Initiatives AfricaObservatoire des Mines
Accueil · Observatoires spécialisés · Artisanat minier
Base thématique 05 · Pièce 28 · Observatoire spécialisé · Édition du 31 juillet 2026

Artisanat minier

Quatre instruments referment l'écart déclaratif, et ils fonctionnent. Mais aucune source ne publie ce que reçoit le creuseur — et cet observatoire, qui mesure la valeur captée par les États, n'a aucun indicateur pour la valeur captée par celui qui extrait.

45 M
de travailleurs dans le monde, dans plus de 80 pays
×3
en vingt ans
10 %
de la population de trois pays du Sahel en dépend
×14,6
production artisanale déclarée au Burkina Faso en un an
614 M$
de pertes annuelles estimées pour un seul pays
0
source publiant le prix payé au creuseur

L'échelle

Cet observatoire compte des tonnes et des dollars depuis vingt-sept pièces. Voici le premier décompte qui porte sur des personnes, et il change les ordres de grandeur du programme.

Emplois, échelle logarithmique implicite — comparaison de nature, non de degré
Artisanat minier mondial travailleurs directs, plus de 80 pays
45 000 000
Orpailleurs maliens estimation 2019
> 500 000
Mineurs artisanaux ivoiriens estimation 2016
~1 500 000
Emplois attendus, projet de nickel tanzanien investissement de 942 M$
~1 090
Emplois annoncés, projets de graphite mozambicains horizon 2030
~3 000

Quatre cent cinquante-neuf orpailleurs maliens pour un emploi industriel tanzanien

Le rapprochement est de notre fait et il est brutal : les 500 000 orpailleurs maliens estimés représentent 459 fois l'effectif attendu du projet de nickel de Kabanga, qui mobilise pourtant 942 millions de dollars et occupe une place centrale dans ce programme.

Le nombre de travailleurs directement impliqués dans les mines artisanales a triplé en vingt ans pour atteindre près de 45 millions dans le monde. Dans certains pays, plus de 10 % de la population dépend de ce secteur. Une organisation régionale ouest-africaine retient précisément ce chiffre pour le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

Au Mali, sur la base d'un ratio d'un orpailleur pour cinq personnes indirectement concernées, environ 2,5 millions de personnes vivent au moins en partie de cette activité — calcul repris des sources.

Ce que cela impose de reconnaître. Le pilier 04 de l'indice — contenu local en emplois qualifiés — compte les emplois industriels. Sur les seize fiches pays publiées, il est renseigné à partir de déclarations d'opérateurs. Il est structurellement aveugle à un secteur qui emploie trois ordres de grandeur de plus.

Une lecture qui a changé

Les sources notent que l'orpaillage a d'abord été perçu comme une menace, susceptible d'alimenter les conflits, avant qu'une lecture plus nuancée n'émerge : l'or offre des perspectives à des populations marginalisées et joue un rôle de soupape politique et sociale dans des régions instables.

L'observatoire ne tranche pas entre ces lectures. Il note qu'elles n'appellent pas les mêmes politiques : la première conduit à réprimer, la seconde à organiser. La fiche Côte d'Ivoire documente deux instruments répressifs ; la fiche Ghana un instrument d'organisation. Les deux pays partagent la même géologie.

Quatre instruments qui referment l'écart

Le programme en avait documenté deux. Deux autres apparaissent, et l'un d'eux produit le résultat le plus rapide jamais mesuré par cet observatoire.

PaysInstrumentDateEffet mesuré
GhanaGuichet d'achat public, monopole d'achat et d'exportation de l'or artisanaldepuis 2023104 t en 2025, ~11 Md$ de devises, +63 % sur un an ; l'artisanat dépasse pour la première fois les grandes mines
Burkina FasoCode minier imposant l'exploitation collective des sites artisanaux ; une vingtaine de coopératives créées18 juillet 20247,13 t déclarées en 2024 contre 0,49 t en 2023, soit ×14,6
TanzanieEnceinte physique autour d'un gisement de vingt kilomètres carrés2018Production et ventes déclarées en hausse ; aucun chiffrage publié
SénégalNumérisation de l'orpaillage : traçabilité de la production et contrôle des flux2026Programme engagé ; pertes visées estimées à plus de 614 M$ par an
MaliFeuille de route d'organisation et guichet unique2021Aucun effet publié ; la chambre professionnelle signale elle-même l'indisponibilité de données fiables

Le résultat le plus rapide du programme, et ce qu'il mesure vraiment

La production artisanale déclarée du Burkina Faso est passée de 0,49 tonne en 2023 à 7,13 tonnes en 2024 — un facteur 14,6, calcul de notre fait, dans l'année suivant une loi imposant l'exploitation collective des sites.

Ce chiffre ne mesure pas une hausse de production. Personne ne multiplie par quinze l'or extrait d'un territoire en douze mois. Il mesure le passage d'une production existante du circuit informel au circuit déclaré — exactement comme les 104 tonnes ghanéennes.

C'est d'ailleurs la démonstration la plus nette de la thèse posée par la série 01 : quand l'écart déclaratif se referme, le chiffre officiel bondit d'un facteur qui n'a aucun sens industriel. Un observateur non averti y verrait un miracle minier. C'est un miracle administratif.

Et un instrument nouveau pour la typologie : l'exploitation collective obligatoire. Ni guichet, ni mur, ni taxe — une obligation de forme juridique qui rend l'exploitant identifiable, donc déclarable. Coût documenté : aucun. Réserve sérieuse : les sources notent que le fonctionnement des coopératives reste timide, une seule étant décrite comme réellement en activité depuis février 2026.

Quatre voies pour un même problème

Le Ghana rend le circuit officiel plus attractif. La Tanzanie rend le circuit parallèle physiquement plus difficile. Le Burkina Faso rend l'exploitant identifiable. Le Sénégal rend le flux traçable.

Ce sont quatre logiques distinctes appliquées au même problème, dans quatre pays, en huit ans. Aucune source consultée ne les compare, ni en coût, ni en effet, ni en durée.

Le rapprochement de leurs coûts et de leurs résultats est probablement le travail le plus utile que cet observatoire puisse produire sur ce sujet, et il ne demande aucune enquête de terrain : les quatre dispositifs sont publics et trois d'entre eux ont publié des séries de production.

Le prix juste

C'est la question que cette base pose au reste du programme, et elle n'a de réponse dans aucune source.

Maillon 1
Le creuseurExtraction manuelle ou semi-mécanisée, sans équipement industriel lourd.reçoit : inconnu
Maillon 2
Le comptoirNégociant local. Consent des avances remboursées en minerai.marge : inconnue
Maillon 3
Le guichet ou l'exportateurAchat indexé sur les cotations internationales.décote : inconnue
Maillon 4
La raffinerieAffinage du doré en or fin.0,30 % — connu

Le seul maillon de cette chaîne dont la marge soit publiée est le dernier, établi par la fiche substance or : 0,30 % de la valeur de l'or fin. Les trois premiers, ceux qui décident du revenu de la personne qui extrait, ne le sont pas.

Une source le dit sans détour

Une analyse sectorielle consacrée à l'artisanat congolais formule le constat central : tant que les mineurs artisanaux recevront une fraction infime de la valeur mondiale de leur production, les incitations à s'inscrire dans des filières légales et certifiées resteront insuffisantes.

C'est une proposition testable, et elle renverse la logique des quatre instruments de l'onglet précédent. Ils visent tous à faire entrer la production dans le circuit officiel. Aucun ne porte sur ce que le creuseur y gagne.

Le Ghana indexe ses achats sur les fenêtres de cotation londoniennes — c'est une garantie de méthode remarquable. Mais l'observatoire n'a trouvé, dans aucune source, la décote appliquée entre cette référence et le prix effectivement versé à l'exploitant. C'est la donnée la plus citée et la plus manquante de tout le programme.

Le creusage à compte, obstacle que la formalisation ne touche pas

Les sources décrivent un mécanisme précis : beaucoup de creuseurs travaillent dans un système de creusage à compte, remboursant en minerai les avances consenties par les négociants.

Cette relation de dette lie le creuseur à son acheteur avant même que l'or ne sorte de terre. Un dispositif de formalisation qui change l'acheteur final sans toucher à cette relation ne change rien pour lui : il reste tenu de livrer à son créancier.

C'est une hypothèse, et l'observatoire la publie comme telle. Elle serait vérifiable par une seule question : dans les pays dotés d'un guichet public, quelle part de l'or déclaré y arrive-t-elle directement, et quelle part transite par un négociant ? Aucune source ne le dit.

Une piste qui existe et qu'aucun État du programme n'a empruntée

La même source désigne un levier : la responsabilité des acheteurs industriels, des fonderies et des entreprises technologiques, soumis à des exigences de diligence raisonnée croissantes.

Autrement dit : le prix payé au creuseur peut se négocier en aval, auprès d'acheteurs qui ont désormais une obligation de traçabilité. Aucun des seize pays documentés n'a publié de dispositif reliant l'obligation de diligence de l'acheteur au revenu de l'exploitant.

Ce qu'il en coûte

Un observatoire de la valeur captée doit aussi compter ce que cette valeur coûte. Les sources consultées documentent quatre catégories de risque.

CatégorieConstat documentéStatut
Mercure33 tonnes par an au Mali pour une production estimée à 26 tonnes d'or, soit 1,27 tonne de mercure par tonne d'or — calcul de notre fait. Intoxications rapportées en RD Congoà confirmer
SécuritéEffondrements de galeries ; maladies respiratoires liées à la poussière de silice ; absence d'équipements de protectionvérifié
Protection socialeNi assurance maladie, ni retraite, ni indemnisation en cas d'accidentvérifié
Travail des enfantsPratique rapportée comme normalisée sur un site nigérien ; neuf mineurs victimes de traite aux fins d'exploitation retirés d'un site par la gendarmerievérifié
Coût environnemental chiffréNon établi ; le Burkina Faso signale des risques de pollution liés à l'absence de formalisationà collecter

Le ratio mercure, seul indicateur environnemental chiffrable du programme

L'estimation malienne de 26 tonnes d'or artisanal repose précisément sur trois paramètres : le nombre de mineurs, le nombre de sites, et la quantité de mercure utilisée — 33 tonnes par an.

Ce rapport de 1,27 tonne de mercure par tonne d'or est reproductible partout où les deux grandeurs sont estimées. Il donne à la fois une mesure d'exposition sanitaire et environnementale, et une méthode d'estimation de la production non déclarée — puisque c'est ainsi que l'estimation a été construite.

C'est un indicateur rare : il fait le lien entre l'écart déclaratif que ce programme mesure et le coût humain qu'il ne mesurait pas. Porté en chantier, avec la réserve que les deux termes sont des estimations et que leur rapport hérite de leurs incertitudes.

Une réserve de méthode, et elle est sérieuse

Les faits de cet onglet sont rapportés par des sources sectorielles et journalistiques. L'observatoire les consigne parce que les taire donnerait de ce secteur une image fausse.

Mais il ne dispose ni de séries, ni de mesures systématiques, ni de contradictoire. Un fait rapporté sur un site n'est pas une caractéristique du secteur, et cet observatoire n'est pas outillé pour en faire le partage.

Ces éléments sont donc publiés comme un signalement, non comme une mesure. Ils appellent le travail d'organisations spécialisées, et l'observatoire renverra vers leurs travaux dès qu'il en aura recensé.

La limite du programme

Cette base oblige à dire ce que cet observatoire ne mesure pas, et pourquoi ce n'est pas un oubli.

Nous mesurons la valeur captée par l'État, pas par la personne

L'indice de valeur ajoutée minière compte dix piliers. Ils portent sur la part raffinée localement, la valeur retenue par tonne, la capacité industrielle, les emplois qualifiés, les achats locaux, l'énergie, la logistique, la formation, la captation publique de la rente et l'effet d'entraînement.

Aucun ne mesure le revenu de celui qui extrait. Un pays où la totalité de la valeur est captée par l'État et aucune par les 500 000 personnes qui la produisent obtiendrait, sur cet indice, un score excellent.

Ce n'est pas un défaut de conception : l'observatoire a été construit pour répondre à une question précise — où part la valeur, et pourquoi si peu reste-t-il en Afrique. Cette question porte sur des pays, pas sur des personnes.

Mais elle ne suffit pas ici. Sur l'artisanat, la valeur peut rester intégralement dans le pays et n'atteindre presque personne. Le Ghana a fait entrer onze milliards de dollars de devises ; combien en est arrivé aux exploitants n'est publié nulle part, et l'indice ne poserait même pas la question.

Ce que l'observatoire propose, sans l'ajouter à l'indice

Ajouter un onzième pilier serait une erreur : il déséquilibrerait l'indice et mêlerait deux questions distinctes. La proposition est autre : un indicateur autonome, publié à côté de l'indice et jamais additionné avec lui.

Part de la valeur du métal effectivement versée à l'exploitant artisanal, exprimée en pourcentage de la cotation internationale à la date de la vente. Un seul chiffre, comparable entre pays, calculable dès qu'un guichet public publie ses prix d'achat.

C'est la transposition exacte de la méthode de payabilité établie par la base Cobalt, appliquée à une personne plutôt qu'à un pays. Le mécanisme est le même : un prix de référence international, une décote appliquée par l'acheteur, et un producteur qui ne maîtrise pas la formule.

La base Cobalt a pu le calculer parce que la payabilité de l'hydroxyde est publiée deux fois par semaine. Ici, rien n'est publié. C'est la seule raison pour laquelle cet indicateur n'existe pas.

Un rendez-vous daté

Une semaine consacrée aux mines africaines se tiendra du 14 au 16 octobre 2026 au Cap, avec un panel dédié à l'accélération de la formalisation de l'artisanat minier : politiques, partenariats et technologies.

Un sommet régional s'était déjà tenu à Accra en juin 2025, porté par une initiative ghanéenne avec une banque de développement et une organisation professionnelle de l'or, accompagné d'un atelier régional d'apprentissage.

L'observatoire signale ces rendez-vous parce qu'ils sont les lieux où la donnée manquante pourrait être obtenue. Une seule question y suffirait : quel prix les guichets publics paient-ils à l'exploitant, en pourcentage de la cotation du jour ?

Sources et calculs

Rang 1Rapport national de transparence des industries extractives, Burkina Faso — production artisanale de 7,13 tonnes en 2024 contre 0,49 tonne en 2023. Loi n° 016-2024 du 18 juillet 2024 portant code minier — obligation d'exploitation collective des sites artisanaux.

Rang 2Bulletin de veille thématique d'un réseau de recherche sur le développement rural, juin 2024 — présence dans plus de 80 pays, triplement en vingt ans jusqu'à près de 45 millions de travailleurs directs, dépendance de plus de 10 % de la population dans certains pays, évolution des lectures du phénomène et rôle de soupape sociale.

Rang 2Organisation régionale ouest-africaine — 10 % de la population du Niger, du Mali et du Burkina Faso dépendant de l'orpaillage artisanal.

Rang 3Conseil spécialisé sur l'or artisanal, 2019, repris par un ministère malien — estimation de 26 tonnes fondée sur plus de 500 000 mineurs, 228 sites et 33 tonnes de mercure par an ; ratio d'un orpailleur pour cinq personnes concernées. Chambre des mines du Mali — feuille de route de 2021, guichet unique, et signalement de l'indisponibilité de données fiables.

Rang 4Analyse sectorielle sur l'artisanat congolais, juillet 2026 — géographie de l'activité, chaîne du creuseur au comptoir, accidents, mercure, silicose, absence de protection sociale, creusage à compte et endettement, question du prix juste et responsabilité des acheteurs soumis à diligence raisonnée.

Rang 4Presse régionale et communiqués, 2025 et 2026 — coopérative burkinabè en activité depuis février 2026 ; programme sénégalais de numérisation et pertes estimées à plus de 614 millions de dollars par an ; travail des enfants et traite sur un site nigérien ; rendez-vous professionnels d'Accra en 2025 et du Cap en octobre 2026.

NoteAucune source ne publie le prix payé à l'exploitant artisanal. Aucune personne physique n'est nommée, conformément à la charte, y compris les responsables cités par les sources.

Calculs de notre fait

CalculRésultatOpération
Progression de la déclaration burkinabè×14,67,13 ÷ 0,49
Ratio mercure sur or, Mali1,27 t/t33 ÷ 26
Personnes concernées au Mali~2,5 millions500 000 × 5
Orpailleurs maliens rapportés à un projet industriel459 ×500 000 ÷ 1 090
Effectif mondial il y a vingt ans~15 millions45 ÷ 3

Renvois internes

PièceLien
Base Or et flux illicitesÉcart déclaratif ; les quatre instruments recensés ici en sont les réponses
Série 01Estimations d'or artisanal non déclaré : Côte d'Ivoire 30 à 40 t, Mali 24 à 51 t, Sénégal ~5 t comme plancher
Fiche substance OrMarge d'affinage de 0,30 % : seul maillon de la chaîne dont le prix soit publié
Base Cobalt et batteriesMéthode de payabilité, transposable à l'exploitant artisanal
Fiches Ghana, Tanzanie, Côte d'Ivoire, Mali, Burkina FasoGuichet, enceinte, répression, feuille de route