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Fiche substance 19 · Pièce 60 · Intrants agricoles · Édition du 8 septembre 2026

Potasse

Un intrant que l'Afrique possède et importe. Une filière à l'arrêt depuis cinquante ans. Et le premier régime fiscal complet dont ce programme dispose.

0
réserve de potasse en Afrique de l'Ouest, région agricole
50 ans
d'arrêt de la filière chez le producteur historique
11,25 %
taux moyen d'impôt sur trente ans, contre 15 % nominal
3 %
de redevance, contre une médiane africaine de 5 % sur l'or
+31 %
prix des engrais attendus en 2026
45 M
personnes de plus menacées d'insécurité alimentaire aiguë

Posséder et importer

Le constat 29 établit que la valeur peut être captée en Afrique sans que l'indice du producteur le voie. La potasse en donne la version la plus lourde, et elle ne porte pas sur une rente : elle porte sur la sécurité alimentaire.

Ce que le continent détient

Cinq pays porteurs de réserves

Congo, Éthiopie, Érythrée, Égypte, Maroc. Un gisement congolais permissionné en 2026 porte à lui seul sur 325 millions de tonnes, et un autre vise 2,2 millions de tonnes par an.

L'Érythrée détient d'importantes réserves dans une dépression du nord-est du continent.

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Ce que le continent achète

L'Afrique de l'Ouest n'a aucune réserve

Une fondation spécialisée établit que les réserves de potasse sont inexistantes en Afrique de l'Ouest, région dont la sécurité alimentaire dépend de cet intrant.

Elle relève que les fournisseurs mondiaux majeurs restent limités, et qu'investir dans des alternatives locales y est complexe faute de réserves exploitables.

Le seul minerai du corpus dont le prix se traduit en insécurité alimentaire

Une institution financière internationale anticipe une hausse de 31 % des prix des engrais en 2026, tirée par une envolée de 60 % de l'urée, et note qu'ils n'auront jamais été aussi peu abordables depuis 2022, érodant les revenus des agriculteurs.

Une organisation des Nations unies estime que ces difficultés d'approvisionnement pourraient plonger jusqu'à 45 millions de personnes supplémentaires en insécurité alimentaire aiguë sur l'année.

Ce programme mesure d'ordinaire l'effet d'un prix sur un budget public. Le Botswana a perdu sa note souveraine, la Sierra Leone plus de 20 % de produit intérieur brut. Ici l'effet ne passe pas par le budget mais par le champ.

Conséquence pour notre grille : le pilier 10 mesure l'effet d'entraînement d'un secteur minier sur l'économie qui l'exploite. Aucun pilier ne mesure l'effet d'un minerai sur l'économie qui l'achète. Pour vingt-deux de nos vingt-quatre substances, cette asymétrie est sans conséquence — l'acheteur est ailleurs. Pour la potasse, l'acheteur est le voisin.

Le constat 29 s'applique donc en sens inverse. Il établissait qu'une valeur captée en Afrique échappe à l'indice du producteur. Ici, c'est un coût supporté en Afrique qui échappe à l'indice de tout le monde : ni le pays qui détient les réserves, ni celui qui achète l'engrais n'ont de ligne pour l'enregistrer.

Composante proposée : destination régionale de la production, et part des importations africaines de la substance couverte par la production africaine. Elle prolonge le chantier des flux intra-africains ouvert par la fiche Cameroun, en y ajoutant le cas où le flux n'existe pas encore.

Deux réponses annoncées, et elles ne portent pas sur la même chose

Une plateforme régionale de fertilisants est envisagée autour d'un port congolais : un responsable d'une commission économique des Nations unies estime que cette ville peut devenir une plateforme de production pour la région et pour le continent, en s'appuyant sur la valorisation de la filière nationale pétrolière et gazière. Le pays a retenu six axes de diversification dans son plan national 2022-2026.

Une usine d'urée de trois millions de tonnes par an est en chantier en Éthiopie, annoncée en août 2025 et présentée par les autorités du pays comme devant figurer parmi les cinq plus grands complexes mondiaux d'urée. Le pays dépendait jusqu'ici des importations du Golfe et de Russie.

La distinction est technique et elle est décisive. L'urée est un engrais azoté, produit à partir de gaz naturel. La potasse est un engrais potassique, produit à partir d'un minerai. Une usine d'urée ne réduit en rien la dépendance à la potasse, et cette fiche ne les additionne pas.

Le constat 13 s'applique une nouvelle fois : la sécurité d'approvisionnement se joue intrant par intrant. Un pays peut devenir autonome en azote et rester entièrement dépendant en potassium.

Le régime complet

La base Fiscalité comparée cherche depuis sa création un régime publié dans son intégralité, avec ses exonérations. Ce dossier en fournit un.

Impôt sur les sociétés applicable au projet, sur une convention de trente ans
Années 1 à 5 exonération totale
0 %
Années 6 à 10 taux réduit
7,5 %
Années 11 à 30 taux normal
15 %

Taux moyen sur les trente ans : 11,25 % — calcul de notre fait, contre 15 % nominal. L'échelonnement représente un abattement effectif de 25 % de l'impôt théorique sur la durée de la convention.

Le premier régime dont ce programme puisse calculer le coût

La base Fiscalité comparée pose trois réserves à ses propres mesures. La deuxième est que les conventions d'établissement, exonérations d'amortissement et clauses de stabilisation peuvent faire diverger fortement deux mines d'une même juridiction — et que ces conventions ne sont pas publiées.

Celle-ci l'est, dans ses trois composantes : participation gratuite de l'État à 10 %, redevance de 3 % de la valeur marchande de la production, et impôt sur les sociétés échelonné sur trente ans.

Deux repères que le programme peut désormais poser. La série 03 établit une médiane africaine de redevance de 5 % sur l'or, treize pays sur dix-huit ayant relevé leur taux entre 2008 et 2018 : les 3 % retenus ici sont inférieurs de deux points. Et la participation de 10 % place ce projet au bas de l'échelle du corpus, où le Burkina Faso exige 30 % et la Tanzanie 16 %.

L'observatoire ne juge pas ce régime. Une potasse n'est pas un or : la marge unitaire, l'intensité capitalistique et le risque de marché diffèrent, et un investissement de plus de deux milliards de dollars dans une filière arrêtée depuis un demi-siècle ne se compare pas à l'extension d'une mine d'or en production.

Il relève ce que personne d'autre ne publie : le coût du régime. Aucune source ne l'exprime en montant, et aucune estimation officielle des recettes minières totales attendues par l'État n'est disponible. Le taux moyen de 11,25 % est donc la seule mesure disponible de ce que l'incitation représente, et elle est publiée comme telle.

Un point de méthode que ce cas impose

Nos vingt-huit fiches pays renseignent le pilier 09 — captation publique effective — avec des taux nominaux quand ils existent : 30 % au Burkina Faso, 16 % en Tanzanie, 15 % en Guinée et en Ouganda, 10 % au Cameroun.

Ce dossier montre que le taux nominal peut être défait par un calendrier. Une participation de 10 % porte sur un résultat après impôt ; un impôt nul pendant cinq ans augmente ce résultat, puis un impôt plein le réduit. Les deux instruments interagissent, et aucune de nos fiches ne le traite.

C'est le constat 18 étendu : il établissait qu'un taux nominal ne dit presque rien du prélèvement réel. Il faut y ajouter que le prélèvement réel varie dans le temps selon un calendrier négocié, et que la moyenne sur la durée de la convention est la seule grandeur comparable.

Composante proposée : durée de la convention, calendrier d'exonération, et taux moyen d'imposition sur la durée. Elle est calculable dès que la convention est publiée — et celle-ci l'est.

Cinquante ans

1977
Arrêt de la filière

L'exploitation industrielle de potasse cesse chez le producteur historique du continent central.

2018
Reprise du chantier

Un chantier est lancé sur un gisement, quarante et un ans après l'arrêt. Une convention minière est signée la même année sur un second projet, pour une durée de trente ans.

2020
Interruption

Le chantier est interrompu pour difficultés financières.

2023
Reprise

Les travaux redémarrent après trois ans d'arrêt.

27 février 2025
Étude de faisabilité actualisée

Le coût total de construction du second projet est évalué à 2,07 milliards de dollars, dont 1,9 milliard — soit 91,8 %, calcul de notre fait — au titre d'un contrat d'ingénierie, d'approvisionnement et de construction confié à un groupe étranger, sur un calendrier de 43 mois à compter de janvier 2026.

2026-2027
Essais puis exploitation

Premiers essais de production attendus fin 2026, exploitation commerciale visée au premier trimestre 2027 — cinquante ans après l'arrêt, calcul de notre fait. Un troisième gisement de 325 millions de tonnes est permissionné en 2026.

L'interruption la plus longue du corpus, et elle est d'une autre nature que les précédentes

CasDuréeNature
Potasse, Afrique centrale50 ansFilière arrêtée puis reprise : l'activité a existé, a cessé, et redémarre
Fer, Algérie74 ansLatence entre découverte et exploitation : l'activité n'a jamais commencé
Cadastre, Madagascar16 ansGel délibéré de l'octroi de titres
Permis, Égypte15 ansInertie réglementaire, moratoire de fait non décidé

Les trois autres décrivent quelque chose qui n'a pas eu lieu. Celui-ci décrit quelque chose qui a eu lieu, qui a cessé, et qui recommence. C'est une cinquième figure, et la seule qui soit réversible par nature.

Ce que le dossier permet d'établir sur la reprise : elle est très capitalistique — plus de deux milliards de dollars pour 2,2 millions de tonnes annuelles, soit environ 941 dollars par tonne de capacité, calcul de notre fait — et elle a elle-même été interrompue trois ans pour raisons financières.

À titre de repère, et sans conclusion : l'extension de fer mauritanienne coûte de l'ordre de 191 millions d'euros par million de tonnes, soit environ 191 euros la tonne de capacité ; l'extension phosphatière tunisienne environ 491 millions de dinars par million de tonnes. Les substances, les procédés et les monnaies diffèrent : ces valeurs ne se comparent pas et sont données pour situer un ordre de grandeur.

Ce que cette fiche ne peut pas établir

Aucune production africaine de potasse n'est en cours à la date de cette fiche. Les trois projets congolais sont respectivement en essais, en construction et au stade du permis ; les réserves éthiopiennes, érythréennes, égyptiennes et marocaines ne sont pas documentées en production par les sources consultées.

Manquent également : le volume des importations africaines de potasse, leur valeur, leur origine, et toute estimation officielle des recettes minières attendues par l'État concédant.

La barre de valeur n'est donc pas publiée : on ne trace pas une chaîne dont le premier maillon n'existe pas encore. C'est la deuxième fiche substance du programme dans ce cas, après celle des minéraux de développement, et pour une raison inverse — là il manquait la mesure, ici il manque la production.

Point de contrôle datable : première tonne de potasse africaine commercialisée, et sa destination. Si elle part hors du continent alors que l'Afrique de l'Ouest importe, le constat 29 aura trouvé son illustration la plus nette.

Sources et calculs

Rang 2Fondation spécialisée sur l'agriculture — réserves de potasse inexistantes en Afrique de l'Ouest, région dont la sécurité alimentaire dépend de cet intrant ; présence de réserves au Congo, en Éthiopie, en Érythrée, en Égypte et au Maroc ; nombre limité de fournisseurs mondiaux majeurs et difficulté de prévoir les prix ; complexité d'investir dans des alternatives locales faute de réserves exploitables dans la région. Institution financière internationale, citée — hausse attendue de 31 % des prix des engrais en 2026, tirée par une envolée de 60 % de l'urée, engrais jamais aussi peu abordables depuis 2022. Organisation des Nations unies, citée — jusqu'à 45 millions de personnes supplémentaires susceptibles d'être plongées en insécurité alimentaire aiguë.

Rang 2Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, citée — appréciation selon laquelle une ville portuaire congolaise peut devenir une plateforme de production de fertilisants pour la région et le continent, en s'appuyant sur la valorisation de la filière pétrolière et gazière nationale ; six axes de diversification retenus dans le plan national de développement 2022-2026.

Rang 4Presse économique spécialisée, 2025 et 2026 — convention minière signée en 2018 pour trente ans, prévoyant une participation de l'État à 10 % du capital du projet, une redevance de 3 % sur la valeur marchande de la production, et une exonération d'impôt sur les sociétés pendant les cinq premières années de production, puis un taux de 7,5 % pendant cinq ans, puis le taux normal de 15 % ; absence d'estimation officielle des recettes minières totales pour l'État ; mise à jour de l'étude de faisabilité du 27 février 2025 évaluant le coût total de construction à 2,07 milliards de dollars, dont 1,9 milliard au titre d'un contrat d'ingénierie, d'approvisionnement et de construction sur 43 mois à compter de janvier 2026 ; production moyenne visée de 2,2 millions de tonnes par an ; permis accordé en 2026 sur un gisement de 325 millions de tonnes ; filière à l'arrêt depuis 1977, chantier lancé en 2018, interrompu en 2020 pour difficultés financières, repris en 2023, essais attendus fin 2026 et exploitation commerciale visée au premier trimestre 2027 ; usine d'engrais de trois millions de tonnes par an en chantier en Éthiopie, annoncée en août 2025, dépendance antérieure du pays aux importations du Golfe et de Russie ; réserves importantes de potasse dans une dépression du nord-est du continent.

NoteAucune production africaine de potasse n'est en cours à la date de cette fiche ; la barre de valeur n'est pas publiée pour cette raison. Aucun volume ni valeur d'importation africaine de potasse, aucune origine de ces importations, aucune estimation officielle de recettes publiques n'apparaissent dans les sources consultées. L'urée est un engrais azoté produit à partir de gaz et la potasse un engrais potassique produit à partir d'un minerai : les deux capacités ne sont pas additionnées. Aucune personne physique n'est nommée, et aucune entreprise n'est désignée, conformément à la charte.

Calculs de notre fait

CalculRésultatOpération
Taux moyen d'impôt sur la convention11,25 %(0×5 + 7,5×5 + 15×20) ÷ 30
Abattement effectif sur la durée−25,0 %11,25 ÷ 15
Durée de l'interruption de la filière50 ans2027 − 1977
Part du contrat d'ingénierie dans le coût total91,8 %1,9 ÷ 2,07 Md$
Coût unitaire de capacité~941 $/t2,07 Md$ ÷ 2,2 Mt/an — repère, non comparaison
Écart de redevance à la médiane africaine sur l'or−2 points3 % contre 5 % — substances différentes

Propositions pour la consolidation

PiècePortée
Constat 29, en sens inverseIl établissait qu'une valeur captée en Afrique échappe à l'indice du producteur. Ici c'est un coût supporté en Afrique qui échappe à l'indice de tout le monde : ni le pays qui détient les réserves ni celui qui achète l'engrais n'ont de ligne pour l'enregistrer. Aucun pilier ne mesure l'effet d'un minerai sur l'économie qui l'achète
Constat 18, à étendreUn taux nominal ne dit presque rien du prélèvement réel — et le prélèvement réel varie dans le temps selon un calendrier négocié. La moyenne sur la durée de la convention est la seule grandeur comparable : 11,25 % ici, contre 15 % affichés
Base Fiscalité comparéePremier régime publié dans son intégralité : participation, redevance et calendrier d'impôt. La deuxième réserve de cette base — les conventions ne sont pas publiées — est levée pour un projet
Gabarit pays et substanceDurée de la convention, calendrier d'exonération, taux moyen d'imposition sur la durée ; et destination régionale de la production, part des importations africaines couverte par la production africaine
Cinquième figure d'interruptionUne filière arrêtée puis reprise — cinquante ans — se distingue d'une latence, d'un gel et d'une inertie : c'est la seule qui soit réversible par nature