Le circuit fermé
La fiche substance potasse a établi qu'un intrant que l'Afrique possède est importé par l'Afrique. Ce dossier montre le même circuit à l'intérieur d'un seul pays, et l'État y paie deux fois.
L'État paie deux fois, et aucun de nos dix piliers ne l'enregistre
Premier paiement : la valeur ajoutée non captée à l'exportation. C'est exactement ce que mesurent nos barres de valeur, et ce programme le documente sur cinquante-cinq substances et pays.
Second paiement : la subvention budgétaire à l'importation du produit transformé issu de sa propre matière première. Aucun pilier ne le mesure, et c'est le constat que la fiche potasse avait posé sans trouver de cas aussi net : le pilier 10 mesure l'effet d'un secteur sur l'économie qui l'exploite, jamais sur celle qui achète le produit qui en découle.
Ce dossier ferme la boucle : ici l'exploitant et l'acheteur sont le même État.
Cet observatoire ne chiffre pas le second paiement, et il faut le dire clairement : aucune source consultée ne publie le montant de cette subvention, ni le volume d'engrais importé, ni son prix. Le circuit est établi ; son coût ne l'est pas.
Composante proposée : subvention publique versée sur un produit transformé importé issu d'une matière première nationale exportée. Elle est le pendant budgétaire de la barre de valeur, et aucune de nos trente-deux fiches pays ne la porte.
Une réponse annoncée depuis longtemps, et toujours au premier état
Un projet d'unité locale de production d'engrais est documenté par plusieurs sources, à plusieurs dates. Il est évoqué comme priorité gouvernementale dans une source ancienne, puis repris en mars 2025 : le ministère confirme alors que les démarches sont en cours, avec des études de faisabilité et la mise en place de partenariats public-privé pour financer le projet.
Un partenariat avec un opérateur phosphatier d'Afrique du Nord est par ailleurs cité pour valoriser le phosphate par la production d'engrais sur place.
La règle des trois états s'applique sans indulgence : des études de faisabilité et des partenariats à mettre en place situent ce projet au premier état — annoncé. Aucune source ne publie de capacité, de calendrier, d'investissement ni de décision finale.
Et le corpus impose une réserve supplémentaire, tirée de la fiche voisine. Le pays d'Afrique du Nord cité comme partenaire porte lui-même sept unités de transformation phosphatière tournant à 40 % de leur capacité. Un partenaire n'apporte pas nécessairement un débouché.
Point de contrôle datable : décision finale d'investissement sur l'unité d'engrais, et tonnage de phosphate transformé localement au premier exercice.
Deux taux, un mot
Ce pays porte deux capacités industrielles dont les taux d'utilisation diffèrent de quarante-trois points. La différence n'est ni technique ni financière.
Calculs de notre fait. Quarante-trois points d'écart entre deux capacités du même pays, sur le même exercice.
Le mot est : débouché
Le clinker alimente une filière ciment nationale. Les sources décrivent des efforts pour renforcer la production de ciment en s'appuyant sur le clinker et le calcaire, afin de réduire la dépendance aux importations. Le produit reste sur le territoire et y trouve preneur.
Le phosphate part brut. Sa transformation locale est un projet, et sa capacité de traitement est dimensionnée pour un volume que la production n'atteint pas.
C'est le constat 31 vérifié sur deux capacités d'un même pays : un débouché intérieur est un amortisseur. Il l'avait été établi sur un prix — une baisse de 14,9 % absorbée en 2,6 % de ventes grâce au marché intérieur charbonnier. Il vaut aussi sur un taux d'utilisation.
Ce que le rapprochement apporte au corpus. Ce programme a mesuré cinq taux d'utilisation : 87,3 % ici, 54,9 % sur un quota de nickel, 44,7 % ici encore, 40 % sur un outil phosphatier voisin, 16,7 % sur des fonderies de ferrochrome, 0,84 % sur un centre de traitement de déchets. Le seul qui dépasse 60 % est celui dont le produit ne sort pas du pays.
Cet observatoire ne généralise pas sur six cas, et trois d'entre eux portent sur des quotas et non des capacités. Il relève une régularité et propose de la vérifier : taux d'utilisation d'une capacité, rapporté à la part de sa production consommée sur le territoire.
C'est la composante proposée par les fiches charbon et minéraux de développement, croisée avec celle des fiches Tunisie et chrome. Le croisement est neuf : aucune fiche ne porte les deux ensemble.
Une capacité dimensionnée sur une production qui n'est jamais venue
Les sources donnent une capacité de traitement de 3,4 millions de tonnes par an, une production tombée à 695 150 tonnes en 2010 après un déclin attribué à un défaut d'investissement et à une gestion défectueuse, et un objectif public affiché de 2,5 millions de tonnes par an.
Aucun des trois niveaux n'a été rejoint. La production de 2023 s'établit à 1,52 million de tonnes, soit 2,19 fois le creux de 2010, 61 % de l'objectif affiché et 44,7 % de la capacité installée — calculs de notre fait.
La fiche Tunisie avait établi la formule : une capacité aval supérieure à la production amont signifie qu'à pleine extraction, l'outil resterait sous-employé. Ici le rapport est de 2,24 entre capacité et production — la capacité vaut plus du double de ce qui est extrait.
Une nuance importante, et elle distingue ce cas du tunisien : il ne s'agit pas d'une capacité de transformation mais d'une capacité de traitement — lavage, séchage, calibrage du phosphate avant expédition. Elle ne franchit aucun maillon de la barre de valeur, et son sous-emploi ne coûte pas une valeur ajoutée manquée, seulement un capital immobilisé.
Trois divergences
Le poids est divisé par 3,2 en sept ans — calcul de notre fait. Sur la même période, la part dans les exportations passe de 13,54 % en 2021 à 17,5 % en 2022 : elle monte quand le poids dans le produit intérieur brut baisse.
Première divergence : le poids baisse et la part monte
Les deux mouvements ne se contredisent pas nécessairement. Un secteur peut peser une part croissante des exportations tout en représentant une fraction décroissante d'une économie qui croît plus vite que lui.
Mais l'ampleur pose question : un facteur 3,2 en sept ans sur le poids dans le produit intérieur brut est considérable pour un secteur dont la production physique a augmenté sur la même période.
Trois explications sont possibles et aucune n'est confirmée. Les trois mesures peuvent retenir des périmètres différents — extractif avec ou sans l'eau, minier seul ou avec les carrières. Ou le produit intérieur brut a été rebasé entre les deux dates. Ou les rapports successifs ne mesurent pas la même chose.
Cette dernière hypothèse est renforcée par la fiche Kenya, qui a établi que production minérale et valeur ajoutée des mines et carrières sont deux grandeurs distinctes pouvant évoluer en sens contraire dans une même publication officielle.
Cet observatoire publie les trois valeurs et ne tranche pas. C'est la dixième fois.
Deuxième divergence : cinquième producteur mondial, ou hors du premier vingt ?
| Source | Rang | Part des exportations |
|---|---|---|
| Encyclopédie générale | Cinquième producteur mondial de phosphates | plus de 40 % des recettes d'exportation |
| Analyse de filière | Dix-neuvième producteur de minerais au monde | 7,5 % en 2013 |
| Presse économique nationale | Hors du premier vingt mondial, après avoir figuré parmi les principaux producteurs à la fin du vingtième siècle | 13,54 % en 2021 · 17,5 % en 2022 |
L'écart sur la part des exportations va de 2,3 à 3,0 fois — calcul de notre fait. Et les rangs annoncés sont incompatibles : cinquième et hors du premier vingt ne peuvent décrire la même année.
Deux explications sont possibles. L'encyclopédie peut décrire une situation historique non datée — les sources s'accordent sur le fait que le pays a figuré parmi les principaux producteurs mondiaux à la fin du vingtième siècle. Ou la part de « plus de 40 % » porte sur les recettes d'exportation minières et non sur les exportations totales, ce qui la rendrait compatible avec les autres.
La seconde explication est la plus probable et cette fiche la retient comme hypothèse, sans l'établir. Elle illustre exactement la composante que la fiche Kenya a proposée : le périmètre retenu dans chaque grandeur publiée doit être déclaré, faute de quoi deux chiffres justes paraissent se contredire.
Troisième divergence : le prix implicite à l'exportation
Les 1 782 665 tonnes exportées en 2022 pour 157,6 milliards de francs CFA donnent un prix implicite de 88 407 francs CFA la tonne, soit de l'ordre de 135 à 141 dollars selon le taux de change retenu — calculs de notre fait.
Une source cite un prix de 173 dollars la tonne en janvier 2022. L'écart est de 18 à 22 %.
L'explication la plus simple est temporelle : un prix de janvier n'est pas un prix moyen annuel, et 2022 a été une année de forte volatilité sur les engrais. Cette fiche la retient et ne va pas plus loin.
Ce qu'elle en tire pour la méthode : c'est le troisième pays du corpus dont on peut déduire un prix unitaire à l'exportation, après l'Éthiopie sur l'or et le Kenya sur les minéraux titanés. Les trois déductions n'ont été possibles que parce qu'un tonnage et une valeur étaient publiés ensemble, ce qu'une minorité de nos fiches permet.
Indices et sources
Fiche rédigée sous les révisions de méthode en vigueur, jusqu'à la treizième incluse.
IAVM — grille de renseignement
Score IAVM : non calculé. Trois piliers sur dix en statut « à collecter ». Le pilier 09 est le mieux renseigné du corpus, la structure des recettes étant publiée poste par poste — ce qu'aucune autre fiche pays ne permet.
Application des révisions en vigueur
Trois états — l'unité d'engrais est au premier : études de faisabilité et partenariats à mettre en place, sans capacité ni calendrier publiés.
Constat 31 — un débouché intérieur est un amortisseur : établi sur un prix, il se vérifie ici sur un taux d'utilisation, 87,3 % contre 44,7 % dans le même pays.
Révision 13 — le tonnage n'est pas la valeur : un tonnage et une valeur publiés ensemble permettent la déduction d'un prix unitaire, troisième cas du corpus.
Révision 12 — la composante appariée est renseignable ici : le couple exportations / recettes publiques est calculable pour la première fois sur plusieurs postes. Elle est néanmoins marquée partielle, 11,55 % des contributions n'étant pas ventilés.
Règle du calcul publié — trois divergences sont publiées avec leurs explications possibles, sans arbitrage. La première est la dixième occurrence du corpus.
Méthode complète : Les dix-sept instruments.
Sources de cette fiche
Rang 2Rapports nationaux de transparence extractive, exercices 2015, 2021, 2022 et 2023, cités par la presse économique — production minière de 2023 dominée par trois substances : phosphates 1,52 million de tonnes, calcaire 2,94 millions, clinker 1,31 million ; secteur extractif ayant généré 124,25 milliards de francs CFA en 2023, dont 123,18 milliards pour le seul minier, le solde revenant au secteur de l'eau ; structure des contributions : redevances minières 37,98 % pour 43,5 milliards, droits et taxes douaniers 23,34 %, impôt sur les sociétés 18,58 %, dividendes 8,55 % ; 1 782 665 tonnes de phosphate exportées en 2022 pour 157,6 milliards de francs CFA ; secteur minier représentant 1,15 % du produit intérieur brut et 17,5 % des exportations totales en 2022 ; secteur extractif représentant 13,54 % des exportations, 1,41 % du produit intérieur brut et 2,54 % des revenus de l'État en 2021 ; pour l'exercice 2015, 17,910 milliards de contributions dont 13,208 milliards pour les mines, un peu plus de 2 % des recettes totales de l'État et environ 3,7 % du produit intérieur brut.
Rang 3Organisation de la société civile — phosphate, fer et clinker extraits et directement exportés bruts pour être transformés à l'extérieur ; phosphate brut exporté constituant le principal ingrédient de la fabrication des engrais ; l'engrais n'étant pas fabriqué dans le pays, celui-ci doit l'acheter auprès des clients qui lui achètent le phosphate brut, à 173 dollars la tonne en janvier 2022, puis l'État le subventionne avec ses recettes budgétaires pour qu'il soit abordable ; production de phosphates passée de 1,3 million de tonnes en 2020 à 1,45 million en 2021 ; question posée sur l'affectation budgétaire des recettes d'exportation, au nom d'une loi de 2014 portant code de transparence dans la gestion des finances publiques.
Rang 4Presse économique nationale, portail gouvernemental et encyclopédie, 2017 à 2026 — projet d'unité locale de production d'engrais phosphatés, démarches confirmées en mars 2025 avec études de faisabilité et partenariats public-privé ; partenariat cité avec un opérateur phosphatier d'Afrique du Nord pour produire des engrais sur place ; efforts de renforcement de la production de ciment s'appuyant sur le clinker et le calcaire afin de réduire la dépendance aux importations ; usine de clinker mise en service en 2015, d'une capacité de 5 000 tonnes par jour soit 1,5 million par an ; usine de traitement du phosphate adossée à un quai d'embarquement de 1 200 mètres, d'une capacité de 3,4 millions de tonnes par an ; production tombée à 695 150 tonnes en 2010 après un déclin attribué à un défaut d'investissement et à une gestion défectueuse, société publique créée avec un objectif de 2,5 millions de tonnes par an ; pays décrit comme cinquième producteur mondial de phosphates avec plus de 40 % des recettes d'exportation par une encyclopédie, comme dix-neuvième producteur de minerais par une analyse de filière, et comme hors du premier vingt mondial par la presse économique ; production de 1,2 million de tonnes en 2013 représentant 7,5 % des exportations ; processus de modification du code minier engagé pour améliorer les recettes de l'État.
NoteLe montant de la subvention publique à l'engrais importé, le volume importé et son prix n'apparaissent dans aucune source consultée : le circuit est établi, son coût ne l'est pas. Les trois mesures du poids dans le produit intérieur brut — 3,7 %, 1,41 % et 1,15 % — sont publiées ensemble sans arbitrage, trois explications étant proposées. Les rangs mondiaux annoncés sont incompatibles entre eux ; deux explications sont proposées, dont une retenue comme hypothèse et non établie. L'écart de 18 à 22 % entre le prix implicite déduit et le prix cité est attribué à la différence entre un prix de janvier et un prix moyen annuel, sans que la fiche aille plus loin. 11,55 % des contributions publiées ne sont pas ventilés. Aucun effectif, aucune part d'achats locaux, aucun prix d'énergie n'apparaissent dans les sources. Aucune personne physique n'est nommée, et aucune entreprise n'est désignée, conformément à la charte.
Calculs de notre fait
| Calcul | Résultat | Opération |
|---|---|---|
| Taux d'utilisation de l'usine de clinker | 87,3 % | 1,31 ÷ 1,5 Mt |
| Taux d'utilisation de l'usine de traitement | 44,7 % | 1,52 ÷ 3,4 Mt |
| Écart entre les deux | 42,6 points | même pays, même exercice |
| Capacité rapportée à la production | ×2,24 | 3,4 ÷ 1,52 Mt |
| Production rapportée au creux de 2010 | ×2,19 | 1,52 Mt ÷ 695 150 t |
| Production rapportée à l'objectif public | 61 % | 1,52 ÷ 2,5 Mt |
| Prix implicite à l'exportation, 2022 | 88 407 FCFA/t soit 135 à 141 $/t | 157,6 Md ÷ 1 782 665 t |
| Écart au prix cité de janvier 2022 | −18 à −22 % | contre 173 $/t |
| Recul du poids dans le PIB | ÷3,2 | 3,7 % en 2015 contre 1,15 % en 2022 |
| Part du minier dans l'extractif | 99,1 % | 123,18 ÷ 124,25 Md FCFA |
| Contributions non ventilées | 11,55 % | 100 − (37,98 + 23,34 + 18,58 + 8,55) |
Propositions pour la consolidation
| Pièce | Portée |
|---|---|
| Gabarit pays, composante nouvelle | Subvention publique versée sur un produit transformé importé issu d'une matière première nationale exportée. Pendant budgétaire de la barre de valeur. L'État paie deux fois — la valeur ajoutée non captée, puis la subvention — et aucun de nos dix piliers n'enregistre le second paiement |
| Constat 31, vérifié sur un taux | Un débouché intérieur est un amortisseur : établi sur un prix, il se vérifie sur un taux d'utilisation. 87,3 % pour un produit consommé sur place, 44,7 % pour un produit exporté brut, même pays et même exercice |
| Gabarit, croisement neuf | Taux d'utilisation d'une capacité, rapporté à la part de sa production consommée sur le territoire. Les deux composantes existent séparément ; aucune fiche ne les porte ensemble. Sur les six taux mesurés par ce programme, le seul dépassant 60 % est celui dont le produit ne sort pas du pays — régularité proposée à la vérification, non généralisée |
| Distinction de gabarit | Capacité de traitement et capacité de transformation ne se comptent pas ensemble. La première — lavage, séchage, calibrage — ne franchit aucun maillon de la barre ; son sous-emploi coûte un capital immobilisé, non une valeur ajoutée manquée |
| Composante Kenya, illustrée | Le périmètre retenu dans chaque grandeur publiée doit être déclaré : faute de quoi deux chiffres justes paraissent se contredire — « plus de 40 % » et « 17,5 % » des exportations sont peut-être tous deux exacts sur des périmètres différents |