Deux courbes qui vont en sens contraire
C'est le fait le plus contre-intuitif du dossier énergétique africain, et l'un des mieux établis : le taux d'accès progresse chaque année, et le nombre de personnes privées d'électricité ne baisse pas.
La raison tient en une phrase : un taux est un rapport, et son dénominateur croît. Quand la population augmente de 2,5 % par an, il faut raccorder l'équivalent de la croissance démographique avant même de commencer à réduire le déficit existant. Tant que ce seuil n'est pas franchi, l'effort d'électrification est réel, mesurable, et absorbé en totalité.
Le seuil, en une formule
Le déficit absolu cesse de croître lorsque la progression annuelle du taux d'accès dépasse (1 − taux d'accès) × croissance ÷ (1 + croissance), exprimée en points de pourcentage.
Deux propriétés en découlent. Le seuil est d'autant plus élevé que le taux d'accès est bas : les pays les plus en retard doivent courir le plus vite. Et il ne dépend pas de la taille du pays — un État de cinq millions d'habitants et un État de deux cents millions affrontent le même seuil à taux et croissance identiques.
À 0,39 point par an, seuls les pays déjà très avancés progressent
Le rythme de progression de l'accès en Afrique subsaharienne est passé de 0,77 point par an à environ 0,39 point — une division par deux. Le rythme requis pour atteindre l'accès universel en 2030 est de 1,35 point par an.
Calcul de l'observatoire — publié ici pour la première fois
Au rythme constaté de 0,39 point par an et pour une croissance démographique de 2,5 %, le seuil de rattrapage n'est franchi que si le taux d'accès dépasse déjà environ 84 %.
Autrement dit : au rythme actuel, la quasi-totalité des pays africains voit son nombre absolu de non-desservis augmenter, y compris ceux dont le taux d'accès progresse. Ce n'est pas une défaillance de l'effort, c'est une propriété arithmétique — et elle explique pourquoi le déficit subsaharien se maintient autour de 563 millions de personnes alors que des millions de raccordements sont réalisés chaque année.
| Taux d'accès actuel | Seuil de rattrapage | Au rythme constaté de 0,39 point par an |
|---|---|---|
| 20 % | 1,95 point/an | Le déficit augmente fortement. |
| 40 % | 1,46 point/an | Le déficit augmente. |
| 60 % | 0,98 point/an | Le déficit augmente. |
| 80 % | 0,49 point/an | Le déficit augmente encore, de peu. |
| 84 % | 0,39 point/an | Point de bascule : le déficit se stabilise. |
| 90 % | 0,24 point/an | Le déficit diminue. |
La lecture politique de ce tableau est sévère et mérite d'être énoncée sans détour : un pays à 20 % d'accès devrait progresser cinq fois plus vite que le rythme continental constaté simplement pour que sa situation cesse de se dégrader en valeur absolue.
Le seuil, désormais observé et non plus estimé
L'extraction du jeu de données d'accès pour les 54 États, le 18 août 2026, permet de confronter ce calcul à la réalité de l'année 2024. Le résultat confirme le mécanisme et resserre le seuil.
- 29 États sur 54 ont vu leur nombre absolu de personnes non desservies diminuer, 19 l'ont vu augmenter, six sont restés stables.
- Douze États ont gagné des points de taux d'accès tout en comptant davantage de personnes non desservies. C'est exactement la configuration que ce seuil prédit, constatée sur données officielles.
- Aucun pays progressant de moins de 0,67 point n'a réduit son déficit absolu ; aucun progressant de plus de 2,63 points ne l'a vu augmenter. Le point de bascule réel se situe dans cette fourchette et varie selon la démographie de chaque pays.
La progression médiane des 54 États en 2024 a été de +1,79 point. Le rythme de 0,39 point que retient ce simulateur est une moyenne pondérée subsaharienne sur une période plus longue : les deux valeurs sont exactes et ne mesurent pas la même chose.
Où naissent les nouveaux venus, et pourquoi nous ne tranchons pas
Traduire le seuil en nombre de raccordements exige une hypothèse sur la répartition de la croissance démographique. Deux sont défendables, et l'écart entre elles est considérable.
- Hypothèse haute — les personnes qui s'ajoutent à la population sont toutes non desservies. C'est plausible là où la croissance est la plus forte dans les zones rurales et périurbaines les moins raccordées.
- Hypothèse basse — elles se répartissent selon le taux d'accès en vigueur. C'est plausible là où la croissance urbaine domine et où le réseau existant absorbe une partie des nouveaux ménages.
Pourquoi l'outil publie les deux
Aucune source ne permet de trancher, et la vérité varie d'un pays à l'autre. Retenir une hypothèse produirait un objectif de raccordement d'apparence précise reposant sur un choix invisible. L'écart entre les deux valeurs est lui-même une information : il mesure ce qu'on ignore quand on fixe une cible de raccordement.
Ce que cet outil ne fait pas
Il raisonne sur un an. Sur plusieurs années, le taux d'accès et la croissance démographique évoluent tous deux, et le seuil se déplace. Un pays qui franchit le seuil le voit ensuite s'abaisser, ce qui rend le rattrapage cumulatif — c'est la bonne nouvelle que l'outil ne montre pas.
Il confond raccordement et alimentation. L'écart entre les enquêtes ménages et les données administratives — 563 millions contre environ 600 millions de personnes sans accès — mesure précisément la différence entre être raccordé et être alimenté. Un raccordement compté n'est pas un service rendu, et une mesure homogène de la fiabilité n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026.
Il ne dit rien du coût. Le dernier décile est presque toujours le plus cher à raccorder : dispersion de l'habitat, distance au réseau, capacité de paiement. Le seuil est arithmétique, son franchissement ne l'est pas.
Il n'intègre pas les solutions décentralisées. Un raccordement au réseau et un système solaire domestique ne sont ni comptés de la même façon selon les sources, ni équivalents en service rendu.
Sources et journal
| Source | Millésime | Usage |
|---|---|---|
| Jeu de données annexe du rapport conjoint, indicateur 7.1.1 | Série 2000-2024, extraite le 18 août 2026 | Seuil observé sur les 54 États : 29 baisses, 19 hausses, douze cas de progression du taux avec déficit croissant ; bornes de 0,67 et 2,63 points ; progression médiane.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Base thématique consacrée à l'énergie et à l'accès | 2026 | Rythmes de 0,77 et 0,39 point par an ; déficit subsaharien ; écart entre enquêtes ménages et données administratives ; absence de mesure de fiabilité.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Rapport conjoint de suivi de l'objectif énergie | Édition de juin 2026, données 2024 | Rythme de 1,35 point par an requis pour l'accès universel en 2030 ; déficit mondial.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Composante accès de l'indice de transition verte | Données 2024 | Concentration du déficit et mécanisme démographique.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Date | Révision |
|---|---|
| 15 août 2026 | Première publication. Septième des vingt outils. Établit pour la première fois le seuil de rattrapage : au rythme constaté de 0,39 point par an et pour une croissance démographique de 2,5 %, seuls les pays dont le taux d'accès dépasse environ 84 % voient leur nombre absolu de non-desservis diminuer. Deux hypothèses de répartition de la croissance démographique publiées ensemble, aucune retenue. Les valeurs par défaut de la saisie sont des valeurs rondes d'illustration et ne se rapportent à aucun pays. Aucune donnée saisie n'est enregistrée ni transmise. |
| 18 août 2026 | Le seuil cesse d'être une estimation. Confrontation aux données d'accès des 54 États pour l'année 2024 : douze pays progressent en taux tout en voyant leur déficit absolu augmenter, ce que le calcul prédisait. Bornes empiriques du point de bascule établies entre +0,67 et +2,63 point par an. La formule n'est pas modifiée ; elle est vérifiée. |
