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Initiatives AfricaEnvironnement & Climat Observatoire / Observatoires spécialisés / GMV
Observatoire spécialisé 01 / 16 — Base thématique · 29 juillet 2026

La Grande Muraille Verte n'a plus un problème d'arbres. Elle a un problème de traçabilité.

Dix-neuf ans après son lancement par l'Union africaine, l'initiative a mobilisé plus de 19 milliards de dollars d'engagements et restauré, selon les sources, entre 4 et 20 millions d'hectares sur les 100 visés. L'écart entre ces deux chiffres n'est pas une imprécision : c'est la question centrale. Cette base ne cherche pas à trancher entre les méthodes de comptage — elle les publie côte à côte, avec leur définition, et suit l'argent jusqu'au terrain. À trois semaines de la COP17 sur la désertification, c'est la seule contribution utile.

Course contre le calendrier — état au 29 juillet 2026
Temps écoulé depuis 200719,5 ans sur 23 · 85 %
Hectares restaurés, estimation haute≈ 20 M sur 100 M · 20 %
Hectares restaurés, estimation basse4 M sur 100 M · 4 %
Financement décaissé sur les 19 Md$ engagés≈ 2,5 Md$ · 13 %
Lecture. Quatre-vingt-cinq pour cent du temps consommé pour, au mieux, vingt pour cent de l'objectif et treize pour cent de l'argent effectivement versé. L'écart entre ces barres est l'unique indicateur qui compte, et il est aujourd'hui de l'ordre de soixante-cinq points. Le président de la COP15 de la Convention sur la désertification l'a formulé sobrement : les pays ne sont pas alignés sur l'objectif de 2030.
11Pays de l'emprise, de Dakar à DjiboutiUnion africaine · 2007
8 000kmLongueur du corridor, largeur indicative de 15 kmPNUE · APGMV
100–400mmBande isohyétique définissant l'emprise réelleAPGMV · PIPD 2021-2030
100M haTerres dégradées à restaurer d'ici 2030Union africaine
250MtCO₂Carbone à séquestrer ; 10 millions d'emplois visésUA · FIDA
232millionsPersonnes vivant dans la zone cibleIRD
19Md$Engagements annoncés depuis le One Planet SummitCNULCD
33Md$Besoin résiduel estimé pour achever l'initiativeEstimation onusienne

Pourquoi personne ne s'accorde sur le nombre d'hectares

Trois chiffres circulent, tous issus de sources sérieuses, écartés d'un facteur cinq. Ils ne mesurent pas la même chose. Les confondre, c'est rendre l'initiative illisible ; les publier ensemble avec leur définition, c'est la rendre pilotable.

ChiffreCe qu'il mesureSource et datePortée
4 millions d'haSurfaces effectivement plantées et vérifiées au sens strict du projet initialRapport commandé par la CNULCD, septembre 2020Bilan des quinze ansRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
≈ 18 millions d'haSurfaces restaurées au sens large, toutes techniques confonduesBilans de l'initiative, reprise 2025Comptage cumuléRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
≈ 20 millions d'haMême périmètre, estimation la plus haute couramment citéeAFD, IRD, reprises institutionnellesComptage cumuléRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026).
Position de l'observatoire. Nous publions les trois valeurs, jamais une moyenne. La divergence tient à trois choses : ce qu'on appelle « restaurer » (planter, régénérer naturellement, protéger, aménager), qui compte (l'agence nationale, le bailleur, le projet), et ce qui est vérifié sur le terrain plutôt que déclaré. Tant que ces trois définitions ne sont pas harmonisées entre les onze pays, aucun chiffre unique n'est défendable — et c'est précisément l'objet du travail de l'Observatoire de la Grande Muraille Verte lancé en 2024.

Le changement de doctrine

L'initiative lancée en 2007 était une ceinture d'arbres de quinze kilomètres de large, de Dakar à Djibouti. Réorientée dès 2013, elle est devenue un programme de gestion des écosystèmes et d'amélioration des conditions de vie rurales — une mosaïque de paysages productifs plutôt qu'un mur végétal. Le cadre adopté par l'Union africaine pour la période 2024-2034 va plus loin encore : il présente la Grande Muraille Verte comme une politique continentale de restauration des terres et de résilience des moyens d'existence, et non plus comme un corridor.

Cette évolution est cohérente sur le fond — planter des arbres en ligne dans une zone à 200 mm de pluie ne fonctionne pas — mais elle a un coût : elle rend la mesure du progrès beaucoup plus difficile, puisque l'objet à mesurer s'est élargi sans que la cible chiffrée de 100 millions d'hectares, elle, ne soit redéfinie.

Les onze pays de l'emprise

430 millions d'habitants au total, soit près d'un tiers de la population africaine ; 232 millions dans la seule zone d'intervention. Deux pays sont aujourd'hui en situation de conflit ouvert ou de crise sécuritaire majeure, ce qui suffit à expliquer une part du retard.

PaysStructure nationaleEmprise ou repèreSURAGGWASuivi
SénégalASERGMV545 km × 15 km = 817 500 haInclusDocumenté
MauritanieAgence nationale — dénomination à vérifierFaçade atlantique au HodhInclusPartiel
MaliAgence nationale de la GMVBande sahélienne centraleInclusPartiel
Burkina FasoStructure nationale de coordinationNord et SahelInclusPartiel
NigerANGMVSite de Kouré : 144 ha, 45 000 arbres, retour de la fauneInclusDocumenté
NigeriaAgence nationale de la GMVOnze États du Nord ; a assuré la présidence tournanteInclusPartiel
TchadAgence nationale — dénomination à vérifierSahel tchadien, articulation avec le lac TchadInclusPartiel
SoudanStructure nationaleConflit armé en coursHors périmètreSuspendu
ÉthiopieProgramme national, articulé au reboisement de masseLe pays le plus avancé avec le Sénégal, historiquementHors périmètrePartiel
ÉrythréeStructure nationaleExtrémité orientale du corridorHors périmètreCouverture insuffisante
DjiboutiStructure nationalePoint d'arrivée du corridor ; a accueilli la revue de mai 2026InclusPartiel
Précision assumée. Les dénominations exactes de quatre agences nationales ne sont pas confirmées en source officielle à la date de publication et sont signalées comme telles. Un annuaire vérifié des onze structures constitue la première tâche de consolidation de cette base. De même, en 2023, des coalitions nationales existaient dans neuf des onze pays : l'identification des deux manquantes reste à établir.

Suivre l'argent : la seule question qui fâche

Annoncer n'est pas programmer, programmer n'est pas décaisser, et décaisser n'est pas parvenir au terrain. Quatre états successifs, quatre chiffres différents, et une déperdition documentée à chaque étage.

Étage 1 · Annoncé

19 milliards de dollars

14,3 Md$ engagés au One Planet Summit du 11 janvier 2021, portés à plus de 19 Md$ depuis, par des bailleurs multilatéraux et bilatéraux.

Étage 2 · Programmé

80 % de l'enveloppe

Part affectée à des programmes identifiés dans les onze pays, selon l'analyse de l'Accélérateur commandée par la CNULCD en 2023.

Étage 3 · Décaissé

13 %, soit ≈ 2,5 Md$

Montant effectivement versé au même millésime. Les 17,5 Md$ restants étaient attendus d'ici fin 2025 — la vérification de cette échéance est une tâche ouverte.

Étage 4 · Reçu au terrain

Le trou noir

Les agences nationales déclarent n'avoir reçu qu'une fraction des sommes dépensées. Une mesure consolidée de cet étage n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026.

Le cas sénégalais, ou pourquoi cette base existe

Une étude publiée en 2025 sur le tracé sénégalais établit que, entre 2011 et 2019, les bailleurs ont annoncé 870 millions de dollars quand les entités bénéficiaires n'en ont reçu que 149 millions. Plus de 700 millions ne se retrouvent pas dans les registres nationaux de projets. L'écart peut s'expliquer en partie — frais de gestion, dépenses hors pays, comptabilisations croisées — mais il n'est aujourd'hui documenté par personne.

C'est la raison d'être de cet observatoire spécialisé : rapprocher, projet par projet, le montant annoncé, le montant contractualisé et le montant reçu par l'entité de mise en œuvre. Aucune autre donnée de la Grande Muraille Verte n'a autant de valeur.

Le dispositif institutionnel

SURAGGWA — le programme en cours le mieux tracé

ParamètreValeurObservation
IntituléRenforcement de la résilience dans la Grande Muraille Verte africainePorté par la FAO avec les agences nationales
FinanceurFonds vert pour le climatLancement officiel à Dakar en décembre 2025
Pays couverts8 — Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, DjiboutiSoudan, Éthiopie et Érythrée hors périmètre
Enveloppe150 M$ de subvention, dans un montage global de 222 M$Sur huit ans
Objectif de restauration1,4 million d'hectaresSoit 1,4 % de la cible 2030
Objectif carbone65 MtCO₂ évitées26 % de la cible de séquestration de l'initiative
Bénéficiaires1,9 million de personnesPriorité aux femmes et aux jeunes
Part sénégalaise10 M$ ou 15 M$ pour plus de 80 000 ha, selon la sourceÉcart publié — à lever par le document de projet

Les huit indicateurs suivis

Un indicateur n'entre dans cette base que s'il est mesurable pays par pays et rattachable à une source identifiable. Les grands agrégats continentaux sont conservés comme contexte, pas comme mesure de performance.

N°IndicateurUnitéPériodicitéDisponibilité actuelle
01Hectares restaurés, par technique et par payshaAnnuelleHétérogène
02Taux de survie des plants à trois ans%AnnuelleRarement publié
03Financement annoncé, programmé, décaissé, reçuUSDSemestrielleTrois étages sur quatre
04Emplois créés, ventilés femmes et jeunesNombreAnnuelleAgrégat continental seul
05Carbone séquestré, vérifiétCO₂AnnuelleNon vérifié
06Nombre de projets actifs et porteursNombreContinueObservatoire GMV
07Accessibilité sécuritaire de la zone d'empriseQualitatifTrimestrielleÀ construire
08Coût moyen à l'hectare restauréUSD/haAnnuelleJamais publié

L'indicateur manquant, et le plus utile

Le coût moyen à l'hectare restauré n'est publié par aucun acteur de l'initiative. C'est pourtant le seul chiffre qui permettrait de comparer les techniques, de dimensionner le besoin résiduel et d'arbitrer entre pays. Le directeur d'une organisation active au Sahel l'a résumé d'une phrase : pouvoir un jour associer un montant en dollars à chaque hectare restauré de la Grande Muraille Verte. Le produire est l'objectif à douze mois de cette base.

Un ordre de grandeur du potentiel existe par ailleurs : un livre blanc adossé à un projet d'agroforesterie communautaire de 12 000 hectares au Burkina Faso évalue à 1,8 milliard de tonnes d'équivalent CO₂ le potentiel de séquestration inexploité au Sahel. Rapporté aux prix du carbone, c'est l'argument économique le plus solide dont dispose l'initiative.

Les échéances

Trois semaines séparent cette publication du rendez-vous le plus important de l'année pour la Grande Muraille Verte.

Mai 2026 · Djibouti

Revue des pays et partenaires

Les onze pays et leurs bailleurs ont fait le point sur l'avancement, les écarts de financement et les priorités, en préparation de la COP17. Le constat partagé : un décalage persistant entre les montants annoncés et les décaissements, de nombreux projets peinant encore à passer de la planification à l'exécution.

17 – 28 août 2026 · Oulan-Bator

COP17 de la Convention sur la désertification

Mongolie hôte, thème « Restaurer les terres, restaurer l'espoir », 197 Parties attendues. La session se tient pendant l'Année internationale des parcours et des pasteurs, ce qui place le pastoralisme sahélien au centre de l'agenda — un angle dont la Grande Muraille Verte n'a jamais réellement tiré parti. C'est l'occasion de porter la question du décaissement plutôt que celle des annonces.

13 – 15 octobre 2026 · Kigali

Carbon Markets Africa Summit

Enjeu direct pour la GMV : la monétisation carbone de la restauration, encore marginale, suppose des méthodologies, des vérificateurs et un partage de revenu avec les communautés.

9 – 20 novembre 2026 · Antalya

COP31 climat

Les CDN 3.0 de plusieurs pays de l'emprise intègrent la restauration des terres dans leur volet atténuation. La cohérence entre engagements climat et objectifs GMV doit y être vérifiée.

2030

Échéance de l'objectif

Trois ans et cinq mois après la COP32 d'Addis-Abeba. Au rythme constaté, l'objectif de 100 millions d'hectares ne sera pas atteint ; la question ouverte est de savoir s'il sera redéfini, reporté, ou simplement abandonné sans le dire.

Sources

Aucune donnée de cette base n'est reprise d'un agrégateur sans remontée à la source primaire. Les écarts entre sources sont signalés dans le corps du texte.

Union africaine · APGMV Plan d'investissements prioritaires décennal 2021-2030 ; définition de la zone géographique globale d'exercice entre les isohyètes 100 et 400 mm ; cadre continental 2024-2034.

CNULCD Rapport de bilan des quinze ans, septembre 2020 ; analyse de l'Accélérateur, mars 2023 ; Mécanisme mondial ; COP17 Oulan-Bator, 17-28 août 2026.

Accélérateur de la GMV One Planet Summit du 11 janvier 2021 ; engagements de 14,3 puis 19 Md$ ; état de programmation et de décaissement.

Observatoire de la GMV · IRD Plateforme lancée en 2024, suivi de plus de 350 projets par pays, bailleur et pilier.

FAO · Fonds vert pour le climat Projet SURAGGWA : périmètre, enveloppe, objectifs, lancement de décembre 2025 à Dakar.

AFD · IRD · PNUE · FIDA Bilans de restauration, emplois créés, ressources mobilisées, population de la zone cible.

ASERGMV · ANGMV Niger Emprises nationales, sites de référence, résultats de terrain.

Travaux indépendants Étude 2025 sur les flux financiers du tracé sénégalais ; livre blanc sur le potentiel de séquestration sahélien adossé à un projet de 12 000 ha au Burkina Faso.

CIFOR-ICRAF Compte rendu de la revue de Djibouti, mai 2026.