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Fiche substance 08 · Pièce 31 · Métaux de base · Édition du 31 juillet 2026

Manganèse

Un rapport de 224 pour 1 circule au plus haut niveau pour justifier la transformation locale. Le rapport réel est de 5. La politique reste justifiée — mais elle mérite un chiffre qui tienne.

×224
rapport annoncé entre minerai et alliage
×5,1
rapport réel, une fois les unités rétablies
+154 à +239 %
valeur ajoutée réelle du premier maillon
74 %
de la production mondiale dans trois pays, dont deux africains
1,4 %
des exportations gabonaises que consomme son usine d'alliages
2020
année où un maillon africain a été perdu

La correction

Cet observatoire a corrigé deux chiffres publiés depuis sa création. Celui-ci est le troisième, et c'est de très loin le plus important — parce qu'il circule dans un débat public et qu'il fonde une politique.

Chiffre en circulation
Après rétablissement des unités
224× 1
« La tonne de minerai de manganèse est vendue à 4,45 dollars alors que le silico-manganèse issu de la première étape de transformation vaut 996 dollars. »
5,1× 1
Une tonne de minerai à 44 % de manganèse vaut environ 195,80 dollars, et non 4,45 — calcul de notre fait.
Le chiffre de 4,45 dollars n'est pas un prix à la tonne. C'est un prix par unité de tonne métrique sèche, l'unité de cotation du manganèse : elle correspond à un pour cent de teneur dans une tonne de minerai. Un minerai titrant 44 % vaut donc quarante-quatre fois ce montant. La surestimation est d'un facteur 44 — exactement la teneur du minerai de référence.

Ce que l'observatoire dit, et ce qu'il ne dit pas

Il ne dit pas que la politique est mauvaise. Au contraire : le calcul rétabli à l'onglet suivant donne une valeur ajoutée de 154 à 239 %, soit la deuxième plus élevée des onze substances traitées, derrière la seule bauxite. L'argument de la transformation locale du manganèse est l'un des mieux fondés du continent.

Il dit que le chiffre employé pour le défendre est faux, et que cela affaiblit une cause qui n'en a pas besoin. Un investisseur, un bailleur ou un parlementaire qui vérifie le rapport de 224 découvre une erreur d'unité élémentaire — et met en doute le reste du dossier.

C'est la troisième fois que cet observatoire rencontre cette erreur exacte. Un rapport de 12,3 sur le lithium zimbabwéen se réduisait à +38 %. Un rapport de 18,4 sur la bauxite se ramène à +822 % une fois le facteur de matière appliqué. Ici, l'erreur porte sur l'unité de cotation plutôt que sur le facteur de matière, mais le mécanisme est le même : comparer deux prix sans vérifier qu'ils s'expriment dans la même unité et portent sur des quantités équivalentes.

La règle posée par la révision 06 s'applique ici avec une force particulière : tout calcul de valeur ajoutée doit indiquer le prix retenu, sa base de cotation et sa date.

Une précision de méthode

L'unité de cotation du manganèse est particulière et prête à confusion : elle mesure une teneur, non une masse. Deux minerais de teneurs différentes cotés au même prix par unité n'ont pas le même prix à la tonne.

Cette particularité explique aussi pourquoi les producteurs de minerai à haute teneur — dont le gisement gabonais — subissent une pression particulière quand l'offre de minerai à basse teneur augmente. Une source le documente pour 2024 : la hausse de l'offre à faible teneur venue d'Afrique du Sud a affecté négativement les ventes de minerai à haute teneur.

Deux producteurs africains de la même substance peuvent donc se concurrencer, l'un par le volume, l'autre par la teneur. Le programme n'avait pas rencontré cette configuration.

Le calcul juste

Une fois les unités rétablies, la question devient celle du facteur de matière — combien de tonnes de minerai pour une tonne d'alliage.

ÉlémentValeurOrigine
Prix du minerai4,45 $/dmtu, rendu ChineFévrier 2026 ; environ 4 $/dmtu selon un autre relevé
Teneur de référence44 %Indice de marché rendu Chine
Prix à la tonne de minerai195,80 $Calcul de notre fait
Prix du silicomanganèse996 $/tCité par les autorités gabonaises
Teneur en manganèse de l'alliage~66 %Ordre de grandeur usuel de la nuance
Minerai nécessaire, minimum théorique1,5 t0,66 ÷ 0,44, sans aucune perte
Minerai nécessaire, avec pertes de procédé~2 tà confirmer — rendement métallurgique non publié

Valeur ajoutée selon le facteur retenu

1,5 tonne minimum théorique, sans perte
+239 %
1,75 tonne hypothèse intermédiaire
+191 %
2 tonnes hypothèse prudente
+154 %

Le deuxième meilleur maillon du programme

Quelle que soit l'hypothèse retenue, la transformation du minerai de manganèse en silicomanganèse ajoute entre 154 et 239 % à la valeur de la matière. Sur les onze substances traitées, seule la bauxite fait mieux.

Le classement s'établit ainsi : bauxite +822 %, manganèse +154 à +239 %, cobalt +41 %, lithium +38 %, uranium +27 %, or +0,30 %.

Le manganèse relève du même régime que la bauxite, décrit par le constat 01 de la consolidation : un minerai de vrac à faible valeur unitaire dont la transformation crée un produit de spécification. Et il en partage la contrainte : la production de ferro-alliages est, selon la source, très gourmande en électricité.

Deux substances, même profil, même obstacle. Là où la valeur ajoutée est la plus forte, l'énergie requise l'est aussi. Ce n'est pas une coïncidence — c'est l'énergie qui fait la valeur.

Trois réserves sur ce calcul

Une. Le rendement métallurgique n'apparaît dans aucune source consultée. C'est la même lacune que sur le graphite, où l'absence du rendement de sphéronisation rendait le calcul impossible. Ici l'écart entre les bornes reste étroit : le résultat tient quel que soit le rendement plausible.

Deux. Le prix de 996 dollars est cité par une autorité publique sans indication de date ni de base de cotation. Il est employé faute de mieux, et signalé comme tel.

Trois. Le calcul ignore le coke, l'électricité, le quartz et la main-d'œuvre — qui pèsent lourd sur cette filière. Il mesure un écart de valeur matière, pas une marge industrielle.

Le maillon perdu

La fiche platinoïdes a établi qu'un maillon acquis peut se perdre. Le manganèse en donne le cas le plus net et le plus daté.

Septembre 2020

Le site de Moanda, au Gabon, produit depuis 2015 65 000 tonnes de silicomanganèse et 46 000 tonnes d'oxyde de manganèse par an. Il produisait également du manganèse métal : cette production a été arrêtée en septembre 2020.

Un maillon a donc été gagné en 2015, puis partiellement reperdu cinq ans plus tard. Les sources consultées n'en donnent pas la raison.

Ce que cela confirme. La base Énergie des mines a posé, à partir des platinoïdes, que l'énergie ne contraint pas seulement l'entrée dans la transformation mais aussi son maintien. Le manganèse gabonais en fournit la seconde occurrence, sur une filière et un continent différents.

Ce que cela impose au gabarit. Une capacité de transformation doit être relevée avec son statut à la date de publication — en service, à l'arrêt, démantelée. Le programme a jusqu'ici recensé des capacités installées sans systématiquement vérifier qu'elles tournaient. La composante est ajoutée : capacité en service, distincte de la capacité installée.

Une vérification qui s'impose sur nos propres fiches

Trois usines de sulfate de lithium au Zimbabwe, une raffinerie d'État au Burkina Faso, quatre raffineries d'or au Ghana, une raffinerie de cuivre en Zambie : cet observatoire a recensé ces capacités sur la foi d'annonces ou de mises en service, sans toujours établir leur taux d'utilisation à la date de publication.

La fiche Zambie relevait déjà que l'arrêt temporaire des fonderies nationales avait fait s'effondrer tout l'édifice de valeur ajoutée. Le cas gabonais montre qu'un arrêt peut aussi être définitif.

Une revue de statut des capacités recensées est portée en chantier, avec une priorité élevée : une capacité à l'arrêt inscrite comme active fausse directement le pilier 03 de l'indice.

Où se font les alliages

Le rapprochement des capacités mondiales d'un même groupe minier donne la démonstration la plus explicite du programme.

SitePaysCapacité annoncéeObservation
PorsgrunnNorvège170 000 t/anTrois sites norvégiens totalisant 555 000 t/an — soit 8,5 fois la capacité gabonaise, calcul de notre fait
SaudaNorvège220 000 t/an
KvinesdalNorvège165 000 t/an
MariettaÉtats-Unis120 000 t/anSeul producteur de ferromanganèse du pays ; situé pour recevoir les matières premières du Gabon
DunkerqueFrance80 000 t/anFour entièrement reconstruit en 2025 ; plus grande capacité de silicomanganèse du groupe à 78 kt
MoandaGabon65 000 t/anDepuis 2015 ; production de métal arrêtée en 2020

Positionné pour recevoir les matières premières du Gabon

La formule est celle de l'opérateur lui-même, à propos de son site américain. Elle décrit sans ambiguïté une chaîne conçue pour extraire au Gabon et transformer ailleurs.

C'est le quatrième cas documenté du même schéma, sur quatre substances distinctes : graphite mozambicain vers la Louisiane, terres rares angolaises vers le Royaume-Uni, terres rares malawites vers la Pologne, manganèse gabonais vers les États-Unis, la Norvège et la France.

La différence, ici, tient à l'ancienneté et à l'échelle. Ce n'est pas un projet en cours de conception : c'est un dispositif industriel amorti, réparti sur trois continents, dont le site gabonais représente environ un dixième de la capacité d'alliages du groupe.

Et le maillon manquant n'est pas inaccessible techniquement — la preuve en est qu'il fonctionne à Moanda depuis 2015. Il est simplement dimensionné pour rester marginal.

Un cas africain qui transforme hors d'Afrique

Un groupe sud-africain a produit 382 000 tonnes de ferromanganèse en 2024, dont 230 000 tonnes dans une usine située en Malaisie. Soit 60,2 % de sa production d'alliages réalisée hors du continent — calcul de notre fait.

Le programme documente depuis vingt-neuf pièces des chaînes africaines interrompues par des opérateurs étrangers. Voici un opérateur africain qui organise lui-même la même géographie.

L'observatoire ne le qualifie pas. Il note que la localisation d'une fonderie répond à des paramètres — électricité, proximité du client sidérurgique, fiscalité — que la nationalité de l'actionnaire ne modifie pas nécessairement. C'est un argument contre les lectures qui expliquent la rupture de chaîne par la seule propriété étrangère, et il mérite d'être versé au dossier de la base Contrôle capitalistique.

Le maillon le plus aval existe pourtant en Afrique

Une société sud-africaine produit du manganèse métal électrolytique à 99,9 % de pureté, avec une capacité de 28 000 tonnes par an. C'est le degré de transformation le plus élevé de cette filière, et il est africain.

La configuration est celle du cuivre congolais : le maillon le plus technique est tenu, mais à petite échelle, tandis que l'essentiel des volumes part au premier maillon. Elle démontre que la barrière n'est ni technologique ni géographique.

L'échéance 2029

Cinquième interdiction d'exportation de brut recensée par le programme, et la première assortie d'une échéance aussi lointaine.

ÉlémentConstatStatut
Décision annoncéeInterdiction de l'exportation de minerai brut d'ici 2029, annoncée lors d'un forum minier international en février 2026vérifié
Volumes concernés9,4 Mt de minerai exportées en 2024 ; deuxième producteur africainvérifié
Capacité de transformation existante65 000 t/an de silicomanganèse à Moanda, soit environ 130 000 t de minerai consomméesvérifié
Part des exportations couverte~1,4 % — calcul de notre faitvérifié
Capacité annoncée en projetUne unité d'alliages de 70 000 t confirmée en juin 2025 par un second opérateur, présentée comme une preuve de conceptà confirmer
Programme d'accompagnement165 000 emplois annoncés via le développement du port, du chemin de fer et du secteur énergétiqueà confirmer
Poids du secteur~6 % du PIB, 6,4 % des exportations, environ 2 000 emplois directsà confirmer — données de 2019

1,4 % — et le même chiffre qu'en Guinée

Les 65 000 tonnes d'alliages produites à Moanda consomment environ 130 000 tonnes de minerai, soit 1,4 % des 9,4 millions de tonnes exportées — calcul de notre fait.

La fiche bauxite avait établi que la première raffinerie guinéenne depuis 1960 traiterait 1,3 % des volumes exportés. Deux pays, deux substances, deux interdictions annoncées, et le même ordre de grandeur : la capacité existante couvre un peu plus d'un pour cent des volumes visés.

Ce n'est pas une coïncidence de calcul mais une constante de situation : une usine de transformation est dimensionnée par le capital disponible et l'énergie disponible, tandis qu'une mine est dimensionnée par le gisement. Les deux grandeurs n'ont aucune raison d'être du même ordre, et elles ne le sont jamais.

Ce que le Gabon fait différemment, et qui mérite d'être relevé : il se donne trois ans. Le Zimbabwe — seul pays du programme à avoir obtenu des usines effectivement construites — avait annoncé son échéance dix-huit mois à l'avance. Le Mozambique a décrété avec effet immédiat et n'a rien obtenu à ce jour.

Une échéance longue et publique est exactement ce que le constat 06 de la consolidation désigne comme efficace : la contrainte fonctionne quand elle est assortie d'une date ferme annoncée à l'avance. Le calendrier gabonais est le plus long du programme.

Ce qu'il faudrait pour que l'échéance soit tenue

Transformer l'intégralité des 9,4 millions de tonnes exportées supposerait une capacité d'environ 4,7 millions de tonnes d'alliages par an — calcul de notre fait à facteur 2. C'est huit fois et demie la capacité norvégienne entière du principal opérateur, et environ soixante-dix fois celle de Moanda.

Ce n'est évidemment pas l'objectif. Comme pour la Guinée, la bonne question n'est pas « pourquoi si peu » mais combien le Gabon peut raisonnablement transformer compte tenu de son électricité.

Le programme annoncé inclut d'ailleurs explicitement le secteur énergétique aux côtés du port et du chemin de fer. C'est le deuxième cas du programme, après le Burkina Faso, où une politique de transformation est annoncée avec un volet énergétique — la base Énergie des mines relevait qu'aucune ne l'était.

Réserve : aucune capacité électrique chiffrée n'accompagne cette annonce, et le chiffre de 165 000 emplois n'est rattaché à aucun périmètre. Les deux sont publiés en statut « à confirmer ».

Sources et calculs

Rang 1Ministère gabonais des Mines et des Ressources géologiques, juillet 2025 — citation du rapport entre prix du minerai et prix du silicomanganèse ; programme structurant de 165 000 emplois via port, chemin de fer et énergie. Autorités gabonaises, forum minier de février 2026 — annonce de l'interdiction d'exportation de brut d'ici 2029, volumes exportés en 2024, rang de producteur africain, poids du secteur dans le PIB.

Rang 2Portail public d'information sur les ressources minérales, février 2025 — production mondiale de 20 Mt en manganèse contenu et concentration de 74 % dans trois pays ; effet de l'offre à basse teneur sur les ventes à haute teneur ; indice rendu Chine à 44 % ; description du gisement du Kalahari, 22 mines, production et réserves d'un exploitant.

Rang 2Encyclopédie industrielle des éléments, juin 2026 — capacités des sites d'alliages en France, Norvège, États-Unis et Gabon ; arrêt de la production de métal à Moanda en septembre 2020 ; capacité de manganèse métal électrolytique sud-africain ; production de ferromanganèse d'un groupe sud-africain et répartition de ses sites.

Rang 3Communication d'un groupe minier, juin 2026 — six usines d'alliages réparties sur quatre pays ; positionnement du site américain pour recevoir les matières premières du Gabon ; reconstruction du four français en 2025 ; part de la sidérurgie dans la consommation.

Rang 4Publication de vulgarisation économique, mars 2026 — prix du minerai à 4,45 $/dmtu rendu Chine en février 2026, pic à près de 6 $/dmtu mi-2024, part de 85 à 90 % destinée à la sidérurgie, débouchés batteries et autres. Agences de presse, mars 2026 — confirmation en juin 2025 d'une unité d'alliages de 70 000 t par un second opérateur, caractère très électro-intensif de la production de ferro-alliages.

NoteLe rendement métallurgique de la production de silicomanganèse n'apparaît dans aucune source consultée : une fourchette est publiée plutôt qu'une valeur unique. Aucune personne physique n'est nommée, conformément à la charte, y compris les ministres cités par les sources.

Calculs de notre fait

CalculRésultatOpération
Prix réel du minerai à la tonne195,80 $4,45 × 44
Rapport de prix réel5,09 ×996 ÷ 195,80
Rapport annoncé223,8 ×996 ÷ 4,45
Facteur de surestimation44223,8 ÷ 5,09 — soit la teneur du minerai
Minerai minimum par tonne d'alliage1,5 t0,66 ÷ 0,44, sans perte
Valeur ajoutée à 1,5 t+239 %(996 − 293,70) ÷ 293,70
Valeur ajoutée à 1,75 t+191 %(996 − 342,65) ÷ 342,65
Valeur ajoutée à 2 t+154 %(996 − 391,60) ÷ 391,60
Minerai consommé à Moanda~130 000 t65 000 × 2
Part des exportations gabonaises1,4 %130 000 ÷ 9 400 000
Capacité norvégienne rapportée à Moanda8,5 ×(170 + 220 + 165) ÷ 65
Part hors Afrique d'un producteur africain60,2 %230 ÷ 382
Capacité requise pour tout transformer~4,7 Mt/an9,4 Mt ÷ 2
Repli du prix depuis le pic−25 %4,5 ÷ 6, de mi-2024 à février 2026

Renvois internes

PièceLien
Fiche substance BauxiteMême régime : minerai de vrac, forte valeur ajoutée, forte intensité énergétique ; et le même 1,3 à 1,4 % de couverture
Fiche substance LithiumPremière correction de rapport trompeur du programme ; même mécanisme d'erreur
Base Énergie des minesUn maillon acquis peut se perdre : seconde occurrence, datée de septembre 2020
Base Contrôle capitalistiqueUn opérateur africain transformant 60 % de ses alliages hors d'Afrique
Fiches Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Afrique du Sud, Namibie, GabonProducteurs et projets de manganèse déjà documentés