Ce que C4 mesure, et ce qu'elle refuse de mesurer
C4 est la composante de l'incitation. Entre l'équipement (C1), le service rendu (C2), la capacité de pilotage (C3) et le résultat en contenu carbone (C5), elle occupe la place de ce qui fait qu'une décision privée devient économiquement rationnelle.
Quatre familles d'instruments entrent dans son périmètre : la tarification du carbone, sous forme de taxe ou de marché ; la fiscalité incitative, exonérations et droits ; les instruments de financement souverains, dont les obligations vertes ; et les obligations de partage qui déterminent où va le produit d'une transaction.
Un cinquième objet s'y ajoute et complique tout : les instruments extraterritoriaux. Un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières n'est pas une politique africaine, mais il modifie la rentabilité d'une aciérie africaine plus sûrement que n'importe quelle mesure nationale. L'ignorer produirait une composante fausse ; l'imputer à l'État producerait un score injuste. La solution retenue est de le mesurer et de le publier séparément, sans l'intégrer au score du pays.
Position de méthode
C4 ne mesure pas si un État a fait le bon choix économique. Elle mesure s'il dispose d'un levier, et lequel. Un État sans taxe carbone n'est pas en retard : une taxe carbone dans une économie où l'énergie est déjà inabordable pour la majorité n'est pas le même instrument que dans une économie à revenu élevé, et le présenter comme tel serait une erreur d'analyse avant d'être une injustice.
Une décote de quatre pour un, et un ajustement par-dessus
Le prix est le premier instrument, et sur le marché carbone africain il est bas. En 2024, la tonne se négocie autour de 6,5 $ en Afrique, contre 26,9 $ sur le marché volontaire européen et 61 $ dans le système d'échange européen.
Calcul de l'observatoire
L'objectif continental de 300 MtCO2e pour 6 milliards de dollars à l'horizon 2030 implique arithmétiquement un prix moyen de 20 $ la tonne. Rapporté aux 6,5 $ constatés en 2024, l'objectif suppose donc un triplement du prix — postulat qui n'est énoncé nulle part dans les documents qui portent cette cible. On y lit une ambition de volume ; c'est d'abord une hypothèse de prix.
À la décote s'ajoute un second coût, de nature différente. Lorsqu'un crédit est transféré à l'étranger au titre de l'article 6.2, l'ajustement correspondant est appliqué : la tonne vendue sort du compteur national du pays hôte. L'État vend donc à prix décoté une réduction qu'il ne peut plus faire valoir dans son propre engagement. C'est le double coût de l'export, et il n'apparaît sur aucune facture.
Case vide assumée
Les prix effectifs des accords bilatéraux au titre de l'article 6.2 ne sont pas publics. Les 6,5 $ documentés portent sur le marché volontaire ; rien ne dit que les transferts d'État à État se concluent au même niveau. Voie de résolution : les rapports initiaux déposés au titre de l'article 6, lorsqu'ils comportent une annexe financière, et les délibérations des comités nationaux de marché carbone lorsqu'elles sont publiées.
Le Ghana, et ce que son propre cadre publie
Un État se distingue nettement : il a publié en décembre 2022 un cadre national des mécanismes de marché et hors marché, tient un registre carbone national dont émanent tous les transferts internationaux, a conclu le premier accord bilatéral africain au titre de l'article 6.2 avec la Suisse, et a mis en place un comité qui examine l'incidence de chaque transfert sur la conformité à sa propre contribution nationale. Le pays a donc prévu le contrôle de son principal risque : la survente.
Ce cadre publie aussi, en toutes lettres, une donnée que peu d'États exposeraient.
Calcul de l'observatoire
Le pays annonce mettre sur le marché au moins 24 MtCO2e prélevées sur sa cible conditionnelle, laquelle s'établit à 39,4 MtCO2e en valeur absolue : 61 % de la cible conditionnelle est mise en vente. L'ajustement correspondant étant appliqué, chaque tonne vendue quitte le compteur national.
Valorisation indicative, et explicitement indicative : 24 MtCO2e à 6,5 $ représentent 156 M$ ; les mêmes tonnes à 26,9 $ en représenteraient 646 M$. L'écart de prix vaut 490 M$ sur un seul portefeuille national.
La lecture n'est pas un reproche. Un État qui publie la part de sa cible qu'il met sur le marché fait exactement ce que la transparence exige, et il est le seul du continent à le faire à ce niveau de détail. Le fait notable est ailleurs : la juridiction la plus avancée d'Afrique en matière d'instruments économiques est aussi celle dont on peut établir qu'elle exporte la majorité de son ambition conditionnelle. Ce que produit la maturité institutionnelle, ce n'est pas un meilleur prix — c'est un meilleur contrôle.
Le principal instrument économique du continent encourage le fossile
Une composante d'incitation qui ne regarderait que les incitations vertes décrirait la moitié du système. L'autre moitié est chiffrée.
| Flux | Montant annuel | Nature |
|---|---|---|
| Investissement dans l'énergie propre | 9,4 Md$ | Investissement constaté. |
| Investissement dans l'énergie fossile | 29 Md$ | Investissement constaté. |
| Subventions publiques aux énergies fossiles | 37 Md$ | Dépense publique ou recette abandonnée. |
| Rapport composite fossile / propre | 7 pour 1 | Calcul de l'observatoire, (29 + 37) ÷ 9,4. |
Les subventions seules représentent près de quatre fois l'investissement dans l'énergie propre. Aucun dispositif incitatif vert documenté sur le continent n'approche cet ordre de grandeur. Si C4 devait retenir un seul chiffre, ce serait celui-là.
Prudence expresse
Publier ce rapport n'est pas recommander la suppression des subventions. Elles financent en grande partie l'accès à l'énergie de populations qui n'ont pas d'alternative disponible ; leur retrait sans substitution est une mesure d'austérité déguisée en politique climatique, et l'histoire récente de plusieurs pays du continent en documente le coût social. L'observatoire publie le rapport, pas la conclusion.
Deux cas où l'instrument manque là où il serait le plus utile
Le paradoxe du couvert forestier intact
Les mécanismes de marché forestiers sont calibrés sur la déforestation évitée. Un pays qui ne déforeste pas a donc peu à vendre. Le Gabon, dont le bilan est une absorption nette de 72,4 MtCO2e en 2023 et qui revendique un statut de puits de carbone global, est structurellement désavantagé par la conception même de l'instrument : sa performance ne produit pas de contrefactuel monétisable. Valorisé au prix africain, son bilan représenterait de l'ordre de 470 M$ par an — un ordre de grandeur qui ne correspond à aucune transaction possible en l'état des mécanismes.
Le carbone bleu
Les herbiers du Banc d'Arguin séquestrent 732,06 GgCO2e par an, soit 11 % des émissions nationales mauritaniennes — la seule valeur nationale de ce type publiée sur les 54 États, alors que 38 d'entre eux ont une façade maritime. À l'échelle mondiale, les services rendus par les mangroves sont estimés à au moins 1 600 M$ par an quand le marché du carbone bleu pesait 2,4 M$ en 2025.
Calcul de l'observatoire
Le marché représente moins de 0,2 % de la valeur du service. Ce n'est pas une décote comme sur le marché carbone ordinaire : c'est un problème antérieur au prix. L'essentiel de l'actif n'est pas échangé du tout. Pour C4, la distinction est décisive — une décote se corrige par la demande, une absence de marché se corrige par une construction institutionnelle.
Pourquoi cette composante pèse 15 % et pas davantage
La grille de pondération de l'indice, arrêtée et publiée le 14 août 2026, attribue 15 % à C4. Le motif inscrit tenait en une phrase ; cette page permet de l'étayer.
- Un instrument agit sur la vitesse, pas sur l'existence d'une transition. Un État peut installer des capacités sans dispositif incitatif, et un dispositif incitatif n'installe rien à lui seul.
- Une part importante des dispositifs pertinents n'est pas nationale. Noter fortement un État sur C4 reviendrait à le noter pour un cadre qu'il ne fixe pas — ajustement aux frontières, exigences de non-déforestation, standards de certification, prix du marché volontaire.
- La composante est structurellement en retard sur les autres. Un instrument se décrète en une loi ; sa donnée met des années à devenir comparable. Lui donner un poids fort ferait dépendre l'indice de sa partie la plus volatile.
Ce raisonnement était fixé avant que cette page ne soit écrite, et il n'a pas été révisé après. C'est précisément ce que l'engagement de publication préalable de la pondération avait pour objet de rendre vérifiable.
Documentée, non calculable — et pour une troisième raison
Les trois composantes non complètes de l'ITVA le sont chacune pour un motif différent. C'est un résultat en soi, parce que trois motifs différents appellent trois réponses différentes.
| Composante | Nature de l'obstacle | Ce qu'il faut pour le lever |
|---|---|---|
| C2 Accès | Un format de fichier | La donnée existe, couvre les 54, est publique. Elle est dans un classeur annexe plutôt que dans le corps du rapport. Il faut récupérer le fichier. |
| C3 Gouvernance | Une capture technique | Deux registres sur cinq ne restituent pas leur contenu aux outils d'extraction ordinaires. Il faut capturer le contenu brut d'une page pour établir la structure. |
| C4 Instruments | Une taxonomie | Aucun fichier ne manque. Ce qui manque est la décision de ce qui compte comme instrument, et selon quelle échelle un dispositif se compare à un autre. |
Le cas de C4 est le plus exigeant des trois et le seul qui ne se règle pas par une opération matérielle. Comment compare-t-on une taxe carbone en vigueur, une exonération fiscale qui expire dans six semaines, une obligation verte émise il y a six ans et un engagement de partage de revenus à échéance 2028 ? Ces objets n'ont ni la même force juridique, ni la même durée, ni le même effet économique, et aucune source internationale ne propose de barème.
Case vide assumée — état de la composante
C4 est documentée et non calculable. Six États sur 54 documentent au moins un instrument national dans nos fiches ; ce nombre est un plancher qui mesure notre propre documentation, non la réalité des dispositifs. Voie de résolution : établir et publier la taxonomie avant tout relevé, puis relever les 54 États sur cette grille fixée — dans cet ordre, faute de quoi la taxonomie s'ajusterait à ce qu'on aura trouvé.
Trois indicateurs visés, qui n'existent nulle part
- Le prix effectif des transactions article 6.2. Sans lui, la décote de 4,1 pour 1 ne vaut que pour le marché volontaire, et l'on ignore si les transferts d'État à État sont mieux ou moins bien valorisés. C'est la donnée la plus recherchée de tout le dossier carbone africain.
- La part du produit qui reste dans le pays hôte. Un seul État du continent a inscrit un pourcentage — 30 % des revenus carbone aux coopératives, à échéance 2028. Nul ne publie, pour une transaction réelle, ce qui revient au vérificateur, à l'intermédiaire, à l'État et à la communauté.
- L'exposition chiffrée à l'ajustement carbone aux frontières, pays par pays. Le mécanisme s'applique depuis janvier 2026. Un pays est identifié comme fortement exposé, un autre l'est probablement sans qu'aucun chiffre ne l'établisse. La part des exportations concernée par État n’a pas été recensée dans ce corpus au 18 septembre 2026, alors que le calcul est faisable à partir de ses propres statistiques douanières.
Ce que C4 ne fera pas
Elle ne classera pas les États selon la sophistication de leurs instruments. Un cadre carbone complet peut servir à organiser une vente massive ; une absence de cadre peut refléter une économie où l'instrument n'aurait aucune prise. La sophistication institutionnelle n'est pas une performance climatique, et la confondre avec elle reproduirait l'erreur que l'indice de résilience a refusé de commettre.
Elle ne comptera pas les instruments extraterritoriaux dans le score d'un pays. Ils seront publiés à côté, comme le sont les statuts de pays les moins avancés et de petits États insulaires dans l'indice de résilience : ils changent le sens d'un score sans en être une composante.
Elle ne présentera pas un revenu carbone comme un bénéfice net. Une tonne vendue avec ajustement correspondant est une tonne qui sort du compteur national : l'opération est un arbitrage entre recette immédiate et ambition affichée, et l'indice n'a pas à trancher cet arbitrage à la place d'un État souverain.
Sources et journal
| Source | Millésime | Usage |
|---|---|---|
| Base thématique consacrée aux marchés carbone | 2026 | Prix comparés 2024 ; décote ; hypothèse de prix implicite de la cible continentale ; pénurie de vérificateurs accrédités.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Cadre national ghanéen des mécanismes de marché et hors marché | Décembre 2022 | Architecture en trois blocs ; volumes mis sur le marché ; registre national.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Fiches pays de l'observatoire | Juillet–août 2026 | Relevé des instruments nationaux documentés ; six États sur 54.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Base thématique consacrée à la finance climat | 2026 | Investissement propre, investissement fossile, subventions.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Base thématique consacrée au carbone bleu | 2026 | Services des mangroves ; taille du marché mondial ; valeur mauritanienne.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Contributions déterminées au niveau national déposées par les États | Millésimes variables | Engagement camerounais de partage des revenus ; bilan gabonais.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Date | Révision |
|---|---|
| 14 août 2026 | Première publication de la composante. Périmètre arrêté à quatre familles d'instruments nationaux, les instruments extraterritoriaux étant relevés mais exclus du score. Obstacle qualifié : taxonomie manquante, et non fichier manquant. |
