Initiatives AfricaObservatoire des Mines
Accueil · 24 substances · Bauxite et alumine
Fiche substance 03 · Pièce 25 · Métaux de base · Édition du 31 juillet 2026

Bauxite et alumine

Le premier maillon aval vaut 27 à 41 % sur quatre substances, 0,30 % sur l'or. Sur la bauxite, il vaut plus de huit cents pour cent — et le programme dispose enfin du chiffre qui explique pourquoi personne ne l'a saisi.

+822 %
valeur ajoutée du passage bauxite → alumine
88 ×
l'énergie du raffinage rapportée à celle de l'extraction
4 → 2 → 1
tonnes de bauxite, d'alumine, d'aluminium
1,4 %
des volumes guinéens que traitera la première raffinerie depuis 1960
2022
premier prix de référence africain publié par formule
60 %
des importations mondiales de bauxite vers un seul pays

La cascade

Comme pour les cinq substances précédentes, tout commence par le facteur de matière. Celui-ci est ancien, stable et publié depuis plus d'un siècle.

Le procédé Bayer, mis au point en 1887, et l'électrolyse
Bauxite minerai extrait
4 t
Alumine oxyde d'aluminium, procédé Bayer
2 t
Aluminium métal, électrolyse
1 t

Deux tonnes de bauxite pour une tonne d'alumine ; deux tonnes d'alumine pour une tonne d'aluminium. Quatre pour une sur l'ensemble de la chaîne. Le ratio est confirmé par des relevés statistiques officiels remontant aux années 1960, qui donnaient 1,901 tonne d'alumine par tonne de métal.

Barre de valeur captée

Mine
Alumine
Aluminium
Demi-produits
Produit fini

Un maillon plein et un deuxième à peine entamé. C'est la barre la plus déséquilibrée du programme après celle des terres rares, qui est vide.

Le calcul

Appliqué correctement — c'est-à-dire en tenant compte des deux tonnes de bauxite consommées — le résultat sort de l'échelle établie par les cinq fiches précédentes.

ÉlémentValeurSource
Prix de la bauxite32 $/tValeur unitaire moyenne des importations, 2025
Prix de l'alumine590 $/tValeur unitaire moyenne des importations, 2025
Bauxite consommée pour une tonne d'alumine2 t, soit 64 $Facteur du procédé Bayer
Valeur brute ajoutée526 $ par tonne d'alumineCalcul de notre fait
Rapportée à la matière consommée+822 %Calcul de notre fait

Vingt fois la valeur ajoutée du lithium

Les cinq fiches substances précédentes ont établi une échelle : cobalt +41 %, lithium +38 %, uranium +27 %, or +0,30 %, graphite indéterminé. La bauxite ajoute +822 %.

Ce n'est pas une anomalie de calcul : c'est la conséquence de ce que la bauxite est un minerai de vrac à très faible valeur unitaire — trente-deux dollars la tonne, moins qu'un mètre cube de sable dans certains marchés — tandis que l'alumine est un produit chimique de spécification.

Ce que cela impose de dire. Le programme a répété que le premier maillon aval vaut entre un quart et deux cinquièmes, et que les rapports de prix spectaculaires étaient trompeurs. Cette fiche établit qu'il existe une exception, et qu'elle va dans l'autre sens. La régularité observée sur quatre substances n'est pas une loi. Elle décrit les minerais dont le concentré porte déjà l'essentiel de la valeur ; elle ne décrit pas les minerais de vrac.

La consolidation sera corrigée en conséquence : la formulation « le premier maillon aval vaut entre un quart et deux cinquièmes » devient « entre un quart et deux cinquièmes pour les minerais concentrés », et la bauxite est publiée comme contre-exemple documenté.

Trois réserves, et la troisième est décisive

Une. Les deux prix retenus sont des valeurs unitaires moyennes d'importation d'un même organisme statistique, donc cohérentes entre elles — mais elles intègrent le fret, qui pèse relativement beaucoup plus sur un minerai à 32 dollars que sur une alumine à 590. Le rapport réel départ-mine serait plus favorable encore.

Deux. Le prix de l'alumine est volatil et suit sa propre dynamique : une source décrit un épisode où l'alumine a dépassé 700 dollars pendant que l'aluminium restait entre 2 000 et 2 100, faisant apparaître un marché indépendant de celui du métal.

Trois, et c'est l'essentiel : ce calcul mesure une valeur brute ajoutée avant énergie. Sur toutes les substances précédentes, cette réserve était de forme. Ici elle est le sujet — voir l'onglet suivant.

Le prix de l'énergie

La base « Énergie des mines » posait une question : combien de mégawatts une politique de transformation exige-t-elle ? La bauxite est la première substance du programme où la réponse existe.

Ce que la transformation rapporte
+822 %
de valeur brute ajoutée sur la matière consommée, au passage de la bauxite à l'alumine. Le gain le plus élevé documenté par le programme.
mais
Ce qu'elle consomme
88 ×
l'énergie de l'extraction. Environ 34 kilowattheures par tonne pour extraire la bauxite, contre plus de 3 000 pour la raffiner jusqu'au métal.

La substance la plus rentable à transformer est aussi la plus gourmande

Ces deux chiffres, publiés par des sources distinctes et rapprochés ici pour la première fois, expliquent l'ensemble du dossier bauxite africain.

La valeur est là — huit cents pour cent — et elle est visible de tous. C'est pourquoi les projets de raffinerie se multiplient en Guinée. Mais elle est enfermée derrière un mur électrique que la fiche Mozambique et la base Énergie ont déjà rencontré ailleurs sous des formes plus modestes.

Rappel de la base Énergie : le secteur minier absorbe déjà environ 20 % de l'électricité africaine, et la moitié en Zambie et au Mozambique ; un gigawatt supplémentaire doublerait la production minière congolaise ; et l'observatoire n'a trouvé sur le continent aucune politique de transformation locale accompagnée de son bilan énergétique.

La bauxite est le cas où cette absence coûte le plus cher, parce que c'est celui où le gain théorique est le plus grand.

Une précision de périmètre, à ne pas escamoter

Le chiffre de plus de 3 000 kilowattheures par tonne est publié pour « le raffinage en aluminium », c'est-à-dire la chaîne complète jusqu'au métal, électrolyse comprise. Aucune source consultée ne donne la consommation propre au seul procédé Bayer, qui produit l'alumine et qui est majoritairement thermique plutôt qu'électrique.

Cette distinction n'est pas secondaire : une raffinerie d'alumine et une fonderie d'aluminium n'ont ni le même besoin énergétique, ni la même source d'énergie, ni la même faisabilité en Afrique de l'Ouest. Un pays peut raisonnablement viser la première sans pouvoir envisager la seconde.

La consommation par tonne d'alumine est portée en collecte prioritaire n° 1 de cette fiche, et elle rejoint l'indicateur n° 1 de la base Énergie — la consommation électrique par tonne de produit, par maillon. Les deux chantiers n'en font qu'un.

Le cas mozambicain, relu à la lumière de ce ratio

La base Énergie relevait que la fermeture éventuelle d'une fonderie d'aluminium mozambicaine mettrait en jeu plus de 300 millions de dollars de recettes annuelles pour la compagnie nationale d'électricité.

Le ratio de 88 explique ce chiffre : une fonderie d'aluminium est, dans bien des réseaux africains, le plus gros consommateur industriel du pays. Elle n'est pas une usine parmi d'autres — elle est un poste de consommation à l'échelle nationale, et sa présence ou son absence déplace l'équilibre financier de tout le système électrique.

La divergence

Deux sources donnent deux rapports de prix très différents entre l'alumine et la bauxite. L'écart est instructif et il est réconciliable.

SourceRapport annoncéBauxite implicite
Organisme statistique officiel, valeurs 202518,4 ×32 $/t
Agence spécialisée africaine4 à 5 ×~131 $/t

Les deux sont exactes, et elles ne parlent pas du même prix

À 590 dollars la tonne d'alumine, un rapport de 4,5 implique une bauxite à environ 131 dollars la tonne — calcul de notre fait —, soit quatre fois la valeur unitaire moyenne d'importation retenue par l'organisme statistique.

L'explication tient à la période et à la base de cotation. La bauxite a connu des épisodes de forte tension ; un prix rendu en Chine, fret Capesize compris, se situe très au-dessus d'une valeur unitaire moyenne calculée sur un autre marché et une autre année.

Conséquence pour la fiche : le calcul de +822 % est réalisé aux prix de l'organisme statistique. Aux prix implicites de la seconde source, la valeur ajoutée tomberait à environ +125 % — encore trois fois supérieure à celle du cobalt, mais d'un tout autre ordre.

Les deux valeurs sont publiées. Le chiffre à retenir est l'ordre de grandeur : la transformation de la bauxite est de loin la plus rémunératrice du programme, dans une fourchette de +125 à +822 % selon le prix du minerai retenu. C'est large, et c'est honnête.

Ce que cette divergence enseigne au programme

Sur toutes les substances traitées, l'observatoire a retenu un prix et calculé. Ici, le choix du prix change le résultat d'un facteur sept.

La règle est donc généralisée et portée au gabarit : tout calcul de valeur ajoutée publié par cet observatoire doit indiquer le prix retenu, sa base de cotation et sa date, et présenter la sensibilité au moins sur une seconde valeur. Les fiches lithium et cuivre le faisaient déjà ; les fiches uranium et cobalt seront complétées à la prochaine édition.

Le prix de référence

La base « Contrôle capitalistique » a désigné le point aveugle central de tout l'observatoire : le prix pratiqué entre parties liées. La Guinée y a apporté une réponse en 2022, et personne n'en parle.

Un prix administré par formule, indexé sur des indices internationaux

Un arrêté conjoint de trois ministères, signé le 6 juillet 2022, institue un prix de référence de la bauxite, exprimé en dollars par tonne métrique sèche et calculé pour chaque exportation par une formule utilisant comme paramètres des indices de prix internationaux reconnus.

La formule intègre notamment le coût du fret sur un navire de type Capesize entre la Guinée et un port chinois déterminé, à la date de chargement figurant sur la déclaration fiscale d'exportation.

Pourquoi cela compte bien au-delà de la Guinée. Quand un même groupe détient la mine, le transport et parfois la raffinerie de destination, le prix déclaré à l'exportation devient un prix de cession interne — et il détermine l'assiette de la taxe. C'est exactement le mécanisme que la base Contrôle capitalistique a identifié comme échappant à toute observation.

Le prix de référence par formule y répond directement : l'État cesse d'accepter le prix déclaré et le reconstruit lui-même, à partir de paramètres publics et vérifiables par un tiers.

Un douzième instrument, à ajouter à la typologie

La consolidation recense onze instruments de captation de la valeur. Le prix de référence par formule n'entre dans aucun : il ne contraint pas l'opérateur, n'administre pas le marché, ne capte pas le canal et ne détient rien.

Il agit sur l'assiette. C'est le seul instrument recensé qui n'exige ni capital, ni contentieux, ni infrastructure — seulement une administration capable d'appliquer une formule et d'accéder à des indices publics.

Rapport coût-effet apparent : le meilleur du programme après le portage gratuit tanzanien. Avec une réserve majeure : aucune source consultée ne publie l'effet du dispositif sur les recettes guinéennes. L'instrument est documenté, son résultat ne l'est pas. Porté en chantier de données.

Il sera ajouté à la prochaine édition de la consolidation, qui passera de onze à douze instruments.

Une question ouverte que l'observatoire pose sans y répondre

Un prix de référence protège l'assiette fiscale. Il ne dit rien de ce que le producteur reçoit réellement, ni du prix auquel la matière est revendue au maillon suivant.

Autrement dit : il ferme la porte à la sous-déclaration à l'export, mais il laisse entière la question de savoir si la Guinée vend au bon prix. Ce sont deux problèmes distincts, et le programme n'a d'outil que pour le premier.

Le cas guinéen

La fiche pays établissait un calcul resté sans explication : la première raffinerie depuis 1960 traitera environ 1,4 % des volumes exportés. Cette fiche donne les deux raisons.

ÉlémentValeurObservation
Exportations guinéennes de bauxite182,8 Mt en 2025, ~140 Mt en 2024Croissance de plus de 25 % sur un an
Capacité de la raffinerie de Boffa1,2 Mt d'alumine par anInvestissement de 1,03 Md$
Bauxite consommée par cette raffinerie2,4 Mt/anFacteur 2, calcul de notre fait
Part des exportations concernée1,3 %2,4 ÷ 182,8, calcul de notre fait
Second projet annoncé4 Md$Raffinerie d'alumine portée par un groupe du Golfe
Alumine théorique si tout était raffiné91,4 Mt/anSoit 1,31 fois la production alumine chinoise annuelle — hypothèse d'école, non réaliste

Deux raisons, et la seconde est la vraie

La première est arithmétique. Une raffinerie de 1,2 million de tonnes d'alumine consomme 2,4 millions de tonnes de bauxite. Rapporté à 182,8 millions de tonnes exportées, c'est 1,3 %. Le facteur 2 du procédé Bayer signifie qu'il faut une raffinerie de très grande taille pour absorber une part visible des volumes guinéens.

La seconde est électrique. Raffiner l'ensemble produirait plus de 91 millions de tonnes d'alumine par an, soit 1,3 fois ce que raffine la Chine entière — calcul de notre fait. Ce n'est pas un objectif, c'est une absurdité. La bonne question n'est donc pas « pourquoi si peu », mais « combien la Guinée peut-elle raisonnablement raffiner compte tenu de son électricité ».

Aucune source consultée ne répond. C'est la question centrale de la stratégie bauxite guinéenne et elle n'est pas posée publiquement en ces termes.

Ce que le calcul économique donne, sur le seul projet chiffré

Aux prix de l'organisme statistique : 1,2 million de tonnes d'alumine valent environ 708 millions de dollars, contre 77 millions pour les 2,4 millions de tonnes de bauxite consommées. La valeur brute ajoutée annuelle serait de l'ordre de 631 millions de dollars, pour un investissement de 1,03 milliard — calculs de notre fait.

Le rapport est de 1,63 année de valeur brute ajoutée pour couvrir l'investissement. C'est un ratio exceptionnel, et il est trompeur : il ne déduit ni l'énergie, ni la soude caustique, ni la main-d'œuvre, ni l'amortissement, ni la gestion des boues rouges — dont une source signale qu'elle peut renchérir les coûts de l'ordre de 50 %.

Publié tel quel pour situer l'enjeu, et assorti de cette réserve pour qu'il ne circule pas seul.

Position africaine

PaysPositionRenvoi
GuinéeExportateur majeur ; 182,8 Mt en 2025 ; deux raffineries engagées ; retrait de concession en 2025 au motif explicite de raffinerie non construitefiche Guinée
GhanaProgramme d'échange bauxite contre infrastructuresbase Contrôle capitalistique
Côte d'IvoireMine de Bénéné depuis 2020 ; plus de 600 000 t en 2024fiche Côte d'Ivoire
CamerounPourtour du golfe de Guinée, gisements identifiésà collecter
MozambiqueFonderie d'aluminium ; plus de 300 M$ de recettes annuelles en jeu pour l'électricien nationalbase Énergie des mines

Sources et calculs

Rang 1Arrêté conjoint de trois ministères guinéens, 6 juillet 2022 — institution du prix de référence de la bauxite, formule de calcul, paramètres d'indices internationaux et de fret Capesize, base de la déclaration fiscale d'exportation.

Rang 2Organisme géologique de référence, annuaire 2026 — valeurs unitaires moyennes des importations de bauxite et d'alumine, 2021 à 2025 ; répartition des usages de la bauxite et de l'alumine. Institut de recherche sur le développement durable — cadre de détermination des prix appliqué à la bauxite, procédé Bayer, épisode de découplage entre alumine et aluminium.

Rang 2Centre d'analyse transatlantique, cité — 34 kilowattheures par tonne pour l'extraction contre plus de 3 000 pour le raffinage jusqu'au métal.

Rang 3Association historique de la filière aluminium — facteurs 4 tonnes de bauxite pour 2 tonnes d'alumine et 1 tonne de métal ; origine du procédé Bayer en 1887. Annuaire statistique minéral de 1964 — ratio de 1,901 tonne d'alumine par tonne de métal, confirmant la stabilité historique du facteur.

Rang 4Agences et presse spécialisée, 2025 et 2026 — investissements des deux raffineries guinéennes, exportations estimées à 140 Mt en 2024, rapport de prix de 4 à 5 fois, part des importations mondiales, tonnage raffiné par le premier transformateur, surcoût lié à l'élimination des boues rouges, taille et croissance du marché.

NoteAucune source ne donne la consommation énergétique du seul procédé Bayer, distincte de celle de l'électrolyse. L'absence est signalée et portée en collecte. Aucune personne physique n'est nommée, conformément à la charte.

Calculs de notre fait

CalculRésultatOpération
Coût matière pour une tonne d'alumine64 $2 × 32
Valeur brute ajoutée526 $/t · +822 %590 − 64, rapporté à 64
Rapport de prix alumine sur bauxite18,4 ×590 ÷ 32
Bauxite implicite au rapport de 4,5~131 $/t590 ÷ 4,5
Valeur ajoutée à ce prix de bauxite~+125 %(590 − 262) ÷ 262
Rapport énergétique88 ×3 000 ÷ 34
Bauxite consommée par la raffinerie de Boffa2,4 Mt/an1,2 × 2
Part des exportations guinéennes1,3 %2,4 ÷ 182,8
Valeur ajoutée annuelle du projet~631 M$(1,2 Mt × 590) − (2,4 Mt × 32)
Années de valeur brute pour couvrir l'investissement1,631 030 ÷ 631
Alumine théorique si tout était raffiné91,4 Mt182,8 ÷ 2
Rapportée au premier transformateur mondial1,31 ×91,4 ÷ 70

Renvois internes

PièceLien
Fiche Guinée182,8 Mt exportées, retrait de concession pour raffinerie non construite, raffinerie de Boffa ; le calcul de 1,4 % y est expliqué ici
Base Énergie des minesLe rapport de 88 alimente le pilier 06 ; la fonderie mozambicaine y trouve son explication
Base Contrôle capitalistiqueLe prix de référence par formule répond directement au point aveugle des prix entre parties liées
Les onze instrumentsÀ porter à douze : le prix de référence par formule agit sur l'assiette, ce qu'aucun autre instrument ne fait
Fiche substance LithiumLe facteur 8,9 et la correction du rapport trompeur : même méthode, résultat opposé