Quarante pour cent
La révision issue de la fiche Nigeria distingue trois états : annoncé, installé, alimenté. La Tunisie en donne le cas limite, et le premier chiffré.
Le taux d'activité global du complexe ne dépasse pas 40 %. La consommation annuelle de phosphate du transformateur est d'environ 2 millions de tonnes, soit 30,8 % de la capacité installée — calcul de notre fait. Les deux valeurs sont publiées ; leur écart n'est arbitré par aucune source.
Cinq maillons, et l'usine tourne
Environ 30 % du chiffre d'affaires réinvesti en continu. Chaîne tenue jusqu'à l'engrais spécialisé. Depuis 2022, le pays exporte plus d'engrais finis que de roche brute.
Extension en cours : deux lignes de 500 000 tonnes achevées, deux d'un million en équipement.
Sept unités, et elles tournent à 40 %
Acide phosphorique, triple superphosphate, phosphate monoammonique, ammonitrate : l'aval que ce programme réclame partout existe.
Une usine est arrêtée depuis 2020 et figure parmi les priorités de relance. Les deux entreprises publiques font face à de graves tensions de liquidités qui limitent leur capacité d'investissement.
Le programme a toujours mesuré l'absence d'aval. Voici l'aval sous-employé
Vingt-trois fiches pays documentent des chaînes qui s'arrêtent trop tôt. Le Nigeria a montré la configuration inverse — des usines inaugurées sans mine pour les alimenter. La Tunisie montre la troisième : l'usine existe, la mine existe, et l'ensemble tourne à 40 %.
Le rapport est arithmétique : la capacité aval de 6,5 millions de tonnes représente 1,67 fois la production amont de 3,9 millions de tonnes en 2025 — calcul de notre fait. Même à pleine production minière, l'outil de transformation resterait sous-employé de moitié.
Ce que cela impose au pilier 03. La révision issue du Nigeria demandait de distinguer capacité annoncée, installée et alimentée. La Tunisie établit que la troisième valeur doit être un pourcentage, non un état binaire : une capacité alimentée à 40 % n'est pas une capacité alimentée.
C'est aussi la première fois que le programme dispose d'un taux d'utilisation publié pour un outil de transformation minière africain. La revue de statut ouverte après la fiche manganèse — où une production de métal s'était arrêtée en 2020 — trouve ici sa mesure.
Ce que vaut l'aval
La Tunisie fournit au passage la démonstration la plus nette du programme sur l'intérêt de la transformation.
| Exportations liées au phosphate, 2023 | Part | Valeur |
|---|---|---|
| Produits transformés — acide, engrais | 96 % | ~666 M$ — calcul de notre fait |
| Phosphate brut | 4 % | ~28 M$ — calcul de notre fait |
| Total | 100 % | ~694 M$ |
| Rapport | ×24 en faveur du transformé | |
Vingt-quatre fois, et c'est le chiffre le plus utile de cette fiche
Le phosphate brut ne représente que 4 % des recettes d'exportation liées au phosphate. Autrement dit : pour un pays de cette taille, la totalité de la valeur exportable est dans l'aval.
Ce chiffre vaut mieux que les nôtres. La fiche phosphates n'a pas pu calculer la valeur ajoutée de cette filière, faute de prix publié pour la roche : elle a établi le facteur de matière — 1,35 à 1,64 tonne de roche par tonne d'engrais — sans pouvoir le convertir en valeur.
La Tunisie contourne le problème. Elle ne publie pas un prix, elle publie une répartition de recettes réelles, ce qui intègre les prix, les volumes et les qualités sans qu'on ait à les connaître.
Composante proposée au gabarit : répartition des recettes d'exportation d'une filière entre produit brut et produits transformés. Elle est plus simple à obtenir qu'une valeur ajoutée par tonne, et elle répond à la même question. Elle n'est renseignée sur aucune fiche.
Et elle donne à la sous-utilisation son enjeu. Soixante pour cent d'une capacité inutilisée dans un outil dont la production vaut vingt-quatre fois la matière première n'est pas une perte industrielle marginale : c'est la principale perte du secteur.
Une comparaison à ne pas faire
Une source de presse titre que le Maroc aurait choisi l'investissement quand la Tunisie aurait choisi autre chose. Cet observatoire ne reprend pas cette appréciation, qui relève du débat politique national et non d'une donnée.
Ce qu'il retient est vérifiable et suffit : l'opérateur marocain réinvestit environ 30 % de son chiffre d'affaires trimestriel ; les deux entreprises publiques tunisiennes sont décrites comme confrontées à de graves tensions de liquidités limitant leur capacité d'investissement.
C'est le constat 22 appliqué : un véhicule public à double mandat sert le mandat le plus pressant. La fiche Mauritanie l'a établi sur le fer, avec un opérateur décrit comme la « boîte à outils » finançant infrastructure, santé et assurance. La part du chiffre d'affaires réinvestie reste la grandeur qui trancherait, et elle n'est publiée que pour un opérateur public africain sur six.
Les trois freins
Les sources nomment explicitement ce qui bloque. Les trois obstacles sont documentés ailleurs dans ce programme.
| Frein | Constat tunisien | Où le programme l'a déjà rencontré |
|---|---|---|
| L'eau | Le manque de ressources en eau destinées au lavage du phosphate figure parmi les principaux obstacles à l'activité | Quatrième occurrence de l'intrant eau : dessalement marocain, conduite de 30 km depuis la mer Rouge en Égypte, production d'eau intégrée au complexe malgache |
| Le transport | Problèmes de transport ; mesures urgentes demandées pour sécuriser l'acheminement par camions sur un axe et renforcer le transport ferroviaire | La fiche cobalt établit que la logistique contraint plus que la réglementation : moins de la moitié d'un quota congolais rempli faute d'évacuation |
| L'intrant soufre | Environ 600 000 tonnes de soufre consommées par an, et des difficultés d'approvisionnement en matières premières | Constat 13 : remonter la chaîne déplace la dépendance vers les intrants. Le cas marocain de février 2026 en est la démonstration |
| Le capital | Graves tensions de liquidités ; vieillissement d'une partie des équipements et difficultés des installations de lavage | Constat 22 : un véhicule public à double mandat sert le mandat le plus pressant |
Quatre obstacles, et aucun n'est géologique
Le pays détient environ 3,4 % des réserves mondiales de phosphate. La ressource n'est pas en cause, et aucune source ne la met en cause.
Les quatre freins nommés sont l'eau, le transport, un intrant importé et le capital. Ce sont exactement les quatre catégories que ce programme a identifiées, une par une, dans quatre pièces différentes — et c'est la première fois qu'elles se présentent ensemble sur un même dossier.
Ce que cela dit à l'ensemble du corpus. Nos vingt-quatre fiches pays discutent principalement d'instruments : interdictions, redevances, participations, retraits de titres. Aucun des quatre freins tunisiens ne relève d'un instrument. Aucune des sept familles ne les traite, parce qu'elles décrivent toutes ce qu'un État décide, et non ce dont une usine a besoin.
Le constat 13 avait ouvert cette brèche en établissant qu'aucun de nos instruments ne porte sur la sécurisation des intrants. La Tunisie l'élargit : la contrainte d'exploitation est un domaine entier que la typologie ne couvre pas. C'est une limite à porter, au même titre que les trois déjà reconnues.
Le plan de relance, et ce qui le rendra vérifiable
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Production 2024 | 3,04 Mt |
| Production 2025 | 3,9 Mt, soit +28,3 % — calcul de notre fait |
| Capacité attendue 2026 | ~4,5 Mt, soit +15,4 % sur 2025 |
| Objectif 2035 | 9,4 Mt de phosphate marchand, soit ×2,41 sur 2025 en dix ans |
| Investissement annoncé | 2 700 millions de dinars, soit ~491 millions de dinars par million de tonnes ajoutée — calcul de notre fait |
| Priorités déclarées | Finalisation d'une usine arrêtée depuis 2020, réhabilitation environnementale de trois sites, infrastructures de transport, extension du stockage et de l'exportation |
La progression de 2025 est réelle et notable — près de 30 % en un exercice. Elle porte cependant sur l'amont : aucune source ne publie l'évolution du taux d'activité du complexe de transformation, qui est la grandeur en cause.
Point de contrôle datable : taux d'activité du complexe à fin 2027, et production effective rapportée à l'objectif intermédiaire de 4,5 millions de tonnes. Le second se vérifiera ; le premier ne se vérifiera que s'il est publié, et c'est la demande la plus utile que cette fiche puisse formuler.
Indices et sources
Fiche rédigée sous les révisions de méthode en vigueur, jusqu'à la douzième incluse.
IAVM — grille de renseignement
Score IAVM : non calculé. Un seul pilier sur dix en statut « à collecter ». Le pilier 06 y est renseigné pour la première fois du programme par ses intrants plutôt que par son énergie : soufre et eau, l'un et l'autre chiffrés ou nommés comme contraintes.
Application des révisions en vigueur
Révision 08 — trois états. La Tunisie établit que le troisième doit être un pourcentage et non un état binaire : une capacité alimentée à 40 % n'est pas une capacité alimentée. Composante à préciser.
Constat 13 — la dépendance d'intrant est ici double : soufre importé et eau insuffisante.
Révision 12 — la composante appariée est marquée non calculable, avec son motif. Quatrième fiche à l'appliquer.
Composante proposée par cette fiche : répartition des recettes d'exportation d'une filière entre produit brut et produits transformés. Plus simple à obtenir qu'une valeur ajoutée par tonne, et répondant à la même question.
Méthode complète : Les dix-sept instruments.
Sources de cette fiche
Rang 1Audition des deux entreprises publiques devant une commission parlementaire, 18 juin 2026 — stratégie intégrée visant 9,4 millions de tonnes de phosphate marchand à l'horizon 2035 pour 2 700 millions de dinars ; capacité de production attendue à environ 4,5 millions de tonnes en 2026 ; problèmes de transport et manque de ressources en eau destinées au lavage désignés comme obstacles principaux ; sept unités de production spécialisées ; difficultés d'approvisionnement en matières premières, manque de liquidités et alourdissement des charges d'exploitation ; mesures urgentes demandées, dont lignes de financement, rééchelonnement des dettes et sécurisation du transport.
Rang 1Communication du groupe de transformation, mars 2026 — taux d'activité global du complexe ne dépassant pas 40 % ; consommation annuelle de phosphate d'environ 2 millions de tonnes et stock d'environ 600 000 tonnes ; consommation annuelle de soufre d'environ 600 000 tonnes ; finalisation d'une usine arrêtée depuis 2020 et réhabilitation environnementale de trois sites parmi les priorités ; lancement du plan de développement 2026-2030.
Rang 2Banque européenne pour la reconstruction et le développement, citée — exportations tunisiennes de produits phosphatés d'environ 694 millions de dollars en 2023, le phosphate brut ne représentant que 4 % des recettes d'exportation liées au phosphate ; environ 3,4 % des réserves mondiales ; vieillissement d'une partie des équipements et difficultés des installations de lavage. Étude stratégique sectorielle du ministère chargé des mines — fusion de 1994 créant le groupe de transformation, capacité de 6,5 millions de tonnes par an, historique des unités depuis 1972.
Rang 4Presse économique tunisienne, mars à juillet 2026 — production de la compagnie minière d'environ 3,04 millions de tonnes en 2024 et 3,9 millions en 2025 ; ressources annoncées de 166,6 millions de tonnes sur un nouveau gisement ; recommandation parlementaire de mesures exceptionnelles et urgentes.
NoteLe taux d'activité de 40 % et la consommation de 2 millions de tonnes impliquent des taux d'utilisation différents — 40 % et 30,8 % — que les sources n'arbitrent pas ; les deux sont publiés. Aucun taux d'activité par unité, aucune recette publique, aucune part réinvestie n'apparaissent dans les sources consultées. Une appréciation de presse comparant les choix tunisiens et marocains n'est pas reprise, comme relevant du débat politique national. Aucune personne physique n'est nommée, et aucune entreprise n'est désignée, conformément à la charte.
Calculs de notre fait
| Calcul | Résultat | Opération |
|---|---|---|
| Utilisation impliquée par la consommation | 30,8 % | 2 ÷ 6,5 |
| Capacité aval rapportée à la production amont | ×1,67 | 6,5 ÷ 3,9 |
| Recettes d'exportation du transformé | ~666 M$ | 694 × 96 % |
| Recettes d'exportation du brut | ~28 M$ | 694 × 4 % |
| Rapport transformé / brut | ×24 | 96 ÷ 4 |
| Progression de la production amont | +28,3 % | 3,9 ÷ 3,04 |
| Objectif intermédiaire 2026 | +15,4 % | 4,5 ÷ 3,9 |
| Objectif 2035 | ×2,41 | 9,4 ÷ 3,9 |
| Coût unitaire de l'extension annoncée | ~491 M de dinars par Mt | 2 700 ÷ 5,5 |
Propositions pour la consolidation
| Pièce | Portée |
|---|---|
| Révision 08, à préciser | Le troisième état — alimenté — doit être un pourcentage et non un état binaire. Une capacité alimentée à 40 % n'est pas une capacité alimentée. Premier taux d'utilisation publié pour un outil de transformation minière africain |
| Limite à reconnaître | Les quatre freins tunisiens — eau, transport, intrant importé, capital — ne relèvent d'aucun instrument. Nos sept familles décrivent ce qu'un État décide, non ce dont une usine a besoin. C'est un domaine entier que la typologie ne couvre pas, et ce serait la quatrième limite reconnue de l'indice |
| Gabarit substance et pays | Répartition des recettes d'exportation entre produit brut et produits transformés. Plus simple à obtenir qu'une valeur ajoutée par tonne, elle intègre prix, volumes et qualités sans qu'on ait à les connaître. Ici : 4 % contre 96 % |
| Base Fiscalité et famille D | La part du chiffre d'affaires réinvestie reste la grandeur décisive ; elle n'est publiée que pour un opérateur public africain sur six |