poche disponible pour la dépense
Le fonds comporte deux parts distinctes. Un compte d'investissement gouvernemental, qui représente la part de l'État : il est disponible pour la dépense. Le solde appartient à la banque centrale et sert principalement à répondre à la demande des banques commerciales.
L'État y puise pour remplir ses obligations budgétaires en cas de déficit, et notamment pour financer le développement d'infrastructures.
Nature : pas de plafond ni de condition publiés dans les sources consultées.
La règle de retrait existait, et elle est permissive
La base Fonds souverains miniers concluait que sur huit fonds recensés, aucune règle de retrait n'était identifiée, et qu'un fonds sans règle de retrait n'est pas cloisonné.
Cette série corrige la première partie de l'énoncé et confirme la seconde. La règle existe : elle consiste à séparer une poche gouvernementale, mobilisable en cas de déficit budgétaire, d'une poche de banque centrale. Mais aucune source ne publie de plafond, de condition de tirage, ni d'obligation de reconstitution.
Ce que cela change pour la définition posée par la base. Un fonds souverain était défini comme un véhicule cloisonné destiné à intercepter les excédents avant absorption par les dépenses courantes. Le cloisonnement est ici partiel : une part est interceptée, l'autre reste accessible.
Ce n'est pas une critique du dispositif. Un fonds qui sert aussi de réserve de stabilisation doit être mobilisable — c'est sa fonction. Le point est ailleurs : on ne peut pas être à la fois entièrement cloisonné et entièrement disponible, et les annonces de création ne disent jamais dans quelle proportion.
La décapitalisation
La base Fonds souverains établissait que les apports se tarissaient. Cette série montre autre chose, et de plus grave.
La moitié en neuf ans
Sept milliards de dollars en 2015, quatre virgule un en 2023, trois virgule cinq en décembre 2024. Soit −50 % en neuf ans, et −14,6 % sur la seule dernière année documentée — calculs de notre fait.
La base Fonds souverains publiait la formulation de la banque centrale : une demande de diamants plus modérée a limité les apports supplémentaires. C'est exact et c'est en deçà de la réalité. Il ne s'agit pas d'un ralentissement des versements : le stock lui-même a été divisé par deux.
Deux mécanismes s'additionnent, et la règle de retrait explique le second :
Un — l'entrée se tarit. L'excédent de balance des paiements diminue avec les recettes diamantaires, donc le transfert au fonds diminue. La fiche Botswana documente la cause : la substitution du diamant naturel par la pierre de laboratoire depuis 2022.
Deux — la sortie continue. La part gouvernementale reste disponible pour la dépense en cas de déficit budgétaire. Or un pays dont 75 % des recettes en devises et 30 % des revenus publics viennent du diamant connaît précisément un déficit quand le diamant décline.
Le fonds est donc sollicité au moment exact où il cesse d'être alimenté. Ce n'est pas un dysfonctionnement : c'est la fonction de stabilisation qui s'exerce. Mais elle s'exerce sur le capital destiné aux générations futures, faute de séparation étanche entre les deux objectifs.
Une réserve importante sur cette série de chiffres
Les trois valeurs proviennent de sources secondaires. La banque centrale publie un rapport annuel comportant des états financiers audités, et les activités du fonds font l'objet d'un suivi de risque quotidien, mensuel et trimestriel rapporté à la direction et au conseil.
La série exacte devrait donc être établie à partir de ces rapports annuels, et non de sources secondaires. Elle est portée en chantier avec une difficulté faible — les rapports sont publiés.
Une source spécialisée relève par ailleurs qu'un manque de transparence soulève des questions sur les pratiques de gouvernance et la performance des investissements. L'observatoire rapporte cette appréciation en l'attribuant, sans la reprendre à son compte : elle contraste avec l'existence d'états financiers audités et d'une adhésion aux principes internationaux depuis 2008.
Deux objectifs
Le constat central de cette série tient dans une phrase que les sources énoncent sans en tirer les conséquences.
Stabiliser et transmettre ne sont pas le même métier
Les sources décrivent explicitement deux objectifs dans le même fonds : un objectif de stabilisation de court terme, et un objectif d'investissement de long terme visant à ce que des actifs soient disponibles pour les générations futures lorsque les ressources naturelles seront épuisées.
Ces deux objectifs se contredisent dans leur usage. Stabiliser suppose de dépenser quand les recettes baissent. Transmettre suppose de ne jamais dépenser. Or les recettes baissent précisément quand la ressource décline — c'est-à-dire au moment même où l'objectif générationnel devrait prendre le pas.
Et l'arbitrage est structurellement biaisé. La stabilisation a un porte-parole permanent au conseil : le représentant du ministère des Finances, qui y siège au titre de la propriété gouvernementale du fonds. Les générations futures n'en ont aucun.
Ce que l'observatoire en retient, et qui vaut pour les fonds annoncés en Guinée et au Burkina Faso : un fonds qui cumule les deux objectifs sans séparation étanche des poches finira par servir le premier. Ce n'est pas une prédiction, c'est une lecture de ce qui s'est produit sur trente-trois ans.
La gouvernance, elle, est solide — et cela renforce le constat
La structure est décrite à trois niveaux : le conseil de la banque centrale porte la responsabilité d'ensemble et comprend un représentant du ministère des Finances, le gouverneur et sept administrateurs indépendants non exécutifs. Le conseil approuve la politique d'investissement et fixe l'allocation stratégique.
S'y ajoutent des états financiers audités, un suivi de risque à trois fréquences, une adhésion aux principes internationaux de référence en 2008, et un élargissement de quatre à dix-sept devises éligibles en mai 2019.
C'est précisément ce qui rend le constat sérieux. Le fonds n'a pas perdu la moitié de ses actifs par défaut de gouvernance. Il les a perdus alors que la gouvernance fonctionnait — parce que le mandat lui-même contenait deux objectifs incompatibles, et que la ressource d'adossement déclinait.
La base Fonds souverains l'avait énoncé sans le mesurer : un fonds protège d'un cycle de prix, jamais d'un déclin structurel. Cette série en donne le chiffre.
Trois architectures
Trois fonds africains adossés à des ressources, trois manières de traiter le problème des objectifs multiples.
| Fonds | Création | Architecture | Traitement des objectifs |
|---|---|---|---|
| Botswana | 1993 | Un fonds, deux poches : compte d'investissement gouvernemental disponible pour la dépense, et solde de banque centrale | Objectifs cumulés dans un même véhicule ; séparation par poche, non par mandat |
| Nigeria | 2011 | Trois fonds distincts : stabilisation, générations futures, infrastructure domestique | Séparation par mandat. Chaque objectif a son véhicule et ses règles |
| Ghana | — | Approche centrée sur l'investissement : exploration, services miniers, minéraux critiques dont le lithium et le graphite | Objectif unique et sectoriel ; ni stabilisation, ni transmission générationnelle affichées |
| Algérie | 2000 | Fonds de régulation des recettes, destiné à protéger le budget de la volatilité des prix du pétrole | Objectif de stabilisation seul ; déclin des actifs rapporté |
La séparation par mandat plutôt que par poche
Le modèle nigérian répond directement au problème identifié à l'onglet précédent : trois fonds distincts pour trois objectifs distincts, chacun avec ses règles propres.
Un fonds de stabilisation peut être vidé sans que le fonds générationnel soit touché. Un fonds d'infrastructure peut être doté sans arbitrage contre les deux autres. La contradiction ne disparaît pas — les ressources restent finies — mais elle devient explicite et arbitrable, au lieu de se résoudre silencieusement au détriment du plus long terme.
Une observation, et une seule. Cette série ne dispose ni des actifs, ni des règles d'abondement, ni des performances des trois fonds nigérians. Elle ne peut donc pas dire que ce modèle fonctionne mieux : elle note que sa structure traite un problème que le modèle à poches laisse ouvert.
La comparaison des deux architectures sur vingt ans est portée en chantier. C'est la question la plus utile que ce programme puisse poser aux fonds guinéen et burkinabè, qui sont l'un et l'autre en cours de constitution.
Le cas algérien, hors périmètre minier mais instructif
Un fonds de régulation des recettes créé en 2000 pour protéger un budget national de la volatilité des prix d'une matière première, dont les sources rapportent un déclin des actifs.
Il n'est pas minier et sort du périmètre de cet observatoire. Il est cité pour une raison de méthode : c'est un fonds à objectif unique de stabilisation, et il décline aussi. La séparation des mandats ne protège donc pas d'un déclin de la ressource — elle protège seulement le capital générationnel d'être consommé par la stabilisation.
Le constat 16 de la consolidation reste entier : aucune architecture de fonds ne protège d'un déclin structurel de la substance d'adossement.
Bilan des trois chantiers
La consolidation avait désigné trois chantiers où la donnée est publique et n'a jamais été assemblée du point de vue de l'État producteur. Les trois sont achevés. Voici ce qu'ils ont produit.
| Chantier | Résultat principal | Correction apportée |
|---|---|---|
| Série 03 Taux de redevance | Médiane africaine sur l'or passée de 3 à 5 % entre 2008 et 2018, treize pays sur dix-huit l'ayant relevée ; cinq pays à taux variable ; cobalt congolais multiplié par cinq | Les reprises en main de 2023-2026 ne sont pas une rupture : elles accélèrent un mouvement fiscal engagé quinze ans plus tôt, qui progressait sans contentieux |
| Série 04 Traités d'investissement | 548 traités en vigueur, soit 10,1 par pays ; un État en a résilié treize sur trente-huit ; protocole continental de 2023 reconnaissant le droit de réguler | Le for juridictionnel tanzanien n'était pas le premier : l'Afrique du Sud l'a précédé, et plus complètement |
| Série 05 Règles des fonds | La règle de retrait existe et elle est permissive ; le plus ancien fonds minier africain a perdu la moitié de ses actifs en neuf ans | Il ne s'agit pas d'un tarissement des apports mais d'une décapitalisation : le stock a été divisé par deux |
Trois chantiers, trois corrections
Chacune des trois séries a corrigé une affirmation que ce programme avait publiée. Aucune de ces corrections n'a exigé une enquête de terrain, un accès privilégié ni une coopération administrative. Toutes reposent sur la lecture de textes et de rapports publics.
C'est le résultat de méthode le plus important de ces trois pièces, et il devrait modifier l'ordre des priorités du programme. Assembler une donnée publique n'ajoute pas seulement de l'information : cela révise ce que l'on croyait établi, et à un coût très inférieur à celui d'une fiche pays supplémentaire.
Trente-huit fiches pays et dix fiches substances restent à produire. Cette série suggère qu'une part de cet effort serait mieux employée à des chantiers du même type : la médiane des redevances à 2026, les clauses de survie des traités, les séries d'actifs des fonds à partir des rapports annuels.
Ce que les trois chantiers n'ont pas résolu
Les trois séries ont produit des grandeurs comparables entre pays. Aucune n'a atteint la question que l'observatoire pose depuis la base Artisanat minier : ce que la valeur captée devient pour les personnes.
Le prix payé au creuseur artisanal n'est toujours publié nulle part. Le rendement net d'un fonds rapporté à l'inflation locale non plus. Ni la part des recettes minières effectivement affectée à une dépense identifiable.
Ces trois grandeurs ne sont pas publiques, et c'est ce qui les distingue des trois chantiers achevés. Elles exigeront autre chose que de la lecture.
Sources et calculs
Rang 1Banque centrale du Botswana — établissement du fonds en 1993 et 1994 selon les documents, formalisation du cadre légal en 1996 par la loi bancaire révisée ; règle de transfert des réserves de change excédant les besoins de moyen terme ; objectif de préservation au bénéfice des générations futures ; adhésion aux principes internationaux ; rapport annuel comportant des états financiers audités ; structure de gouvernance à trois niveaux, composition du conseil et rôle du représentant du ministère des Finances ; suivi de risque quotidien, mensuel et trimestriel.
Rang 2Forum international des fonds souverains, évaluation 2022 — règle de retrait : existence d'un compte d'investissement gouvernemental disponible pour la dépense, distinct du solde de la banque centrale ; mobilisation en cas de déficit budgétaire, notamment pour le financement d'infrastructures ; coexistence d'un objectif de stabilisation de court terme et d'un objectif générationnel de long terme ; limitation récente des apports du fait d'une demande de diamants plus modérée.
Rang 4Encyclopédie et publication sectorielle, 2025 — série d'actifs sous gestion : 7 milliards de dollars en 2015, 4,1 milliards en 2023, 3,5 milliards en décembre 2024 ; ré-établissement du fonds en 1997 sous la loi bancaire de 1996 ; acceptation des principes internationaux en 2008 ; élargissement de quatre à dix-sept devises éligibles en mai 2019 ; appréciation sur un manque de transparence ; description des trois fonds nigérians, du fonds algérien de régulation des recettes et de l'approche ghanéenne centrée sur l'investissement.
NoteLa série d'actifs provient de sources secondaires. La banque centrale publie des états financiers audités : la série exacte devrait en être extraite, et ce travail est porté en chantier. Aucun plafond de tirage, aucune condition de retrait, aucune obligation de reconstitution n'apparaissent dans les sources consultées. Aucune personne physique n'est nommée, conformément à la charte.
Calculs de notre fait
| Calcul | Résultat | Opération |
|---|---|---|
| Variation des actifs, 2015 à décembre 2024 | −50,0 % | 3,5 ÷ 7,0 |
| Perte absolue | 3,5 Md$ | 7,0 − 3,5 |
| Variation 2015 à 2023 | −41,4 % | 4,1 ÷ 7,0 |
| Variation sur la dernière année documentée | −14,6 % | 3,5 ÷ 4,1 |
| Ancienneté du fonds | 33 ans | 2026 − 1993 |
| Délai avant adhésion aux principes internationaux | 15 ans | 2008 − 1993 |
| Élargissement des devises éligibles | ×4,25 | 17 ÷ 4 |
Corrections et renvois
| Pièce | Portée |
|---|---|
| Base Fonds souverains miniers | Correction : une règle de retrait est identifiée, contrairement à ce que la base affirmait. Elle est permissive et sans plafond publié |
| Fiche Botswana | À compléter : la chaîne de transmission de la substitution se termine par une division par deux des actifs du fonds, non par un simple tarissement |
| Les dix-sept instruments | Constat 16 confirmé et chiffré ; à compléter par la distinction entre séparation par poche et séparation par mandat |
| Séries 03 et 04 | Les trois chantiers de données publiques annoncés par la consolidation sont achevés |