La correction
Ce programme mesure depuis quarante-six pièces où la chaîne de valeur s'arrête. Il suppose implicitement qu'aller plus loin permettrait de capter davantage. Madagascar établit que ce n'est pas nécessairement vrai.
Un rapport de 28 pour 1 entre les deux parts — calcul de notre fait. Le secteur pèse 4,5 à 4,6 % du produit intérieur brut.
La chaîne va jusqu'au métal raffiné, et l'État en perçoit 1,74 %
Ce n'est pas un pays qui exporte du minerai brut. Le complexe nickel-cobalt malgache comprend une mine à ciel ouvert, une préparation de pulpe, un pipeline de 220 kilomètres vers la côte, une usine de lixiviation acide sous pression, une raffinerie de métaux, une production d'acide, une centrale et un terminal portuaire. Il produit du nickel raffiné et du cobalt raffiné.
C'est trois maillons sur cinq — davantage que la RD Congo sur le cobalt, davantage que le Gabon sur le manganèse, davantage que la Guinée sur la bauxite. Et la part budgétaire est de 1,74 %.
Ce que cela corrige. Le programme a construit son indice autour d'une idée : la valeur s'échappe parce que la chaîne s'interrompt. Madagascar montre que la chaîne peut ne pas s'interrompre et la valeur s'échapper quand même.
Pourquoi. Parce que ce sont deux questions distinctes, et que le programme les a laissées se confondre :
— Transformer détermine où la valeur est créée. C'est une question industrielle : usines, énergie, intrants, savoir-faire.
— Capter détermine qui la reçoit. C'est une question fiscale et capitalistique : redevance, impôt, participation, prix de cession.
L'État malgache ne détient aucune part de l'opérateur, dont le capital est partagé entre deux groupes étrangers à 54,18 % et 45,82 % — soit 100 %, calcul de notre fait. La transformation a lieu sur le territoire national ; la propriété et le résultat sont ailleurs.
Constat proposé à la consolidation : transformer localement ne garantit pas de capter. Les dix-sept instruments recensés portent presque tous sur la captation ; le pilier 01 mesure la transformation ; rien dans l'indice n'oblige à lire les deux ensemble, et ce cas montre qu'il le faut.
Un second cas, et cela fait un motif
La fiche Angola a établi la même disproportion sur une autre substance : le diamant fournit 0,32 % des recettes publiques quand le pétrole en fournit 40 %, alors que l'opérateur public déclare 1,3 milliard d'euros de revenus.
Madagascar ajoute deux éléments que l'Angola n'avait pas. Un : ici la transformation locale est effective, ce qui exclut l'explication par l'exportation brute. Deux : ici l'État ne détient rien de l'opérateur, là où l'opérateur angolais est public et concessionnaire exclusif.
Deux configurations opposées, un même résultat budgétaire.
Correction du 31 juillet 2026. Cette fiche concluait ici que « ce n'est plus une anomalie, c'est un motif ». La série 06, assemblée depuis nos propres fiches, ne le confirme pas : rapportés à ce qu'ils exportent, le Sénégal, la Mauritanie et le Botswana captent entre 2,5 et 3,4 fois moins, là où Madagascar capte 28,3 fois moins. Madagascar est une valeur extrême, non un motif, et la généralisation est retirée. Le reste de cet onglet est maintenu : la distinction entre transformer et capter reste établie.
Porté en chantier, priorité haute : part des recettes publiques tirée du secteur minier, rapportée à sa part dans les exportations, pour les vingt pays documentés. Les deux séries figurent dans les rapports de transparence extractive : elles sont publiques et n'ont pas été rapprochées.
Le complexe
Barre de valeur captée — nickel et cobalt
Trois maillons sur cinq. La fiche substance nickel décrit la barre africaine comme marginale ; cette fiche la corrige : l'Afrique dispose d'un complexe intégré produisant du métal raffiné, et il fonctionne depuis 2014.
| Élément | Constat | Statut |
|---|---|---|
| Capacité annoncée | 60 000 t/an de nickel et 5 300 t/an de cobalt | vérifié |
| Production visée | ~40 000 t de nickel raffiné et ~4 000 t de cobalt raffiné, soit 66,7 % de la capacité — calcul de notre fait | vérifié |
| Production effective avant 2020 | Près de 40 000 t de nickel et 4 000 t de cobalt raffinés par an ; suspension en 2020, reprise en mars 2021 ; fluctuations dues à des ruptures de pipeline | vérifié |
| Latence | Gisement découvert en 1960, mine ouverte en 2012, complexe opérationnel en 2014 — 52 ans | vérifié |
| Rentabilité | Déficitaire de 2014 à 2020 ; devenu rentable en 2021, à la faveur d'une forte hausse du prix du nickel | vérifié |
| Actionnariat | Deux groupes étrangers à 54,18 % et 45,82 % ; aucune participation publique malgache | à confirmer — une source retient 33 % pour le second |
| Poids dans l'économie | 35 % de l'investissement direct étranger du pays entre 2006 et 2012 ; 32 % des recettes en devises ; plus de 70 % des exportations minières entre 2021 et 2023 | à confirmer |
| Devises rapatriées | 3,9 Md$ en 2023 | à confirmer |
| Impôts miniers acquittés | 44 M$ en 2022, soit 198 milliards d'ariary | à confirmer |
| Fonds social | 25 M$ pour dix-sept projets ; réhabilitation d'une route nationale et construction d'une voie ferrée vers le port, en partenariat avec l'opérateur public de transport | à confirmer |
Six ans de pertes, et ce que cela dit à tout le programme
Le complexe a été déficitaire de 2014 à 2020 et n'est devenu rentable qu'en 2021, porté par une hausse du prix du nickel qu'aucune décision malgache n'avait provoquée.
C'est la donnée la plus utile de cette fiche. Le programme documente des États qui exigent la transformation locale — Guinée, Zimbabwe, Mozambique, Gabon, Nigeria. Aucune de ces pièces ne dispose d'un cas où l'usine a été construite et où l'on connaisse son compte de résultat sur sept ans.
Ici on le connaît, et il est négatif six années sur sept. Une usine de transformation n'est pas rentable par construction : elle l'est ou non selon le cycle du métal, et elle expose son propriétaire au risque industriel en plus du risque minier.
La fiche phosphates l'avait énoncé sans pouvoir le chiffrer : le producteur de roche brute subit un prix, le producteur transformé subit un cycle industriel. Madagascar en donne la mesure : six exercices déficitaires.
Cela ne plaide pas contre la transformation locale. Cela plaide pour que les pays qui l'exigent sachent ce qu'ils exigent : un investissement dont la rentabilité dépend d'un cycle qu'ils ne contrôlent pas, et dont le point mort peut se situer à sept ans.
Chantier ouvert : compte de résultat des usines de transformation minière africaines, par exercice. Le cas malgache est le seul documenté du programme.
Le gel
Madagascar a employé, pendant seize ans, un instrument dont le programme ne dispose d'aucun autre exemple.
Retirer les titres dormants
Plus de 3 000 licences dormantes ou en défaut révoquées, sans contentieux documenté. L'objectif est de libérer des actifs improductifs.
Effet immédiat : les titres reviennent au domaine et peuvent être réattribués.
Coût : proche de nul, parce que rien de productif n'est détruit.
Suspendre l'octroi de nouveaux titres
Un moratoire institué en 2010 sur l'octroi de nouveaux permis, l'or excepté, pour assainir un cadastre jugé corrompu par des titres spéculatifs. Levé le 29 janvier 2026, après seize ans.
Effet immédiat : aucun nouveau titre, donc aucune nouvelle irrégularité.
Coût : de 1 600 à 3 000 demandes bloquées, et un monopole de fait sur l'exploration légale au bénéfice des détenteurs antérieurs au gel.
Le coût d'un instrument gratuit
Un gel du cadastre ne coûte rien au budget, n'expose à aucun arbitrage et ne détruit aucune production. C'est le profil que la consolidation attribue aux instruments les plus efficaces de la famille C.
Son coût est ailleurs, et il est considérable : seize années pendant lesquelles aucun entrant n'a pu se positionner légalement, et pendant lesquelles les détenteurs en place ont bénéficié d'une exclusivité qu'ils n'avaient pas négociée. Une source relève que seize ans suffisent pour qu'un code minier devienne un artefact.
C'est un cas de figure que la typologie ne prévoit pas. Ses dix-sept instruments visent tous à agir sur des opérations existantes. Celui-ci agit sur l'entrée, et son effet est l'inverse de son intention : institué pour lutter contre la rente de situation, il en a créé une.
Variante proposée à la famille A : le gel du cadastre, à distinguer de l'assainissement par révocation. Les deux poursuivent le même objectif, l'un par soustraction de titres improductifs, l'autre par suspension de l'octroi. Leurs coûts ne sont ni de même nature ni de même horizon : immédiat et faible pour l'un, différé et cumulatif pour l'autre.
Ce que la levée ouvre, et ce qu'elle exige
Les catégories rouvertes couvrent le nickel, le cobalt, le graphite, les terres rares, les sables minéralisés et le minerai de fer. Un nouveau code minier a été adopté en 2023-2024.
Une source formule la conséquence en des termes que cet observatoire partage : la réouverture fait deux choses à la fois — elle admet de nouveaux entrants, et elle oblige l'État à reconstruire la capacité administrative de les évaluer.
C'est exactement le constat 20 de la consolidation : l'indice mesure une captation sans mesurer ce qu'elle coûte à administrer. Une administration qui n'a pas instruit de demande pendant seize ans doit traiter entre 1 600 et 3 000 dossiers.
Le contexte institutionnel appelle une réserve. Les sources font état d'une période de transition politique. L'observatoire ne la commente pas : il note que la levée du moratoire a été décidée par un gouvernement de transition, et que cette circonstance sera à considérer dans l'appréciation de la stabilité des titres octroyés. Point de contrôle datable : nombre de permis effectivement délivrés à fin 2027, et leur maintien.
Le graphite et les autres
| Substance | Position | Statut |
|---|---|---|
| Graphite | Deuxième producteur mondial derrière la Chine, avec 7,74 % de la production mondiale. Un gisement de paillettes décrit comme l'un des plus grands et des plus purs au monde, atteignant une pureté proche de la qualité batterie | vérifié |
| Nickel et cobalt | Complexe intégré produisant du métal raffiné ; deuxième producteur africain de cobalt | vérifié |
| Ilménite | Sables minéralisés exploités par la filiale d'un groupe anglo-australien ; environ 556 000 t exportées en 2022 | à confirmer |
| Terres rares | Prospection poursuivie par un opérateur américain ; soutien public américain rapporté à un projet | à confirmer |
| Chrome, zircon, or et gemmes | Or et saphirs largement artisanaux ; l'or est resté exclu du moratoire | à confirmer |
Deuxième producteur mondial de graphite, et la même rupture que partout
La fiche substance graphite a établi que le facteur décisif de cette filière est le rendement de sphéronisation, non publié, et que plus de 80 % de cette étape est concentrée dans un seul pays — davantage que l'extraction elle-même.
Une source confirme la conséquence pour Madagascar comme pour le reste du continent : la très grande majorité du concentré de graphite produit en Afrique est expédiée outre-mer, généralement vers la Chine, et des efforts sont en cours pour établir une capacité de transformation en Tanzanie et au Mozambique.
Madagascar n'y figure pas. Le pays est deuxième producteur mondial d'une matière décrite comme le composant le plus lourd de l'anode d'une batterie lithium-ion, et aucune capacité de transformation nationale n'apparaît dans les sources consultées.
Le rapprochement avec l'onglet 01 est instructif : sur le nickel, Madagascar tient trois maillons et capte 1,74 %. Sur le graphite, il tient un maillon. Les deux situations produisent le même résultat budgétaire, ce qui confirme que la profondeur de chaîne et la captation sont deux variables indépendantes.
Une divergence de sources sur le poids du secteur
La part des exportations est donnée à 49,2 % par le rapport de transparence pour 2022, à 43,8 % par une autre source pour le même exercice, à 47 % pour 2023 et à « plus de 40 % » par une troisième.
La part du PIB est donnée à 4,6 % pour 2022, à 4,5 % par une autre source pour le même exercice, et à environ 5 % pour 2023.
Toutes les valeurs sont publiées telles que rapportées. Le calcul du rapport de 28 pour 1 retient les deux chiffres du même rapport et du même exercice — 49,2 % et 1,74 % — pour rester cohérent ; il serait de 25 pour 1 avec la valeur de 43,8 %.
Indices et sources
Fiche rédigée sous les révisions de méthode en vigueur. Aucun score n'est publié.
IAVM — grille de renseignement
Score IAVM : non calculé. Un seul pilier sur dix en statut « à collecter ». Le pilier 01 y est le mieux renseigné du programme après le Maroc, et le pilier 09 y est le plus faible — c'est précisément l'objet de cette fiche.
Fiche rédigée sous les révisions en vigueur
Piliers 01 et 09 lus ensemble. Cette fiche établit qu'ils peuvent diverger fortement. Le programme les présentait comme allant de pair ; ils sont indépendants.
Pilier 03 — trois états. La capacité malgache est alimentée, avec des interruptions documentées : suspension en 2020, reprise en 2021, ruptures de pipeline.
Pilier 06 — le complexe produit sa propre énergie et son propre acide. C'est le second cas de raccordement intégré du programme, après le projet angolais.
Méthode complète : Les dix-sept instruments.
Sources de cette fiche
Rang 1Rapport de transparence des industries extractives, exercice 2022 — 4,6 % du PIB, 1,74 % des recettes totales de l'État, 49,2 % des exportations ; production de nickel, chrome, cobalt et ilménite ; préoccupation exprimée sur l'impact environnemental et sur la part des revenus transférée aux communautés locales.
Rang 2Banque africaine de développement — description du complexe : mine à ciel ouvert, préparation de pulpe, pipeline de 220 km, usine de lixiviation acide sous pression, raffinerie de métaux, production d'eau, d'énergie, de vapeur et d'acide, stockage de résidus et installations portuaires ; capacité de 60 000 t de nickel et 5 300 t de cobalt ; réhabilitation d'une route nationale, construction d'une voie ferrée vers le port en partenariat avec l'opérateur public de transport, fonds social de 25 M$ pour dix-sept projets.
Rang 4Encyclopédies, presse spécialisée et observatoire sectoriel, janvier à septembre 2026 — découverte du gisement en 1960, ouverture en 2012, mise en service en 2014 ; production d'environ 40 000 t de nickel et 4 000 t de cobalt raffinés avant 2020, suspension puis reprise en mars 2021, ruptures de pipeline ; déficit de 2014 à 2020 et retour à la rentabilité en 2021 ; répartition du capital entre deux groupes étrangers, une source retenant 33 % pour le second ; 35 % de l'IDE entre 2006 et 2012, 32 % des recettes en devises, plus de 70 % des exportations minières 2021-2023, 3,9 Md$ rapatriés en 2023, 44 M$ d'impôts miniers en 2022 ; moratoire institué en 2010 et levé le 29 janvier 2026, motif d'assainissement du cadastre, 1 600 à 3 000 demandes en attente, monopole de fait des détenteurs antérieurs, code minier adopté en 2023-2024, catégories rouvertes ; deuxième rang mondial pour le graphite et 7,74 % de la production mondiale ; exportations d'ilménite d'environ 556 000 t en 2022 ; expédition outre-mer de la quasi-totalité du concentré de graphite africain.
NoteLa part des exportations diverge selon les sources — 49,2 %, 47 %, 43,8 % — et toutes sont publiées. La part du second actionnaire diverge également : 45,82 % ou 33 %. Aucun compte de résultat détaillé, aucun effectif, aucun achat local, aucune capacité de transformation du graphite n'apparaissent dans les sources consultées. Aucune personne physique n'est nommée, et aucune entreprise n'est désignée, conformément à la charte.
Calculs de notre fait
| Calcul | Résultat | Opération |
|---|---|---|
| Rapport entre part des exportations et part des recettes | 28 pour 1 | 49,2 ÷ 1,74 ; 25 pour 1 avec la valeur de 43,8 % |
| Production visée rapportée à la capacité | 66,7 % | 40 000 ÷ 60 000 |
| Latence entre découverte et ouverture | 52 ans | 2012 − 1960 |
| Exercices déficitaires consécutifs | 6 sur 7 | 2014 à 2020 |
| Durée du gel du cadastre | 16 ans | 2010 → janvier 2026 |
| Somme des participations publiées | 100 % | 54,18 + 45,82 — aucune part publique nationale |
Propositions pour la consolidation
| Pièce | Portée |
|---|---|
| Constat proposé | Transformer localement ne garantit pas de capter. Madagascar tient trois maillons sur le nickel et perçoit 1,74 % de ses recettes du secteur. Les piliers 01 et 09 sont indépendants et doivent être lus ensemble. Portée limitée : la série 06 établit que Madagascar est une valeur extrême et non un motif — le constat vaut comme démonstration de possibilité, non comme régularité |
| Constat proposé | Une usine de transformation n'est pas rentable par construction : le complexe malgache a été déficitaire six exercices sur sept avant qu'une hausse de prix qu'il ne contrôlait pas ne le redresse. Les États qui exigent la transformation exigent un investissement dont le point mort peut se situer à sept ans |
| Famille A, variante | Le gel du cadastre, à distinguer de l'assainissement par révocation. Coût immédiat nul, coût différé considérable : seize ans d'exclusivité non négociée au bénéfice des détenteurs en place. Institué contre la rente de situation, il en a créé une |
| Chantier prioritaire | Part des recettes publiques tirée du secteur minier, rapportée à sa part dans les exportations, pour les vingt pays documentés. Les deux séries sont dans les rapports de transparence et n'ont pas été rapprochées |