Dix-neuf ans après son lancement par l'Union africaine, l'initiative a mobilisé plus de 19 milliards de dollars d'engagements et restauré, selon les sources, entre 4 et 20 millions d'hectares sur les 100 visés. L'écart entre ces deux chiffres n'est pas une imprécision : c'est la question centrale. Cette base ne cherche pas à trancher entre les méthodes de comptage — elle les publie côte à côte, avec leur définition, et suit l'argent jusqu'au terrain. À trois semaines de la COP17 sur la désertification, c'est la seule contribution utile.
Trois chiffres circulent, tous issus de sources sérieuses, écartés d'un facteur cinq. Ils ne mesurent pas la même chose. Les confondre, c'est rendre l'initiative illisible ; les publier ensemble avec leur définition, c'est la rendre pilotable.
| Chiffre | Ce qu'il mesure | Source et date | Portée |
|---|---|---|---|
| 4 millions d'ha | Surfaces effectivement plantées et vérifiées au sens strict du projet initial | Rapport commandé par la CNULCD, septembre 2020 | Bilan des quinze ansRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| ≈ 18 millions d'ha | Surfaces restaurées au sens large, toutes techniques confondues | Bilans de l'initiative, reprise 2025 | Comptage cumuléRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| ≈ 20 millions d'ha | Même périmètre, estimation la plus haute couramment citée | AFD, IRD, reprises institutionnelles | Comptage cumuléRéférence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
L'initiative lancée en 2007 était une ceinture d'arbres de quinze kilomètres de large, de Dakar à Djibouti. Réorientée dès 2013, elle est devenue un programme de gestion des écosystèmes et d'amélioration des conditions de vie rurales — une mosaïque de paysages productifs plutôt qu'un mur végétal. Le cadre adopté par l'Union africaine pour la période 2024-2034 va plus loin encore : il présente la Grande Muraille Verte comme une politique continentale de restauration des terres et de résilience des moyens d'existence, et non plus comme un corridor.
Cette évolution est cohérente sur le fond — planter des arbres en ligne dans une zone à 200 mm de pluie ne fonctionne pas — mais elle a un coût : elle rend la mesure du progrès beaucoup plus difficile, puisque l'objet à mesurer s'est élargi sans que la cible chiffrée de 100 millions d'hectares, elle, ne soit redéfinie.
430 millions d'habitants au total, soit près d'un tiers de la population africaine ; 232 millions dans la seule zone d'intervention. Deux pays sont aujourd'hui en situation de conflit ouvert ou de crise sécuritaire majeure, ce qui suffit à expliquer une part du retard.
| Pays | Structure nationale | Emprise ou repère | SURAGGWA | Suivi |
|---|---|---|---|---|
| Sénégal | ASERGMV | 545 km × 15 km = 817 500 ha | Inclus | Documenté |
| Mauritanie | Agence nationale — dénomination à vérifier | Façade atlantique au Hodh | Inclus | Partiel |
| Mali | Agence nationale de la GMV | Bande sahélienne centrale | Inclus | Partiel |
| Burkina Faso | Structure nationale de coordination | Nord et Sahel | Inclus | Partiel |
| Niger | ANGMV | Site de Kouré : 144 ha, 45 000 arbres, retour de la faune | Inclus | Documenté |
| Nigeria | Agence nationale de la GMV | Onze États du Nord ; a assuré la présidence tournante | Inclus | Partiel |
| Tchad | Agence nationale — dénomination à vérifier | Sahel tchadien, articulation avec le lac Tchad | Inclus | Partiel |
| Soudan | Structure nationale | Conflit armé en cours | Hors périmètre | Suspendu |
| Éthiopie | Programme national, articulé au reboisement de masse | Le pays le plus avancé avec le Sénégal, historiquement | Hors périmètre | Partiel |
| Érythrée | Structure nationale | Extrémité orientale du corridor | Hors périmètre | Couverture insuffisante |
| Djibouti | Structure nationale | Point d'arrivée du corridor ; a accueilli la revue de mai 2026 | Inclus | Partiel |
Annoncer n'est pas programmer, programmer n'est pas décaisser, et décaisser n'est pas parvenir au terrain. Quatre états successifs, quatre chiffres différents, et une déperdition documentée à chaque étage.
14,3 Md$ engagés au One Planet Summit du 11 janvier 2021, portés à plus de 19 Md$ depuis, par des bailleurs multilatéraux et bilatéraux.
Part affectée à des programmes identifiés dans les onze pays, selon l'analyse de l'Accélérateur commandée par la CNULCD en 2023.
Montant effectivement versé au même millésime. Les 17,5 Md$ restants étaient attendus d'ici fin 2025 — la vérification de cette échéance est une tâche ouverte.
Les agences nationales déclarent n'avoir reçu qu'une fraction des sommes dépensées. Une mesure consolidée de cet étage n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026.
Une étude publiée en 2025 sur le tracé sénégalais établit que, entre 2011 et 2019, les bailleurs ont annoncé 870 millions de dollars quand les entités bénéficiaires n'en ont reçu que 149 millions. Plus de 700 millions ne se retrouvent pas dans les registres nationaux de projets. L'écart peut s'expliquer en partie — frais de gestion, dépenses hors pays, comptabilisations croisées — mais il n'est aujourd'hui documenté par personne.
C'est la raison d'être de cet observatoire spécialisé : rapprocher, projet par projet, le montant annoncé, le montant contractualisé et le montant reçu par l'entité de mise en œuvre. Aucune autre donnée de la Grande Muraille Verte n'a autant de valeur.
| Paramètre | Valeur | Observation |
|---|---|---|
| Intitulé | Renforcement de la résilience dans la Grande Muraille Verte africaine | Porté par la FAO avec les agences nationales |
| Financeur | Fonds vert pour le climat | Lancement officiel à Dakar en décembre 2025 |
| Pays couverts | 8 — Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, Djibouti | Soudan, Éthiopie et Érythrée hors périmètre |
| Enveloppe | 150 M$ de subvention, dans un montage global de 222 M$ | Sur huit ans |
| Objectif de restauration | 1,4 million d'hectares | Soit 1,4 % de la cible 2030 |
| Objectif carbone | 65 MtCO₂ évitées | 26 % de la cible de séquestration de l'initiative |
| Bénéficiaires | 1,9 million de personnes | Priorité aux femmes et aux jeunes |
| Part sénégalaise | 10 M$ ou 15 M$ pour plus de 80 000 ha, selon la source | Écart publié — à lever par le document de projet |
Un indicateur n'entre dans cette base que s'il est mesurable pays par pays et rattachable à une source identifiable. Les grands agrégats continentaux sont conservés comme contexte, pas comme mesure de performance.
| N° | Indicateur | Unité | Périodicité | Disponibilité actuelle |
|---|---|---|---|---|
| 01 | Hectares restaurés, par technique et par pays | ha | Annuelle | Hétérogène |
| 02 | Taux de survie des plants à trois ans | % | Annuelle | Rarement publié |
| 03 | Financement annoncé, programmé, décaissé, reçu | USD | Semestrielle | Trois étages sur quatre |
| 04 | Emplois créés, ventilés femmes et jeunes | Nombre | Annuelle | Agrégat continental seul |
| 05 | Carbone séquestré, vérifié | tCO₂ | Annuelle | Non vérifié |
| 06 | Nombre de projets actifs et porteurs | Nombre | Continue | Observatoire GMV |
| 07 | Accessibilité sécuritaire de la zone d'emprise | Qualitatif | Trimestrielle | À construire |
| 08 | Coût moyen à l'hectare restauré | USD/ha | Annuelle | Jamais publié |
Le coût moyen à l'hectare restauré n'est publié par aucun acteur de l'initiative. C'est pourtant le seul chiffre qui permettrait de comparer les techniques, de dimensionner le besoin résiduel et d'arbitrer entre pays. Le directeur d'une organisation active au Sahel l'a résumé d'une phrase : pouvoir un jour associer un montant en dollars à chaque hectare restauré de la Grande Muraille Verte. Le produire est l'objectif à douze mois de cette base.
Un ordre de grandeur du potentiel existe par ailleurs : un livre blanc adossé à un projet d'agroforesterie communautaire de 12 000 hectares au Burkina Faso évalue à 1,8 milliard de tonnes d'équivalent CO₂ le potentiel de séquestration inexploité au Sahel. Rapporté aux prix du carbone, c'est l'argument économique le plus solide dont dispose l'initiative.
Trois semaines séparent cette publication du rendez-vous le plus important de l'année pour la Grande Muraille Verte.
Les onze pays et leurs bailleurs ont fait le point sur l'avancement, les écarts de financement et les priorités, en préparation de la COP17. Le constat partagé : un décalage persistant entre les montants annoncés et les décaissements, de nombreux projets peinant encore à passer de la planification à l'exécution.
Mongolie hôte, thème « Restaurer les terres, restaurer l'espoir », 197 Parties attendues. La session se tient pendant l'Année internationale des parcours et des pasteurs, ce qui place le pastoralisme sahélien au centre de l'agenda — un angle dont la Grande Muraille Verte n'a jamais réellement tiré parti. C'est l'occasion de porter la question du décaissement plutôt que celle des annonces.
Enjeu direct pour la GMV : la monétisation carbone de la restauration, encore marginale, suppose des méthodologies, des vérificateurs et un partage de revenu avec les communautés.
Les CDN 3.0 de plusieurs pays de l'emprise intègrent la restauration des terres dans leur volet atténuation. La cohérence entre engagements climat et objectifs GMV doit y être vérifiée.
Trois ans et cinq mois après la COP32 d'Addis-Abeba. Au rythme constaté, l'objectif de 100 millions d'hectares ne sera pas atteint ; la question ouverte est de savoir s'il sera redéfini, reporté, ou simplement abandonné sans le dire.
Aucune donnée de cette base n'est reprise d'un agrégateur sans remontée à la source primaire. Les écarts entre sources sont signalés dans le corps du texte.
Union africaine · APGMV Plan d'investissements prioritaires décennal 2021-2030 ; définition de la zone géographique globale d'exercice entre les isohyètes 100 et 400 mm ; cadre continental 2024-2034.
CNULCD Rapport de bilan des quinze ans, septembre 2020 ; analyse de l'Accélérateur, mars 2023 ; Mécanisme mondial ; COP17 Oulan-Bator, 17-28 août 2026.
Accélérateur de la GMV One Planet Summit du 11 janvier 2021 ; engagements de 14,3 puis 19 Md$ ; état de programmation et de décaissement.
Observatoire de la GMV · IRD Plateforme lancée en 2024, suivi de plus de 350 projets par pays, bailleur et pilier.
FAO · Fonds vert pour le climat Projet SURAGGWA : périmètre, enveloppe, objectifs, lancement de décembre 2025 à Dakar.
AFD · IRD · PNUE · FIDA Bilans de restauration, emplois créés, ressources mobilisées, population de la zone cible.
ASERGMV · ANGMV Niger Emprises nationales, sites de référence, résultats de terrain.
Travaux indépendants Étude 2025 sur les flux financiers du tracé sénégalais ; livre blanc sur le potentiel de séquestration sahélien adossé à un projet de 12 000 ha au Burkina Faso.
CIFOR-ICRAF Compte rendu de la revue de Djibouti, mai 2026.