La composante qui empêche l'indice de compter des mégawatts
Sans C5, l'ITVA récompenserait l'équipement. Un État pourrait accroître sa capacité renouvelable tout en augmentant sa consommation fossile plus vite encore, et progresser dans l'indice.
Deux cas du continent suffisent à établir que le risque n'est pas théorique.
| État | Ce que voit C1 | Ce que seule C5 voit |
|---|---|---|
| Éthiopie | Deuxième parc renouvelable du continent, 10 082 MW fin 2025, en hausse de 68 % sur un an. Réseau électrique intégralement renouvelable. | Le secteur des terres et l'agriculture représentent environ 80 % des émissions nationales. Un réseau entièrement décarboné laisse donc intacte la plus grande part du profil d'émissions du pays. |
| Afrique du Sud | Premier parc renouvelable du continent, 16 598 MW fin 2025, soit 20,4 % de la capacité renouvelable africaine. | Un parc charbonnier d'environ 39 GW, représentant près de 80 % de la capacité installée du pays, avec 800 MW de charbon neuf raccordés en juin 2024. |
Calcul de l'observatoire
Le premier parc renouvelable d'Afrique représente 43 % du seul parc charbonnier du même pays — 16 598 MW contre environ 39 000 MW. Un indice qui classerait l'Afrique du Sud en tête sur la seule capacité renouvelable dirait quelque chose de vrai et donnerait à en tirer une conclusion fausse.
C'est pour cette raison que la grille de pondération, arrêtée le 14 août 2026, attribue 25 % à C5 — à égalité avec l'accès, et davantage qu'à la capacité elle-même. Le poids a été fixé haut délibérément, pour que la composante ne puisse pas être abandonnée plus tard au motif qu'elle est difficile. Cette page décrit à quel point elle l'est.
Des inventaires que leur propre révision corrige de moitié
L'intensité carbone est un rapport. Son numérateur est l'inventaire national d'émissions, et c'est là que se trouve la difficulté.
Trois corrections documentées, trois causes identiques
- Centrafrique. Émissions 2010 ramenées à 5 067 GgCO2-éq contre plus de 10 000 auparavant, à l'occasion d'un passage revendiqué à une approche mesurable et vérifiable fondée sur des données normalisées.
- Guinée. Objectif hors secteur des terres relevé de 17 à 20 %. Le document attribue lui-même cette progression à la mise à jour des inventaires et à une meilleure qualité des données — non à des mesures nouvelles.
- Mauritanie. La correction du protoxyde d'azote dans le rapport biennal a ramené une quasi-neutralité annoncée pour 2030 à un objectif de 75,8 % en 2035. Le potentiel du secteur des terres avait été surestimé.
Deux calculs de l'observatoire
La correction centrafricaine porte sur environ 5 000 GgCO2-éq. C'est un volume voisin de 42 % des émissions annuelles totales de la Mauritanie (11 952,5 Gg en 2022) : l'erreur de mesure d'un pays a l'ordre de grandeur des émissions réelles d'un autre.
Le relèvement guinéen de 17 à 20 % représente 17,6 % d'ambition supplémentaire obtenue sans aucune mesure nouvelle. Un indice qui lirait ce chiffre comme un effort politique se tromperait sur toute la ligne.
Des écarts à l'intérieur d'un même document
La difficulté ne tient pas qu'à l'ancienneté des inventaires. Une contribution nationale récente exploitée par l'observatoire publie deux bilans nets différents dans ses propres pages — −32 037,14 et −25 772,45 GgCO2-éq — soit un écart de 6 264,69 Gg, 19,6 % du bilan le plus élevé. Son inventaire 2022 n'est pas validé, et la fiche pays le signale. Cinq autres écarts internes figurent dans le même document.
Conséquence directe pour l'indice
Tant que ces écarts existent, C5 ne peut pas produire un chiffre unique par pays. Elle produira une fourchette, ou rien. La règle générale de l'observatoire s'applique intégralement : deux sources divergentes sont publiées toutes les deux, avec leur date, sans moyenne ni arbitrage.
Rapporter à quoi ? Trois choix, trois hiérarchies
Une fois le numérateur établi, reste à décider par quoi le diviser. Le choix n'est pas technique : il détermine ce que l'indice récompense.
| Dénominateur | Ce qu'il mesure | Ce qu'il récompense involontairement |
|---|---|---|
| Par habitant | La charge carbone moyenne d'une personne. | La croissance démographique. Un pays dont la population croît plus vite que ses émissions voit son intensité baisser sans avoir rien décarboné. |
| Par unité de produit intérieur | Le contenu carbone de la richesse produite. | La croissance économique, y compris lorsqu'elle est carbonée. C'est le seul engagement de ce type relevé sur le continent, et il autorise explicitement les émissions absolues à croître si le produit intérieur croît plus vite. |
| Par kilowattheure produit | Le contenu carbone de l'électricité, en grammes par kilowattheure. | Rien, mais il ne couvre que l'électricité — soit une part minoritaire du profil d'émissions de la plupart des États africains. |
Calcul de l'observatoire — et rapprochement avec C2
Un État du bassin du Congo voit ses émissions par habitant passer de 9,32 t en 1998 à 4,89 t en 2018 : une baisse de 47,5 % en vingt ans. Elle peut refléter une décarbonation réelle. Elle peut aussi refléter une population qui a crû plus vite que les émissions.
C'est exactement le mécanisme démographique établi par la composante accès, en sens inverse : là, la croissance de la population a effacé l'effort d'électrification et fait monter le nombre de non-desservis. Ici, la même croissance flatte l'intensité. Le même dénominateur pénalise C2 et avantage C5. Aucun des deux effets n'est une politique.
Arbitrage C5-1 — niveau ou évolution
C5 portera sur l'évolution de l'intensité, non sur son niveau.
Motif : le niveau d'intensité carbone d'un État africain reflète d'abord son degré d'industrialisation. Classer haut un pays parce que son intensité est faible reviendrait à récompenser l'absence de développement — la faute la plus grave que puisse commettre un indice africain de transition. L'évolution, elle, mesure un découplage, qui est une décision.
Conséquence assumée : l'évolution exige deux millésimes d'inventaire comparables pour un même pays. C'est précisément ce que la section précédente établit comme manquant. Le choix méthodologique qui évite de récompenser la pauvreté est donc celui que la donnée ne permet pas encore. Cet arbitrage est inscrit maintenant plutôt que reporté, pour la même raison que la pondération : il doit être fixé avant de connaître ce qu'il produit.
La biomasse traditionnelle, et la règle qui la neutralise
Le bois de feu, le charbon de bois et les déchets agricoles sont classés en renouvelables dans les statistiques énergétiques mondiales. Plus de 90 % de leur usage se concentre en Afrique subsaharienne et en Asie. La part renouvelable élevée affichée par de nombreux pays africains correspond donc largement à du charbon de bois, non à du solaire.
Ce biais n'affecte pas C1, qui mesure une capacité électrique installée en mégawatts : le bois brûlé dans un foyer n'est pas une centrale raccordée. Il affecterait en revanche tout indicateur de part d'énergie renouvelable dans la consommation, et c'est exactement le type d'indicateur qu'on serait tenté d'ajouter à C5 pour compenser la faiblesse des inventaires.
Règle bloquante, inscrite le 14 août 2026
Aucun indicateur de part d'énergie renouvelable n'entrera dans C5 sans distinguer les renouvelables modernes de la biomasse traditionnelle. Un État dont l'énergie domestique repose massivement sur le bois paraîtrait mieux placé qu'un État à réseau moderne partiellement fossile. Un indice qui les classerait ainsi serait trompeur, et il le serait au détriment des populations dont la santé respiratoire dépend précisément de la sortie de cette biomasse.
La thèse fondatrice de l'indice, révisée
La première édition de l'ITVA posait une thèse : contrairement à l'indice de résilience, dont les piliers dépendent de publications nationales inexistantes, l'ITVA repose sur des registres internationaux couvrant déjà les 54 États. La donnée n'est pas manquante, elle n'est pas encore assemblée — l'obstacle est une extraction, non une absence.
Cette page oblige à corriger cette thèse. Elle vaut pour quatre composantes sur cinq.
| Composante | Qui produit la donnée | Nature de l'obstacle |
|---|---|---|
| C1 Capacité | Un registre international annuel | Aucun — extraite pour les 54. |
| C2 Accès | Un rapport conjoint de cinq institutions | Un format de fichier. |
| C3 Gouvernance | L'observatoire lui-même, par croisement | Une capture technique. |
| C4 Instruments | Sources nationales et internationales mêlées | Une taxonomie à établir. |
| C5 Intensité | L'État mesuré | Une capacité statistique nationale. |
C5 est la porte par laquelle le problème de l'indice de résilience rentre dans l'indice de transition. Personne ne peut produire un inventaire national à la place d'un État. Aucune extraction, aucune capture, aucune taxonomie ne lève cet obstacle-là.
Publier cette correction plutôt que la laisser se découvrir plus tard est cohérent avec la méthode suivie ailleurs : l'observatoire a déjà révisé publiquement ses propres chiffres d'accès à l'électricité lorsque des valeurs actualisées ont légèrement modifié ses séries. Une thèse se révise comme un chiffre.
Documentée, non calculable, et la plus lointaine des cinq
Case vide assumée — état de la composante
C5 est documentée et non calculable. Le périmètre est défini, l'arbitrage niveau/évolution est tranché, la règle sur la biomasse est posée. Ce qui manque est la matière elle-même : des inventaires nationaux à millésime récent, validés, et disponibles en deux points de temps comparables pour un même pays.
Voie de résolution, en trois temps : relever pour les 54 États le millésime de l'inventaire le plus récent et son statut de validation — c'est faisable dès maintenant à partir des documents déjà exploités pour les fiches pays ; publier ce relevé comme indicateur à part entière, puisqu'il n'existe nulle part ; n'engager le calcul d'intensité que pour les États disposant de deux millésimes exploitables, en publiant leur nombre à côté de tout résultat.
Trois indicateurs visés, qui n'existent nulle part
- Le millésime et le statut de validation du dernier inventaire, par pays. C'est une donnée de gouvernance statistique, jamais publiée sous cette forme, et c'est le préalable de toute comparaison d'intensité. Un pays dont l'inventaire date de 2010 et un pays dont l'inventaire est validé pour 2022 ne sont pas comparables, et rien ne le signale aujourd'hui au lecteur.
- L'intensité carbone de l'électricité produite, en grammes par kilowattheure. Distincte de la part renouvelable de la capacité, elle est la seule mesure qui relie directement C1 à C5. Aucune source ne la publie pour les 54 États.
- L'écart entre inventaire déclaré et estimation indépendante. Publié comme fourchette et non résolu par arbitrage, il mesurerait l'incertitude réelle plutôt que de la dissimuler derrière un chiffre unique. C'est l'application à l'échelle continentale de ce que l'observatoire fait déjà pays par pays.
Ce que C5 ne fera pas
Elle ne pénalisera jamais un pays qui révise ses inventaires à la baisse. Une correction de moitié est le signe d'une capacité statistique qui progresse. Un indice qui ferait chuter un État pour avoir mieux compté enseignerait à ne pas compter, et la Centrafrique comme la Guinée en seraient les premières victimes alors qu'elles font exactement ce qu'il faut.
Elle ne traitera pas une intensité faible comme une performance. Les trois puits nets du bassin du Congo doivent leur bilan à un couvert forestier et à une industrialisation limitée, non à une politique de décarbonation. Le seul déterminant réel de leur bilan est le maintien de ce couvert.
Elle ne prétendra pas mesurer une trajectoire sur un seul point. Une intensité observée une fois est un état, pas une évolution. L'arbitrage retenu impose deux points, et l'indice attendra de les avoir plutôt que de publier une approximation qui serait reprise comme une mesure.
Sources et journal
| Source | Millésime | Usage |
|---|---|---|
| Contributions déterminées au niveau national déposées par les États | Millésimes variables, 2021 à 2026 | Corrections d'inventaire ; écarts internes ; engagement en intensité ; émissions par habitant.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Registre international des statistiques de capacité renouvelable | Édition 2026, données 2025 | Capacités éthiopienne et sud-africaine ; part continentale.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Rapport conjoint de suivi de l'objectif énergie | Édition de juin 2026 | Classement de la biomasse traditionnelle en renouvelable et périmètre du biais.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Fiches pays de l'observatoire | Juillet–août 2026 | Parc charbonnier sud-africain ; profil d'émissions éthiopien ; puits nets du bassin du Congo.Référence incomplète — document exact, page ou tableau et URL probante à vérifier. Valeur non validée dans cet audit (18 septembre 2026). |
| Date | Révision |
|---|---|
| 14 août 2026 | Première publication de la composante. Arbitrage C5-1 tranché : la composante portera sur l'évolution de l'intensité et non sur son niveau. Règle sur la biomasse traditionnelle reprise et rendue bloquante. Thèse fondatrice de l'indice corrigée : elle vaut pour quatre composantes sur cinq, C5 dépendant d'une capacité statistique nationale qu'aucune extraction ne remplace. |
